On dénombre plus de cent cinquante sortes d'animaux bibliques. Certains sont mentionnés à plusieurs reprises, figurant dans des épisodes majeurs. Découvrons la symbolique biblique de la colombe, du serpent ou encore du lion.

Nous avons choisi de vous présenter la symbolique de cinq animaux bibliques majeurs que beaucoup d'entre vous connaissent, ou croient connaître. Par exemple, la colombe est la "personnification" de l'Esprit Saint. Mais nous aurions tort de la réduire à cette seule "fonction". Aussi, le bestiaire biblique nous invite à revoir nos préjugés. En effet, le serpent est-il réellement malfaisant? Pourquoi le porc est-il tant déprécié? Et que dire de l'âne ?
🕊 La colombe
Dans l'Ancien Testament, la colombe est associée aux amours. Dans le Cantique des Cantiques, la métaphore est utilisée par le jeune homme amoureux pour désigner tendrement celle qu’il désire plus que tout : « Lève-toi, ma bien-aimée, ma belle, viens ! Ma colombe, dans le creux des rochers, cachée dans les escarpements, fais-moi voir ton visage, fais-moi entendre ta voix, car ta voix est douce et charmant ton visage » (Ct 2,13-14). Elle est aussi évoquée dans le livre de Jérémie (Jr, 48,28).
Une autre colombe de l'Ancien Testament plane sur les eaux dans le récit de Noé. Après le déluge, le patriarche lâche l'oiseau pour voir où en est la décrue et, la deuxième fois, le volatile lui ramène dans son bec un rameau d’olivier, signe d’une nouvelle création en germe (Gn 8,8-12). Cette colombe est aujourd'hui symbole universel de paix.
Un parallèle peut être établi avec la colombe qui investit Jésus au sortir des eaux dans lesquelles il vient d’être plongé, les évangélistes entendent sans doute suggérer qu’avec lui un monde nouveau est en train de naître.
Ainsi, curieusement, alors que la colombe qui figure l’Esprit saint n’est présentée comme tel que dans la scène du baptême de Jésus évoquée par les quatre évangiles (dont Mc 1,10-11), elle reste la version la plus connue et reproduite dans l'iconographie chrétienne.

🐴 L'âne
Dans l'Ancien Testament, l'âne est en effet la monture des gens de haut rang (Jg 10,4 ; 1 S 9,3-6), voire de chefs et de rois (2 S 13,29 ; 1 R 1,33), ce qui n’exclut pas qu’il puisse rendre les mêmes services à des gens plus ordinaires (Gn 22,3 ; 1 S 25,20). Le prophète Zacharie emploie cet animal pour parler de la douceur du Messie, ce roi juste et pacifique (Za 9,9-10) : « Exulte d’allégresse, Fille de Sion, lance des cris, Fille de Jérusalem ! Voici ton roi, il vient à toi : il est juste et vainqueur, humble et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse [...] »
Dans le Nouveau Testament, l’image est reprise et développée par les quatre évangélistes dans la scène du récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem juste avant la Passion. Matthieu est le plus précis, qui cite le texte du prophète (Mt 21,1-11 ; voir Jn 12,14-16). On a ici la trace de ce que, pour la première Église, à la suite de Jésus lui-même peut-être, l’oracle de Zacharie a constitué une clé de lecture importante pour la compréhension de la mission de Jésus, le Messie qui, confronté à la violence des hommes, reste fidèle jusqu’au bout à la douceur et à l’idéal de paix dont il était porteur.
Et l'âne de la crèche, me direz-vous? Et bien, aucun des évangiles ne le mentionne. Nous devons - plus que probablement - sa présence dans les scènes de la Nativité à saint François d'Assise, qui composa la première crèche vivante.
🐖 Le cochon
Quel que soit le point de vue envisagé, la place du porc dans les Écritures est toujours dévalorisée. Pour l’Ancien Testament, c’est l’animal impur par excellence et l’attribut privilégié du monde païen et des ennemis d’Israël. Être gardien de pourceaux – ce qui est interdit aux Hébreux – est l’image de la déchéance suprême. Le Nouveau Testament conserve cette tradition négative, notamment dans la parabole du fils prodigue qui, après avoir dilapidé tout son bien, est obligé de devenir gardien de cochons (Luc, 15, 11-32).
Parlons également de l’épisode du possédé que le Christ et les apôtres rencontrèrent au pays des Géraséniens. Un grand nombre de démons avaient pris place en lui et l’empêchaient de mener une vie normale. Jésus ordonna aux démons de sortir de cet homme et d’entrer dans un troupeau de porcs. Tandis que le possédé retrouvait ses esprits et se mettait à prier, les porcs, au nombre d’environ deux mille, se précipitèrent du haut de la montagne dans le lac de Tibériade (Mat., 8, 30-34 ; Marc, 5, 9-20 ; Luc, 8, 30-39). Ce récit a beaucoup inspiré les hommes du Moyen Âge qui ont fait du porc l’un des attributs de Satan.

