Faut-il maintenir le cours de religion ?


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Faut-il maintenir le cours de religion ?
Par Sophie Delhalle
Publié le
5 min

Depuis l’introduction du cours de philosophie et citoyenneté (CPC) dans l’enseignement officiel (2016-2017), les cours de religion y ont été réduits à une heure hebdomadaire, au lieu des deux initiales. Si le réseau libre n’est pas impacté, beaucoup d’enseignants se posent des questions. Notamment suite aux derniers rebondissements médiatiques, qui font craindre à certains la suppression des cours convictionnels dans l’officiel. Ont-ils raison de s’inquiéter?

Le cours de religion est-il condamné à disparaitre dans l'enseignement officiel?

En 2019, l’ensemble des chefs des cultes reconnus réclamait, dans une missive collective adressée au monde politique, "le maintien d’un cours de religion intégré dans l’horaire obligatoire des élèves de l’enseignement officiel".

Plus récemment, en réponse aux orientations adoptées par les Engagés (ex-cdH), un collectif de professeurs de religion – "surpris par certains préjugés que véhicule le Manifeste" - publiaient une carte blanche en mars 2022. Ils pointaient "une méconnaissance totale du programme du cours de religion et de son référentiel". "Lâchés" de toutes parts, les enseignants, et plus spécialement ceux qui enseignent dans le réseau officiel, ont le sentiment d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête…

✍️ Lire aussi : Enseignement officiel : les cours de religion bientôt optionnels?

Une note qui a suscité des réactions

En février dernier, la presse généraliste faisait mention d’une note émanant du cabinet de la ministre de l’Enseignement, Caroline Désir (PS), évoquant une future disparition des cours convictionnels de la grille obligatoire. Mgr Harpigny, évêque référendaire sur cette question prenait alors la plume pour rappeler que "plus de 80% des parents continuent de choisir d’inscrire leurs enfants au cours de religion ou de morale".

De son côté, Myriam Geshé, présidente de l’Instance*, rappelait qu’une suppression des cours de religion serait contraire à la Constitution belge dont l’article 24 garantit à tous les élèves une éducation morale ou religieuse dans le cadre scolaire. Même la CSC est montée au créneau, en mai dernier, en diffusant une pétition pour le maintien du cours de religion et de morale dans l’enseignement officiel.

Des cours de religion et de citoyenneté mis en concurrence

Dans ce dossier, pourquoi seul le CAL (centre d’action laïque) dont le slogan est "2h, c’est mieux!" serait le seul habilité à participer aux discussions politiques ? Ne devrait-on pas inviter les chefs de culte autour de la table? Sachant que toute décision concernant le CPC aura indubitablement des répercussions sur les cours convictionnels et que leur suppression totale exige, nous semble-t-il, de réviser le programme du CPC concernant la (les) dimension(s) spirituelle et religieuse(s).

A regarder : La place du cours de religion dans l’enseignement officiel

Alors que les partisans du CAL craignent (encore) une forme de prosélytisme dans le chef des professeurs de religion (envoyés en mission par leur évêque diocésain), en face, on déplore une forme de militantisme dans certains établissements de l’enseignement officiel où les cours de CPC et de religions sont clairement mis en concurrence. Sans évoquer la fatidique question de la neutralité brandie à toute occasion, à laquelle les enseignants de religion répondent qu’"aucun être humain n’est neutre".

Sophie DELHALLE

*L'Instance pour le cours de religion catholique réunit l'ensemble des référents diocésains pour l'enseignement de Belgique francophone.

️ Témoignage d'un professeur de religion

Alexandre Jaupart : "Ceux qui disent qu’on ne fait rien au cours de religion n’y ont jamais assisté !"

Educateur depuis plusieurs années, Alexandre enseigne à nouveau le cours de religion depuis un an dans le réseau provincial du Hainaut dans quatre implantations. "C’est un choix délibéré, je n’ai pas choisi le cours de religion pour combler un horaire."

Après un début de carrière dans le réseau libre, Alexandre nourrissait une certaine appréhension à rejoindre le réseau officiel. Or, il incarne le parfait contre-exemple. "J’ai été surpris positivement de l’accueil de mes collègues qui se sont montrés curieux et respectueux, j’ai senti aussi beaucoup de bienveillance dans le chef de certaines directions, en conseil de classe, ma parole est écoutée."

Alexandre Jaupart. DR

Dans l’officiel, être au cours de religion c’est un choix de l’élève, rappelle Alexandre, "et ça change beaucoup". Les élèves sont d’emblée intéressés, alors une heure de religion par semaine, "c’est fort limité", voire trop peu, regrette Alexandre.

"La religion fait partie de notre vie quotidienne"

Car, "si les jeunes sont éloignés de l’Eglise, ils sont ouverts et se posent des questions", analyse l’enseignant. Toutefois, il n’est pas question de faire du prosélytisme au cours de religion, mais tout de même de transmettre la tradition judéo-chrétienne.

Alexandre est engagé en paroisse, nous l’interrogeons alors qu’il revient des JMJ de Lisbonne. Sa foi, il ne la cache pas, ni aux élèves ni à ses collègues, il faut dire aussi qu’il est échevin à Estinnes et donc une personnalité publique.

"Ceux qui disent qu’on ne fait rien au cours de religion n’y ont jamais assisté. Je les invite à lire le programme." Quand son parti (Les Engagés, ndlr) annonce officiellement vouloir se détacher de toutes références chrétiennes, Alexandre interpelle son président. "Je ne comprends pas l’attitude de mon parti vis-à-vis du cours de religion. Les hautes instances ne connaissent plus la réalité du terrain, elles se sont trop éloignées de la base. Qu’on le veuille ou non, la religion fait partie de notre vie quotidienne, ne serait-ce que dans notre environnement avec la présence d’églises ou nos expressions de langage. Je suis un élu local, je ne pratique pas la même politique."

Et le jour où la menace se précisera, Alexandre se dit prêt à monter au créneau, à titre privé et comme mandataire politique, pour défendre le maintien du cours de religion. Il l’a déjà prouvé. "Dans ma commune, je me suis démené pour trouver un instituteur pour donner le cours de religion dans le communal. C’était important pour moi."

S.D.


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