Aube maculée de sang, François Hollande, marche silencieuse… ces gestes forts qui ont marqué l’hommage au père Jacques Hamel, dix ans après


Partager
Aube maculée de sang, François Hollande, marche silencieuse… ces gestes forts qui ont marqué l’hommage au père Jacques Hamel, dix ans après
Il y a dix ans, le père Jacques Hamel a été égorgé par deux terroristes près de l’autel de son église alors qu’il célébrait la messe. © The Community of the Franciscan Friars of the Renewal / Facebook
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
6 min

Dix ans après l'assassinat du père Jacques Hamel dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray, une journée de recueillement s'est déroulée ce dimanche 26 juillet. Marche silencieuse, messe réunissant l'Église et la République, exposition de son aube et étole maculées de sang… Les hommages ont rappelé combien la mémoire du prêtre normand demeure vivante, et combien son engagement en faveur du dialogue interreligieux plus actuel que jamais.

Le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel était assassiné par deux terroristes islamistes alors qu'il célébrait la messe dans l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen. Dix ans plus tard, une série d'hommages a rappelé combien son témoignage continue de marquer les consciences.

Une marche silencieuse sur les derniers pas du père Hamel

Ce dimanche 26 juillet 2026 au matin, l'ancien président de la république François Hollande, des élus locaux, membres du clergé, habitants de Saint-Étienne-du-Rouvray et proches du père Hamel - parmi lesquels sa sœur Roseline - ont parcouru en silence le trajet qu'empruntait quotidiennement le prêtre entre son presbytère et son église. Ce chemin est aussi celui qu'il effectua pour la dernière fois il y a 10 ans.

Le maire communiste rend hommage et appelle à l'unité

Une fois le cortège arrivé devant l'église Saint-Etienne, le maire communiste, Joachim Moyse, a rappelé l'importance du vivre-ensemble. "La République doit préserver tous les cultes, la liberté de croire, de ne pas croire ou de douter", a-t-il déclaré, avant d'inaugurer le nouveau Parvis Jacques-Hamel.

Le maire de Saint-Étienne-du-Rouvray, Joachim Moyse (PC), inaugure le parvis de l'église qui porte désormais le nom de Jacques Hamel. © Joachim Moyse sur Facebook

Une cérémonie réunissant l'Église et la République

Moment fort de cette journée commémorative, une messe a été célébrée dans l'église même où le père Jacques Hamel fut assassiné. Elle était présidée par le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France.

Autour de lui avaient pris place plusieurs représentants des institutions de la République, dont l'actuel Premier ministre Sébastien Lecornu et François Hollande, président de la République au moment de l'attentat de 2016. Leur présence conférait à cette célébration une portée symbolique, celle d'une mémoire partagée entre l'Église et l'État.

L'aube maculée de sang exposée dans l'église

Pour la première fois, l'aube que portait le père Jacques Hamel au moment de son assassinat, encore maculée de son sang, a été exposée dans l'église. Son étole, tachée d'un sang aujourd'hui bruni par le temps, a été déposée sur une croix près de l'autel.

Dans son homélie, l'archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, a expliqué le sens de cette décision :

« Vous auriez préféré que [son étole] ne soit pas là, mais nous avions besoin de la voir sur la croix, proche de l'unique Croix, où se trouvent réunis en Jésus la pire violence et l'amour vainqueur pour tous. »

Une plaque rappelant le martyre du prêtre a également été installée à l'endroit où il est tombé, portant cette parole de l'Évangile : "Celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile, la sauvera."

A la fin de la messe, Mgr Lebrun a décidé de prier pour tous, y compris nommément pour les deux jeunes hommes de 19 ans qui sont entrés dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray un matin de juillet il y a dix ans.

L'hommage d'Emmanuel Macron

Absent de la cérémonie, le président Emmanuel Macron a rendu hommage au père Jacques Hamel dans un message publié sur les réseaux sociaux. "Nous n'oublions pas le Père Jacques Hamel. Il y a dix ans aujourd'hui, il était lâchement assassiné par deux terroristes islamistes, pris pour cible parce qu'il incarnait le refus de la haine, la fraternité et l'espérance", a écrit le chef de l'État.

Il a également souligné que "sa mémoire nous oblige" à défendre "sans relâche la liberté de conscience que garantit et protège la République", affirmant que "face au terrorisme islamiste, la France reste unie. Fidèle à ce qui la fonde. Résolue à ne rien céder à ceux qui veulent nous diviser."

Dix ans après, les témoins livrent leur récit en vidéo

Dix ans après l'assassinat, la Ville de Saint-Étienne-du-Rouvray a publié une série de témoignages vidéo intitulée Revivre ensemble. Plusieurs personnes directement marquées par l'attentat y racontent leur parcours depuis 2016.

Parmi elles figure sœur Danielle, présente dans l'église lors de l'attaque. Dix ans plus tard, elle accueille les pèlerins venus se recueillir sur les lieux et poursuit son engagement en faveur du dialogue entre les communautés.

Roseline Hamel y témoigne également. Revenant sur le chemin parcouru depuis la mort de son frère, elle confie : "Nous avons fait de cette douleur un parcours d'exemples de paix" (voir ci-dessous). Elle est elle-même co-autrice, avec Nassera Kermiche, du livre témoignage "Soeurs de douleur". Le récit met en lumière la rencontre entre la sœur du prêtre et la mère de l'un des terroristes. Roseline Hamel poursuit également son engagement dans les écoles pour transmettre un message de réconciliation.

François Hollande participe lui aussi à cette série d'entretiens, évoquant le choc provoqué par l'attentat et les enseignements qu'il en tire dix ans après.

Un héritage tourné vers le dialogue interreligieux

Le père Jacques Hamel était connu pour son engagement en faveur du dialogue entre les religions. De nombreuses initiatives de dialogues et de rencontres interreligieuses sont nées à la suite de son assassinat, souligne la Conférence des Eveques de France. Un dialogue qui se prolonge chaque année à travers le Prix Père Jacques Hamel, créé en 2017 par la Fédération des médias catholiques, qui récompense un travail journalistique promouvant la paix et le dialogue interreligieux.

La sœur du prêtre, Roseline Hamel, participe chaque année à la remise de ce prix.

Né en 1930 près de Rouen et ordonné prêtre en 1958, le père Jacques Hamel a été assassiné le 26 juillet 2016. Son procès en béatification, ouvert en 2017, est aujourd'hui en cours d'examen au Vatican.

C.L.

Catégorie : Eglise monde

Dans la même catégorie