Fête du Carmel : que célèbre-t-on le 16 juillet avec Notre-Dame du Mont-Carmel ?


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Fête du Carmel : que célèbre-t-on le 16 juillet avec Notre-Dame du Mont-Carmel ?
Notre-Dame du Mont-Carmel tenant l'Enfant Jésus et le scapulaire, image de dévotion carmélitaine - © CC-BY-SA Gilbert Fernandes
Par Christophe Herinckx et Jean Lannoy
Publié le
6 min

Chaque 16 juillet, la fête du Carmel réunit carmes et carmélites du monde entier autour de Notre-Dame du Mont-Carmel, leur patronne. Derrière cette date se cachent des ermites de Terre sainte, un ordre sauvé de la disparition, un petit habit de tissu brun et trois des plus grands mystiques chrétiens.

En bref — la fête du Carmel

Date : 16 juillet, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel.

Ordre : les carmes et carmélites (ordre du Carmel), nés au XIIe siècle sur le Mont-Carmel, en Terre sainte.

Racines spirituelles : les prophètes Elie et Elisée ; patronne : la Vierge Marie.

Scapulaire : tradition de l'apparition à saint Simon Stock, le 16 juillet 1251.

Trois docteurs de l'Eglise : Thérèse d'Avila, Jean de la Croix et Thérèse de Lisieux.

Chaque 16 juillet, l'Eglise fête Notre-Dame du Mont-Carmel, patronne de l'ordre du Carmel. La fête du Carmel commémore la protection que la Vierge Marie aurait accordée à cet ordre contemplatif né en Terre sainte au XIIe siècle, ainsi que la remise traditionnelle du scapulaire à saint Simon Stock. Carmes et carmélites y célèbrent leur fête patronale.

La date n'a rien d'anodin : à Lourdes, en 1858, la Vierge choisit d'effectuer sa dernière apparition à Bernadette le 16 juillet, jour où l'Eglise fait mémoire de cette dévotion mariale. Un signe, pour les fidèles du Carmel, de la constance de cette présence.

Des ermites du Mont-Carmel à un ordre menacé de disparition

Au XIIe siècle, des ermites latins venus d'Occident s'installent dans les grottes du Mont-Carmel, en Terre sainte, là où les prophètes Elie et Elisée se seraient longuement retirés pour contempler la présence de Dieu. Ils y bâtissent une chapelle dédiée à la Vierge Marie, qui deviendra la patronne du futur ordre du Carmel.

L'histoire aurait pu s'arrêter là. Au XIIIe siècle, la reconquête de la Terre sainte par les musulmans oblige les ermites à se disperser à travers l'Europe, ce qui permet, paradoxalement, à l'esprit du Carmel de se répandre en Occident. En 1215, le quatrième concile du Latran, soucieux de « rationaliser » les ordres mendiants, menace de supprimer le Carmel : depuis la clôture du concile, 22 familles religieuses ont été dissoutes. L'ordre échappe pourtant à la disparition. Il est finalement confirmé dans son existence par le pape Urbain VI en 1379, sous le nom officiel d'Ordre de la Bienheureuse Marie, Mère de Dieu, Notre-Dame du Mont-Carmel. Vers la fin du XIVe siècle, Notre-Dame du Mont-Carmel est fêtée en Angleterre le 16 juillet, avant que la date ne gagne toute l'Europe grâce à la dévotion du scapulaire.

Le scapulaire : d'où vient ce petit habit de tissu brun ?

Selon une tradition ancienne, la Vierge Marie serait apparue à saint Simon Stock, prieur général des Carmes très inquiet pour la survie de l'ordre, le 16 juillet 1251. À l'aurore, elle lui serait apparue entourée d'anges, cerclée de lumière, vêtue de l'habit de l'ordre et tenant une étoffe brune : le scapulaire – à l'origine, un large vêtement couvrant les épaules (scapulae, en latin). Elle le lui remet avec ces mots : "Ceci est un privilège pour toi et pour tous les Carmes. Quiconque mourra en portant cet habit ne souffrira pas le feu éternel".

