À l’approche de la Journée mondiale des réfugiés, Aide aux Personnes Déplacées lance une campagne percutante qui détourne les comptines de l’enfance pour exposer la brutalité de l’exil. Un choix assumé pour bousculer les consciences et rappeler que derrière chaque migrant se cache une histoire humaine.
À quelques jours du 20 juin, Journée mondiale des réfugiés, l’association Aide aux Personnes Déplacées déploie une campagne nationale qui frappe fort. Intitulée « L’exil n’est pas un choix. Ni un jeu d’enfant. », elle repose sur un concept simple et dérangeant : confronter l’univers rassurant des comptines enfantines à la violence du parcours migratoire. Diffusée du 16 au 22 juin dans l’espace public, les médias et les réseaux sociaux, cette campagne veut provoquer une réaction immédiate face à une réalité souvent lointaine pour le grand public.
Des visuels qui heurtent pour mieux interpeller

Les images de la campagne traduisent cette tension. Sur un premier visuel, un enfant marche seul sur une route poussiéreuse, un sac trop grand sur le dos. « 2 403 kilomètres à pied, ça use les souliers. » Ce détournement d’une comptine connue évoque la longueur et la dureté des trajets migratoires, souvent effectués dans des conditions extrêmes.
Un deuxième visuel montre un projectile planté dans un champ, image brute d’un terrain marqué par la guerre. « Savez-vous planter les choux, à la mode de chez nous ? » crée un choc immédiat. L’univers enfantin bascule dans une réalité de conflit, rappelant que de nombreux migrants fuient des zones de violence armée.
Enfin, un troisième visuel met en scène un enfant porté au milieu d’une foule, encerclé par des forces de l’ordre. « Dodo, l’enfant do, l’enfant dormira bientôt » souligne l’absence de sécurité pour ces enfants en exil.
Montrer l’insoutenable pour réveiller les consciences
Pour Aide aux Personnes Déplacées, ce choix visuel répond à une nécessité : susciter une prise de conscience dans un contexte où les crises migratoires se multiplient. Aujourd’hui, plus de 120 millions de personnes sont forcées de fuir leur pays à cause des guerres, des violences ou des crises, rappelle l'association.
Le principe créatif joue sur un contraste frontal. D’un côté, des références familières : des chansons et images liées à l’enfance. De l’autre, des scènes qui évoquent la guerre, la fuite ou l’errance. « Nous voulons briser la distance que l’on met parfois entre nous et l’actualité », expliquent les concepteurs. « Notre objectif est de marquer les esprits et de toucher les cœurs. »
En s’appuyant sur l’imaginaire universel de l’enfance, la campagne cherche à créer une empathie immédiate. « En reliant une cause parfois perçue comme clivante à des symboles que tout le monde connaît, nous voulons faire ressentir la détresse de ceux qui doivent tout quitter ». L’exil n’est jamais un choix de confort. Il est souvent la conséquence directe de persécutions, de conflits ou de menaces vitales. Derrière chaque parcours se trouve « une histoire humaine », rappelle encore l’organisation.
Une réalité quotidienne faite d’obstacles
Sur le terrain, cette réalité prend la forme de situations concrètes et souvent dramatiques. L’association accompagne des mineurs étrangers non accompagnés, des personnes malades ou handicapées, et des familles confrontées à des procédures administratives complexes. Beaucoup ont traversé des milliers de kilomètres, parfois à pied, exposés aux violences, à l’exploitation ou à la faim. D’autres ont fui des zones de guerre, laissant derrière eux leur maison, leurs proches, et toute une vie. Les témoignages évoquent des trajectoires marquées par la peur, mais aussi par une volonté de survivre et de reconstruire.
Une mission fidèle à un héritage chrétien et humaniste
Fondée en 1949 par Dominique Pire, prix Nobel de la paix, Aide aux Personnes Déplacées s’inscrit dans une longue tradition d’accueil et de solidarité. Depuis plus de 70 ans, elle défend une conviction : toute personne doit pouvoir vivre en sécurité et dans la dignité, indépendamment de son origine. Au-delà de l’aide concrète (accompagnement juridique, hébergement, formation) l’association se donne aussi pour mission d’interpeller l’opinion publique. La campagne actuelle s’inscrit pleinement dans cette démarche. En choisissant un ton volontairement déstabilisant, les concepteurs assument leur stratégie. Dans un paysage médiatique saturé d’images, seule une approche forte peut capter l’attention.
Aide aux Personnes Déplacées invite chacun à agir en relayant le message, en s’informant ou en soutenant les actions menées sur le terrain.
