Décès de Hervé Hasquin, le franc-maçon qui voulait supprimer les cours de religion


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Décès de Hervé Hasquin, le franc-maçon qui voulait supprimer les cours de religion
Par Jean Lannoy
Journaliste Multimédia CathoBel
Publié le
6 min

Hervé Hasquin est mort le lundi 13 juillet, à 83 ans. Historien, franc-maçon, ancien ministre-président de la Communauté française, il aura passé un demi-siècle à croiser le fer avec le monde catholique. Sans jamais lui claquer la porte. Retour sur un adversaire que CathoBel n'a cessé de recevoir.

Hervé Hasquin est décédé le lundi 13 juillet 2026, à 83 ans. L'Université libre de Bruxelles, dont il fut recteur (1982-1986) puis président du conseil d'administration jusqu'en 1994, l'a annoncé le jour même. Historien du XVIIIe siècle, franc-maçon initié en janvier 1970, ministre-président de la Communauté française de 1999 à 2004, il laisse dans l'Eglise de Belgique le souvenir d'un contradicteur qu'on écoutait.

Une enfance catholique à Charleroi, une rupture à quatorze ans

Né à Charleroi le 31 décembre 1942, Hervé Hasquin a grandi entre deux mondes. Sa mère, catholique pratiquante, donnait elle-même des cours de religion. Son père, René-Pierre Hasquin, journaliste passé par la presse carolorégienne proche du monde socialiste, se tenait à l'écart de l'éducation religieuse de ses enfants.

Le récit qu'il en faisait au micro de CathoBel, en juin 2019, tenait en quelques images. Le catéchisme à sept heures du matin, à l'église de la Ville Haute. Le baptême, la communion solennelle, la confirmation, le patronage. Puis l'athénée de Charleroi, où il était inscrit au cours de morale laïque. Il avait donc, disait-il, "les deux versions". Vers quatorze ans, il rentre un dimanche à la maison et annonce à sa mère qu'il n'ira plus à l'église : il n'y croit plus, tout cela lui paraît artificiel. Elle le laisse partir. Il a toujours dit qu'il lui devait cette liberté-là.

Réécouter le podcast : En débat : Hervé Hasquin

Un peu plus tard, l'enterrement de son grand-père paternel, mineur, derrière le drapeau et la fanfare de la libre-pensée de Montigny-sur-Sambre, achève de le déplacer. Il avait quinze ou seize ans, et c'est ce cortège d'un samedi après-midi, plus qu'une lecture, qui lui a fait poser les questions. Le libre examen, la franc-maçonnerie, le libéralisme viendront ensuite, entre 1970 et 1975. Trois basculements en cinq ans.

Pourquoi Hervé Hasquin voulait-il supprimer les cours de religion ?

Début juin 2000, sur un plateau de télévision, le ministre-président de la Communauté française lâche sa proposition : remplacer, au troisième degré de l'enseignement secondaire, les cours de religion et de morale par un cours d'initiation à la philosophie et d'étude comparée des religions. Son argument principal : les élèves belges sont alors les seuls de l'Union européenne à ne suivre aucun cours de philosophie.

La réaction fut immédiate, et d'une nature inédite. Les responsables des cultes reconnus et de la laïcité organisée, habituellement occupés à se disputer les heures de grille horaire, lancent ensemble une pétition. Leurs détracteurs la baptisent ironiquement "alliance sacrée". Elle sera déposée en juin 2001, forte de quelque 151.000 signatures. Du côté du gouvernement lui-même, la ministre socialiste de l'Enseignement supérieur Françoise Dupuis se montre hostile ; son collègue libéral de l'Enseignement secondaire, Pierre Hazette, oppose le coût. Et toute modification du Pacte scolaire supposait l'accord de la Flandre, qui ne s'enflamma pas.

Hasquin recule sur la suppression, maintient la demande d'un cours de philosophie. En 2011, il résumait l'échec au Soir d'une formule qu'il n'a jamais reniée : il n'avait pas réussi à briser les "ghettos philosophiques".

