Agressivité, culpabilité, projection ... Comment éviter que ces mécanismes viennent empoisonner nos relations? Comment se préserver sans se couper du monde? Anselm Grün et Hsin-Ju Whu nous présentent des solutions thérapeutiques et bibliques pour soigner les relations toxiques avec notre entourage.

Nous sommes tous, un jour ou l'autre, victimes de ces mécanismes qui perturbent les relations familiales, amicales, professionnelles ou dans la communauté ecclésiale. Agressivité, projection, culpabilité, ... Comment s'en débarrasser? Et retrouver de saines relations?
Apprendre à mieux se connaître avant tout
En collaboration avec Hsin-Ju Whu, Anselm Grün a donc cherché dans la tradition chrétienne des voies à suivre pouvant nous aider à gérer les mécanismes responsables de ces troubles relationnels. Les récits et paroles bibliques présentés dans l'ouvrage "Pourquoi toujours moi?" sont autant de chemins capables de nous aider à nous libérer des schémas - le livre en traite six - qui nous empoisonnent trop souvent la vie !
La première des clés, écrivent les auteurs, est d'apprendre à mieux se connaître soi-même pour s'en libérer, comprendre et non juger. Le lecteur pourra constater que les solutions bibliques suggérées concordent avec les solutions thérapeutiques classiques.
D'où vient la culpabilité?
Ce sentiment survient lorsque nous enfreignons un ordre ou une règle, la culpabilité est parfois aussi un refuge pour échapper à d'autres sentiments douloureux. Prendre conscience de cette culpabilité, c'est déjà s'en libérer, et découvrir que celle-ci ne nous coupe pas de notre dignité humaine, ni de Dieu.
Dans la sphère religieuse aussi, on a souvent recouru à ce sentiment de culpabilité pour donner mauvaise conscience aux fidèles qui ne pouvaient pas répondre aux exigences prônées par l'Eglise. Faire culpabiliser l'autre, c'est le faire douter de sa propre valeur.
Autre schéma faisant intervenir la culpabilité : le chantage émotionnel. Qui permet d'exercer un certain contrôle sur l'autre, en le rendant responsable. Dans le cercle familial, on parle aussi volontiers d'abus affectif.
Sans oublier de mentionner l'abus spirituel qui revient à culpabiliser celui qui ne se conforme pas à une directive spirituelle. Le chantage a lieu dès lors qu'un accompagnateur spirituel utilise l'autre à ses propres fins. L'abuseur cherche à culpabiliser pour dominer, car la peur rend docile. L'abus spirituel a les mêmes conséquences que l'abus sexuel. Il peut détruire la vie de la victime.
Comment guérir du sentiment de culpabilité?
Ce que dit la psychologie
Dans le premier cas, les psychologues conseillent de ne pas le réprimer, de lui faire face ; un homme accède à la maturité que s'il est capable de reconnaitre une faute commise.
Ensuite, il nous est recommandé d'utiliser notre colère pour mettre l'autre à distance et le renvoyer à sa propre responsabilité.
Enfin, pour sortir d'un chantage, il nous faut réapprendre à faire confiance à notre ressenti et analyser les mécanismes qu'utilise l'abuseur pour le démasquer et lui retirer notre confiance dont il a injustement abusé.
Ce que dit la Bible
Dans la Genèse, que ce soit pour Adam, ou Caïn et Abel, Dieu met ses créatures face à leurs fautes, les invitant à en assumer pleinement les conséquences et Dieu leur ouvre alors une nouvelle vie. Nous devons nous décharger du poids de la culpabilité sinon celle-ci nous empêche de vivre, nous exclut de la communauté.
Dans l'évangile de Luc (16, 1-8) , Jésus emploie la parabole du gérant prudent accusé d'avoir dilapidé les biens de son maître. Jésus montre comment il est possible de se saisir de la faute comme une occasion d'être un homme parmi les hommes. Tu es coupable, je suis coupable, nous partageons la culpabilité. Ainsi, nous ne devons pas exclure ceux qui commentent des fautes mais nous montrer solidaires car nous sommes tous coupables à un moment ou à un autre. Quelle leçon évangélique tirer de ce passage ? Ni nous accuser, ni nous excuser. Il nous faut avoir foi en le pardon de Jésus qui a lui-même pardonné à ses bourreaux, il n'y a rien que Dieu ne puisse pardonner, ajoutent les auteurs.
Dans l'étrange épopée où intervient Samson (Juges, 16), la Bible nous indique deux moyens de se libérer du chantage affectif: la colère et la force intérieure qui empêchent l'autre d'exercer son pouvoir sur moi.
Dans l'évangile de Matthieu (23, 4), Jésus met en garde les responsable de communautés, les théologiens et les directeurs de conscience de tous les temps de ne pas abuser spirituellement des gens. Il donne en l'occurrence les moyens d'y échapper: ne jamais oublier que nous n'avons qu'un seul Père ("Ne donnez à personne sur terre le nom de père"), que le Christ est notre seul véritable Maître et surtout que Dieu est en nous. "Et là où il règne, les mots de notre maître-chanteur n'ont pas accès".
"Ne jugez pas"
Dans les chapitres suivants, Anselm Grün et Hsin-Ju Whu abordent notamment le mécanisme de projection qui revient à "projeter sur l'autre et lui reprocher ce que je ne veux ou ne peux accepter en moi". Ce sont nos propres parts d'ombre refoulées que nous renvoie l'autre, et nous refusons ainsi d'affronter notre propre vérité. "Dénigrer autrui n'est rien d'autre que fermer les yeux sur soi-même".
En Eglise, cela nous amène à parler des péchés des autres pour éviter de considérer les nôtres. Anselm Grün se réfère au passage de Matthieu 7, où Jésus prononce le sermon sur la montagne : "Ne jugez pas, pour ne pas être jugés".
Cesser de se comparer aux autres
Concernant le complexe d'infériorité, les auteurs expliquent qu'il trouve sa source dans un manque de reconnaissance durant l'enfance. Cette tendance tyrannique à dominer les autres fait autant souffrir le dominé que le dominant. La solution la plus évidente serait de cesser de nous comparer aux autres, de nous accepter tels que nous sommes comme le fait Jésus avec Zacchée (Luc 19). Loin de lui faire la morale, Jésus l'aborde avec amour, et c'est ce regard d'amour qui transforme le publicain. Faire sentir à ces personnes complexées qu'elles font partie d'une communauté peut les aider à se débarrasser de ce sentiment d'infériorité.

Savoir dire non
Pour conserver de saines relations, Anselm Grün et Hsin-Ju Whu nous invitent aussi à instaurer des limites. Comment ne pas laisser trop de pouvoir aux autres sur moi? Pour éviter toute emprise, je dois apprendre à gérer mes émotions et à prendre de la distance avec elles. En posant des limites claires, la relation devient plus libre et authentique. Garder une saine distance, ne pas couper les ponts, mais ne plus me laisser envahir. Savoir dire non, ne pas toujours répondre aux attentes des autres, sans se justifier ni s'excuser. Tout un art ! reconnaissent volontiers les auteurs.
Dans un chapitre conclusif, les deux auteurs nous présentent le pardon, la réconciliation et l'estime de soi comme trois clés - parmi celles proposées par l'Eglise - pour sortir de ces relations toxiques qui empoisonnent nos vies sans renoncer à la richesse de la rencontre.
Sophie DELHALLE
Anselm Grün, Hsin-Ju Whu, Pourquoi toujours moi? Comment améliorer ses relations, Salvator, 2023, 155 p.
D'autres ouvrages d'Anselm Grün à découvrir:
Guérir de nos blessures familiales