🐍 Le serpent
Même si le serpent du jardin d’Éden a souvent été assimilé à Satan, cet animal garde dans la Bible l’ambivalence qu’il a souvent dans les cultures méditerranéennes. Du reste, même le tentateur d’Ève est présenté comme astucieux, détenteur d’une certaine sagesse (Gn 3,1), ce qui explique qu’il soit parfois considéré davantage comme un initiateur que comme un être malfaisant.
Toutefois, dans la tradition biblique, et surtout postbiblique, le serpent de la Genèse est unanimement décrié comme celui qui mène les humains à leur perte en les coupant de leur Créateur. C’est contre lui que Dieu combat comme il l’a promis solennellement (Gn 3,15). Aussi, à la fin de la Bible, après une ultime tentative consistant à faire périr le Messie (Ap 12,1-9), « l’antique serpent, le Diable ou le Satan » est enchaîné avant d’être précipité à jamais dans l’étang de feu qui signe sa défaite définitive (Ap 20,2-3.10).
Le discours biblique concernant cet animal est pourtant contrasté. Si sa langue fourchue est attribuée au menteur (Ps 58 (57),4-5) et si son venin est létal (Nb 21,6), son astuce et sa finesse n’en sont pas moins un modèle proposé par Jésus à ses disciples : « Voici – leur dit-il –, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez avisés comme les serpents » (Mt 10,16). Par ailleurs, le pouvoir de nuire du serpent a ses limites. Les témoins du Christ ressuscité peuvent aller jusqu’à les prendre en main sans subir de dommage (Mc 16,18 ; Ac 28,3-5). Tel est déjà le pouvoir de Moïse.
Jeté à terre, son bâton se change en dangereux serpent. Repris par la queue, il redevient bâton (Ex 4,1-5). Or, en lien avec la Parole divine, ce bâton semble conférer à Moïse un certain pouvoir. Une même ambivalence réapparaît dans l’épisode du serpent d’airain. Pour avoir soupçonné Dieu de vouloir le faire mourir dans le désert, Israël meurt de la morsure de serpents. Mais à la demande du peuple et sur ordre de Dieu, Moïse élève un serpent de bronze en haut d’une hampe. « Et si un homme était mordu, il regardait le serpent d’airain et il vivait » (Nb 21,4).
D'ailleurs, dans nos contrées, le serpent d'Esculape, héros de l'Illiade, dieu de la médecine, est symbole de santé et de guérison, c'est pourquoi on le retrouve dans l'emblème des pharmacies et de la médecine.

🦁 Le lion
Le « plus vaillant des animaux » (Pr 30,30) apparaît dans l’Ancien Testament comme un tueur redoutable, un animal à combattre. David s’est taillé une réputation de lutteur en affrontant le lion pour défendre le troupeau de son père dont il a la garde, comme il a bravé ensuite Goliath pour délivrer Israël (1 S 17,34-37). Avant lui, Samson avait aussi tué un lion à mains nues. Daniel sort indemne d'une nuit passée dans la fosse aux lions car Dieu a envoyé un ange pour fermer leurs gueules. (Dan 6, 23).
Dans les psaumes, le Messie doit combattre le lion en embuscade, prêt à rugir et à déchirer pour faire régner la justice et la paix. Pourtant, l’Apocalypse qualifie le Messie lui-même de « lion de la tribu de Juda » (Ap 5,5). Car, dans l’imagerie commune, le lion est un animal royal. Salomon lui-même ne décore-t-il pas son trône majestueux de quatorze figures de lions (1 R 10,19-20)?
Le Messie est appelé lion de Juda, en lien avec la fin de la Genèse. Juda, le fils de Jacob, l’ancêtre de la tribu qui porte son nom, s’entend dire par son vieux père parlant du lit où il va s’éteindre : « Juda est un jeune lion. Du carnage, mon fils, tu es monté. Il s’est agenouillé, s’est tapi comme un lion, et comme une lionne – qui le fera lever ? » (Gn 49,9).
Ces quelques mots évoquent en réalité l’évolution de l’homme Juda qui, après avoir vendu son frère Joseph comme esclave, après avoir trompé son père, a fait naître la fraternité dans cette famille. Le jeune lion s’est donc détourné du carnage ; il est devenu une force tranquille. Voilà, continue Jacob, ce qui lui vaut le bâton de commandement qui reviendra au Messie, son descendant. Tel est le sens du titre de « lion » conféré au Christ par l’auteur de l’Apocalypse.
Texte largement inspiré par deux contributions : André Wénin, "Le bestiaire biblique. Panorama et figures significatives" et Michel Pastoureau, "Symbolique médiévale et moderne".
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