Du tollé de 2000 au cours de philosophie et citoyenneté

Quinze ans plus tard, le débat s'est rouvert sans lui. Après un arrêt de la Cour constitutionnelle et les attentats de 2015 et 2016, la Fédération Wallonie-Bruxelles instaure le cours d'éducation à la philosophie et à la citoyenneté : une heure obligatoire pour tous dans l'officiel, une heure de religion ou de morale maintenue, avec possibilité de dispense.

Ce n'est pas la réforme qu'il proposait. Les cours philosophiques n'ont pas disparu, et l'enseignement libre n'est pas concerné de la même manière. Mais la philosophie est entrée à l'école, et personne, dans les études consacrées à cette réforme, n'oublie de citer Hasquin parmi les précurseurs, aux côtés d'Yvan Ylieff et d'André Flahaut. Il aura ouvert seul un chantier que d'autres ont refermé à leur façon. Et le cours de philosophie et citoyenneté n'a pas fini d'être discuté en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Un franc-maçon qui refusait la laïcité dans la Constitution

C'est là que le personnage cesse d'être prévisible. Président de l'Institut d'étude des religions et de la laïcité de l'ULB pendant près de vingt ans, fondateur en 1983 de la chaire Théodore Verhaegen, première chaire universitaire consacrée à l'étude de la franc-maçonnerie, Hasquin n'a jamais fait de son engagement maçonnique une machine de guerre contre les croyants.

Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Belgique de 2008 à 2017, il y avait entrepris ce qu'il appelait une "académie citoyenne" : le Collège Belgique et ses cycles de conférences essaimés à Namur, Charleroi, Liège, Mons et Arlon, et une collection de poche à cinq euros. C'est dans cette collection, qu'il avait créée, qu'il publie en 2016 un essai répondant non à la question posée en couverture : Inscrire la laïcité dans la Constitution belge ?

Son raisonnement, il l'a redit le 4 octobre 2017 au Sénat, en ouverture du colloque #Religioptimist voulu par le ministre de la Justice Koen Geens, devant le cardinal Jozef De Kesel et cinq évêques. La Belgique, expliquait-il, est déjà un Etat laïque, perfectible dans son impartialité mais laïque. Et le mot lui-même n'existe qu'en français : aucune autre langue ne le traduit. Un franc-maçon assumé venait dire aux cultes reconnus qu'il ne voyait pas la nécessité de leur imposer un principe dont ses propres amis rêvaient.

Cinq ans plus tôt, il avait consacré un livre entier aux relations entre catholiques belges et francs-maçons, trois siècles de défiance mutuelle qu'aucun historien n'avait encore mis à plat.

Hervé Hasquin, interlocuteur récurrent de CathoBel

Six fois au moins, en une dizaine d'années, nos rédactions l'ont sollicité. En 2012, quand il vient débattre de son livre face à Jean-Pierre Delville, alors historien à l'UCL et aujourd'hui évêque de Liège. En 2019, dans En débat, l'émission produite par CathoBel et diffusée sur RCF, où Jean-Jacques Durré et Hervé Gérard l'interrogent sur Les "bleus" de la mémoire. En 2021, face au dominicain Ignace Berten, pour un dialogue entre un libéral et un théologien sur les aveuglements des intellectuels de gauche.

En octobre 2016, notre rédacteur en chef Jean-Jacques Durré ouvrait même son édito sur une phrase que Hasquin venait de lui confier en interview : "Je suis de ceux qui pensent que le besoin de se référer à quelqu'un de supérieur, est en quelque sorte une 'béquille'. Personnellement, j'essaie de m'en sortir seul." Le journal catholique en avait fait le point de départ d'une réflexion sur la sécularisation. C'est peut-être la meilleure définition de ce que fut cette relation : une contradiction utile.

Trois ans plus tard, à la fin de l'émission, Jean-Jacques Durré lui a demandé son espérance pour le monde. Hasquin a parlé de l'Europe, puis de l'Afrique : 1,3 milliard d'habitants au moment où il parlait, quatre milliards à la fin du siècle. Dresser des murs contre les migrations, a-t-il dit, c'est "du vent". Il faudra apprendre à vivre avec des hommes et des femmes d'une autre culture, et il n'y a rien de pire que la quête d'une identité nationaliste, xénophobe et raciste.

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