L'authenticité de cette vision et de ce message a été mise en doute par la suite, sans jamais freiner la dévotion. Le scapulaire – deux morceaux de tissu reliés par des cordons, ou une simple médaille – se répand en lien avec la fête du 16 juillet. Une cérémonie se développe : les fidèles qui en font la demande revêtent le tissu, geste qui signifie que l'on se revêt du manteau de Marie, autrement dit que l'on s'en remet à sa protection.

Bien que réservé, au départ, aux Carmes et Carmélites, il devint possible pour d'autres religieux de revêtir le scapulaire, tels les Bénédictins, ou les Dominicains. Les "simples" laïcs de se consacrer à Marie obtinrent aussi la possibilité de porter le scapulaire, et d'intégrer l'Ordre du Carmel. Est né ainsi une sorte de "tiers-ordre" carmélitain, bien avant que cette notion soit reconnue officiellement dans l'Eglise catholique. Il s'agit, pour des fidèles laïcs, de pouvoir être associé à un ordre religieux, sans pour autant renoncer à vivre "dans le monde", mais en adoptant, dans sa vie "séculière", une certaine règle de vie et une spiritualité particulière.

En 1996, une déclaration doctrinale est approuvée en ce sens par la Congrégation romaine pour le Culte divin et la discipline des sacrements: "La dévotion à Notre-Dame du Mont Carmel est liée aux valeurs historiques et spirituelles de l'Ordre des Frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel et est exprimée à travers le scapulaire. Ainsi, celui qui reçoit le scapulaire devient un membre de l'ordre et il / elle s'engage à vivre selon sa spiritualité en conformité avec les caractéristiques de son état dans la vie".

La spiritualité du Carmel

Dès l'origine, le Carmel fait de la prière contemplative sa mission. Cette forme de prière – l'oraison, un cœur à cœur silencieux où l'on accueille la présence de Dieu pour se laisser transformer par elle – se rattache au prophète Elie, qui reconnut Dieu non dans l'ouragan, ni le tremblement de terre, ni le feu, mais "dans le murmure d'une brise légère" (1 Rois 19, 12). Au cours de l'Histoire de l'Ordre, la Vierge Marie devint le modèle des ermites carmes, de par son attitude consistant à accueillir Dieu en soi,et à se laisser transformer par Lui.

Cette spiritualité n'a toutefois acquis sa pleine stature qu'avec les réformateurs du Carmel. La pratique de l'oraison consiste à accueillir la présence de Dieu déjà là, en soi, et à se laisser transformer par elle jusqu'à l'union – aussi appelée « mariage spirituel » – avec Dieu. Cette prière du silence, qui représente un sommet de la mystique chrétienne, peut être vue comme la « version chrétienne » de la méditation, aujourd'hui pratiquée par de nombreux contemporains sous des formes très variées.

Thérèse d'Avila, Jean de la Croix, Thérèse de Lisieux : trois docteurs de l'Eglise

La spiritualité du Carmel atteint sa pleine stature avec ses réformateurs, sainte Thérèse d'Avila (1515-1582) et saint Jean de la Croix (1542-1591). L'une et l'autre sont docteurs de l'Eglise – ce titre rare, réservé aux saints dont l'enseignement est reconnu valable pour toute l'Eglise, « en tout temps et en tout lieu ».

Thérèse d'Avila fut, en 1970, la première femme à recevoir ce titre, en même temps que Catherine de Sienne, en raison de son enseignement spirituel. Jean de la Croix, surnommé le « docteur mystique », a laissé une œuvre où l'oraison conduit jusqu'à l'union avec Dieu. Une troisième figure du Carmel les a rejoints : sainte Thérèse de Lisieux (1873-1897), proclamée docteur par le pape Jean-Paul II en 1997. Sa « petite voie » pour entrer en communion avec Dieu, par la confiance et l'amour, a ainsi été reconnue comme un patrimoine spirituel de l'humanité.

Ces trois figures comptent aujourd'hui parmi les 38 docteurs reconnus par l'Eglise, dont quatre femmes, le dernier proclamé étant le cardinal John Henry Newman, en novembre 2025. Trois voix pour un même héritage : celui d'un ordre qui, du silence des grottes à un simple bout de tissu brun, n'a cessé d'apprendre à faire confiance.

Christophe Herinckx / JL

1ere version de l'article : 16 juillet 2018


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