Droits humains : deux poids, deux mesures, dénonce Amnesty International


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Droits humains : deux poids, deux mesures, dénonce Amnesty International
Par Sophie Delhalle
Publié le
6 min

Dans son dernier rapport sur les droits humains dans le monde, Amnesty International tire le bilan de politiques incohérentes et constate la faillite des organismes internationaux à dénoncer et poursuivre les crimes commis contre certaines populations.

Si les Etats-Unis ont accueilli à bras ouverts les réfugiés ukrainiens, ils ont par ailleurs expulsé bon nombre de ressortissants haïtiens de leur territoire, relève Amnesty International.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a donné lieu à de nombreux crimes de guerre, déclenché une crise mondiale dans les secteurs de l’énergie et des denrées alimentaires, et cherché à perturber encore davantage un système multilatéral déjà faible, constate Amnesty.

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Elle a aussi mis en évidence la pratique du deux poids, deux mesures des États occidentaux, qui ont réagi avec force à l’agression russe mais ont fermé les yeux sur de graves violations commises ailleurs, voire en ont été complices, dénonce l'organisme de défense des droits humains.

L'inaction des Etats engendre l'impunité

Le Rapport 2022/23 d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde constate que la pratique de deux poids, deux mesures et les réponses insuffisantes aux atteintes aux droits humains commises aux quatre coins de la planète ont alimenté l’impunité et l’instabilité.

La Chine continue de réprimer les minorités musulmanes

Pour exemple, le rapport pointe le recours par la Chine à la manière forte pour étouffer toute action internationale sur les crimes contre l’humanité qu’elle a commis, notamment envers la population ouïghoure et d’autres minorités musulmanes. La Chine a échappé à toute condamnation internationale de la part de l’Assemblée générale, du Conseil de sécurité et du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, souligne le rapport.

La Russie n'a pas toujours été condamnée pour ses actes

Si l’Occident a imposé des sanctions économiques à Moscou et envoyé une aide militaire à Kiev, tandis que la Cour pénale internationale ouvrait une enquête sur les crimes de guerre en Ukraine et que l’Assemblée générale des Nations unies votait la condamnation de l’invasion russe, qualifiée d’acte d’agression, il a fermé les yeux sur les violations massives commises précédemment par la Russie et d’autres pays comme l'Éthiopie et le Myanmar.

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2022, une année meurtrière pour les Palestiniens

En Cisjordanie occupée, l’année 2022 a été particulière rude pour les Palestiniens, la plus meurtrière en fait depuis que les Nations unies ont commencé à recenser systématiquement le nombre de victimes, en 2006. Au moins 151 personnes, dont plusieurs dizaines d’enfants, ont ainsi été tuées par les forces israéliennes. Le gouvernement israëlien d'extrême-droite poursuit illégalement sa politique d'expansion, et désormais, même la population et l'armée s'y opposent.

Des droits humains appliqués au cas par cas

Aussi Amnesty dénonce cette hypocrisie occidentale, quand l'Europe et les Etats-Unis ouvrent grand les portes aux réfugiés ukrainiens, mais les ferment brutalement à d'autres migrants qu'ils soient syriens, libyens, afghans ou haïtiens.

Pour Amnesty, le droit relatif aux droits humains est appliqué au cas par cas, faisant preuve de deux poids, deux mesures. Or, les États ne peuvent pas un jour critiquer des violations et le lendemain tolérer des actes similaires dans d’autres pays uniquement parce que leurs intérêts sont en jeu. "C’est un comportement inadmissible, qui affaiblit la trame même des droits fondamentaux universels", a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

La Belgique épinglée pour la crise de l’accueil des demandeurs d'asile

La situation des droits humains en Belgique est également abordée dans ce nouveau Rapport, notamment en ce qui concerne la crise de l’accueil des personnes demandeuses d’asile, que les autorités laissent se prolonger. En raison du manque de capacité d’accueil, un grand nombre de ces personnes sont ainsi contraintes de vivre dans la rue.

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"Les autorités belges continuent de se montrer cruellement indignes des valeurs qu’elles prétendent défendre en laissant des centaines de personnes demandeuses d’asile – dont des enfants – à la rue, sans ressources, en contradiction totale avec leurs obligations relatives au droit d’asile et au droit d’accueil qui y est lié", explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International.

En raison de son inaction, la Belgique a été condamnée à de nombreuses reprises par des tribunaux nationaux. La Cour européenne des droits de l'homme a également pris des mesures provisoires afin que les autorités compétentes respectent les arrêts rendus au niveau national et fournissent un hébergement aux personnes demandeuses d’asile.

Amnesty International note par ailleurs que les mesures prises jusqu'à présent se sont révélées inadéquates et que celles prévues par le récent accord fédéral sur les migrations ne permettent pas non plus d’envisager une amélioration de la situation à court terme.

Dans de nombreux pays, le droit de manifester a été fortement réduit et les droits des femmes sont en nette régression.

Une répression brutale de la dissidence partout dans le monde

En Russie, des dissidents ont été traduits en justice et les médias d'opposition fermés. Plus près de nous, au Royaume-Uni, les autorités ont adopté de nouvelles lois imposant des restrictions sur les manifestations.

La technologie a par ailleurs été utilisée comme une arme contre de nombreuses personnes, pour les réduire au silence, empêcher des rassemblements publics ou faire de la désinformation.

En réaction aux menaces croissantes visant le droit de manifester, Amnesty International a lancé en 2022 une campagne mondiale destinée à contrer les efforts redoublés que déploient certains États pour saper le droit fondamental à la liberté de réunion pacifique.

Les droits des femmes de plus en plus menacés

La répression de la dissidence et l’incohérence des politiques en matière de droits humains ont aussi eu de lourdes répercussions sur les droits des femmes. Amnesty cite la régression du droit à l'avortement aux Etats-Unis, mais pointe également la perte d’autonomie personnelle, l'accès restreint à l’éducation, au travail et aux espaces publics pour les fillettes et femmes afghanes.

Le rapport rappelle le triste sorte de Mahsa (Zhina) Amini qui a été arrêtée et torturée pour avoir laissé dépasser quelques mèches de cheveux de son foulard. La jeune femme iranienne est morte en détention, provoquant un vent de protestation dans son pays et une vague de solidarité internationale.

Pour Amnesty, les Nations-Unies doivent (re)devenir performantes

Il est indispensable que les institutions et les systèmes internationaux destinés à protéger nos droits soient renforcés. La première étape serait, selon Amnesty, de financer pleinement les mécanismes de défense des droits humains des Nations-Unies, afin que des enquêtes puissent être menées, que l’obligation de rendre des comptes soit garantie et que justice soit rendue.

Amnesty International demande aussi une réforme du principal organe de prise de décisions de l’ONU, le Conseil de sécurité, afin de faire entendre la voix des pays et des situations qui sont traditionnellement ignorés, en particulier dans l’hémisphère sud.

S.D.

Pour Amnesty, il faut financer pleinement les mécanismes de défense des droits humains des Nations-Unies afin que des enquêtes puissent être menées et que justice soit rendue. CC-BY- Bobbsled - Flicker

Catégorie : International

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