"Parce que nous sommes tous des fils et des filles". Dans son dernier livre, Anselm Grün, en collaboration avec Maria-Magdalena Robben, s'attaque aux blessures familiales éclairées par quatre récits d'évangiles évoquant les relations entre parents et enfants. A lire de toute urgence !

"Chaque blessure familiale, aussi douloureuse soit-elle, est une chance". Telle est la ligne de force de ce nouvel ouvrage du moine bénédictin allemand. Comme souvent, l'auteur nous invite à puiser au plus profond de nous la force de dépasser les obstacles et de rebondir.
Dans le cas présent, il s'agira de guérir "tout ce qui, dans notre enfance, nous a marqués au fer rouge", par une lecture renouvelée de quatre récits de l'évangile de Marc et de Luc. Anselm Grün enrichit également son propos en se référant à certains contes et légendes.
Toute éducation comporte des racines positives
"C'est seulement en nous réconciliant avec ce que nous sommes devenus que nous serons en mesure de découvrir les possibilités que nous recelons, écrit l'auteur. Nous ne tiendrons plus nos parents pour responsables de ce que notre vie n'est pas celle que nous nous étions présentée." C'est donc à une véritable introspection et surtout libération que nous convie le moine-psychologue.
La clé de cette démarche ? Plonger dans les racines positives de notre éducation pour regarder en face nos blessures et les soigner, en adoptant bien souvent le point de vue de ses propres parents (en écrivant une lettre ou par un jeu de rôle).
Nous somme tous blessés au cours de notre vie. Ce qui est décisif, c'est la manière dont nous gérons ces blessures.
Anselm Grün, "Guérir des blessures familiales pour mieux vivre"
Ainsi nous découvrons et comprenons leurs failles, leurs limites, ce qui nous rends compatissants à leur égard et nous permet d'avancer, en laissant les rancœurs du passé derrière nous. Sachant que le risque, en refoulant ces blessures psychiques, en refusant d'y faire face, est de les transmettre, de créer un schéma de répétition néfaste et mortifère. Il est également primordial de s'attaquer à nos relations familiales parce qu'elles ont indubitablement façonné notre image de Dieu, qui est Père.
Dans quelle mesure la rencontre avec la Parole de Dieu peut nous aider à guérir ?
Si nous nous réconcilions avec nos blessures d'enfance, celles-ci vont devenir source de vie en nous connectant à notre noyau intérieur, à cet être voulu et dessiné par Dieu. Anselm Grün commence donc par évoquer les blessures causées par la mère et le père.
Blessures causées par la mère
La mère apporte sécurité et confiance à son enfant. Elle répond à ses besoins. A l'image de Dieu, elle aime son enfant inconditionnellement. Cependant, aucune mère n'est à même d'accomplir cette tâche, toujours et partout. La mère parfaite n'existe pas, et tant mieux! La mère peut par exemple provoquer une blessure en prenant son fils/sa fille pour confident. Avec pour conséquence la construction d'une image négative de l'homme ou destructrice de la femme. Aussi, si le fils devient un substitut du conjoint, il ne pourra pas s'épanouir et vivre sa virilité de manière sereine. Mais la plus profonde blessure qu'une mère puisse faire à son enfant, c'est de l'abandonner.

Blessures causées par le père
Le père a pour rôle de soutenir l'enfant et de l'encourager, mais aussi de le protéger. Un enfant qui a manqué de sécurité recherchera souvent le (ré)confort dans une idéologie ou des normes strictes. Tout enfant qui a connu une relation défaillante avec son père aura maille à partir avec l'autorité une fois devenu adulte. Le père joue aussi le rôle crucial de séparateur de la mère, c'est lui qui ouvre l'accès au monde. Dès lors, un décès ou un divorce a souvent des répercussions graves sur l'enfant. La blessure la plus profonde que peut infliger un père à sa fille est celle de l'abus sexuel.
Après avoir dressé ce catalogue de blessures, l'auteur éclaire les quatre types de relations parents-enfants à l'aide de quatre récits d'évangile.
- Père-fille "Jeune fille, je te le dis, lève-toi!" (Mc 5, 21-43)
- Mère-fille "Le démon est sorti de ta fille!" (Mc 7, 24-30)
- Père-fils Mon fils est "possédé par un esprit" (Mc 9, 14-29)
- Mère-fils "Alors le mort se redressa" (Lc 7, 11-17)
Dans ces quatre épisodes, Jésus opère comme un thérapeute moderne. Il ne traite jamais seulement le fils ou la fille, mais toujours la famille. Son objectif est de défaire les noeuds de nos relations familiales blessées, sans jamais désigner de responsable. Il considère toujours la situation dans sa globalité et ouvre pour chacun des perspectives de guérison.
Comme signalé plus haut, Anselm Grün puise également des enseignements dans les contes et légendes pour comprendre les ressorts de nos relations familiales blessées. Ces récits sont autant de clés pour en sortir. L'auteur se réfère notamment au célèbre conte de Blanche-Neige pour explorer la relation mère-fille.
Pour découvrir son chemin personnel, il faut non pas lutter contre sa blessure mais avec elle.
Anselm Grün, "Guérir des blessures familiales pour vivre mieux"

Nous terminerons en soulignant ce très beau passage, qui peut s'appliquer à bon nombre de situations : "La résurrection [...] ne survient pas seulement après notre mort, mais au beau milieu de notre vie. Lorsqu'un être se redresse, se tient droit et va son propre chemin, il ressuscite et participe au mystère de la résurrection de Jésus."
Sophie DELHALLE
Anselm Grün, Maria-Magdalena Robben, "Guérir des blessures familiales pour vivre mieux", Salvator, Paris, 2022, 200 p.
A lire également sur le même auteur :
💊 Lecture: « Une petite pharmacie de la consolation » par Anselm Grün et Ansgar Stüfe
