Roger Vangheluwe va-t-il rester évêque?


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Roger Vangheluwe va-t-il rester évêque?
Par Vincent Delcorps
Publié le
4 min

L'onde de choc provoquée par la diffusion de la série flamande "Godvergeten", relative aux abus sexuels au sein de l'Eglise, est extrêmement forte. Pourrait-elle déboucher sur une révision du statut de l'ancien évêque de Bruges? La pression est aujourd'hui maximale.

L'ancien évêque de Bruges est-il en train de changer d'avis?

C'est l'une des cartouches sorties par Mgr Johan Bonny. Ces derniers jours, au terme de la diffusion des quatre épisodes de "Godvergeten", l'évêque d'Anvers, l'un des deux évêques référendaires pour la question des abus au sein de l'Eglise, s'est exprimé auprès de plusieurs médias. Il a notamment évoqué la situation de Roger Vangheluwe. L'ancien évêque de Bruges, qui s'était rendu coupable d'attouchements sur l'un de ses neveux, avait démissionné en 2010. Les faits étant prescrits, il n'avait pas été inquiété par la justice. Rome lui avait cependant imposé de résider dans une abbaye. "On ne peut pas le visiter, sauf permission du Saint-Siège", a expliqué Johan Bonny au Soir, "il ne peut pas exercer le ministère pastoral, il ne peut pas être visible dans l’Eglise. C’est donc un peu comme une prison…" 

Il n'empêche, ce sort ne satisfait guère l'évêque d'Anvers. "Il est encore prêtre et évêque: on n’a pas touché à son statut. En Flandre, personne ne comprend cela. C'est un scandale !", a déclaré Mgr Bonny dans La Libre. Alors que le Nord de la Conférence épiscopale est en pleine tempête, l'évêque d'Anvers aimerait montrer que des choses sont en train de bouger...

La pression financière

Force est de constater que la pression est forte. Ces derniers jours, de plus en plus, c'est l'argument financier qui est brandi. Ce 27 septembre, Vincent Van Quinckenborne, ministre de la Justice et des Cultes, demandait que soit retiré de la liste des personnes payées par l'Etat le nom des individus qui se sont rendus coupables de violences sexuelles. Rappelons qu'en Belgique, les ministres du culte (et notamment les évêques) sont rétribués par l'Etat sans que celui-ci puisse toutefois intervenir dans leur nomination. Si l'idée du ministre paraît cohérente, elle pose en réalité bien des questions - sur le plan moral comme sur le plan juridique. En particulier, pourquoi cette sanction devrait-elle être réservée aux personnes qui se seraient rendues coupables de violences sexuelles - et pas d'autres actes illégaux? De même, il serait difficile de garantir l'égalité entre les Belges sans élargir pareille mesure aux ministres du culte issus des autres religions reconnues - voire à d'autres sphères de la fonction publique.

Mgr Bonny est en première ligne pour gérer la question des abus au sein de l'Eglise © Screenshot VRT Max

Les démarches des évêques

En réalité, d'autres scénarios pourraient permettre de retirer le salaire de Roger Vangheluwe. On pourrait par exemple imaginer que le Vatican impose une sanction plus sévère à l'ancien évêque. La Conférence épiscopale belge semble avoir déjà plaidé en ce sens. "Jamais nous n’avons eu de réponse", révèle Mgr Bonny. "Le Vatican pourrait retirer le titre d'évêque à Roger Vangheluwe", confirmait Tommy Scholtes dans le JT de la RTBF, ce jeudi soir. "Dans ce cas, il ne recevrait plus son salaire, équivalent à celui d'un gouverneur de Province".

Le plus simple serait naturellement que Vangheluwe décide lui-même de renoncer à son titre d'évêque. Rappelons qu'en 2011, il avait relativisé la portée de ses actes. "C’était comme une petite relation", avait-il même osé dire... Depuis lors, l'on sait que la Conférence épiscopale belge a encouragé Roger Vangheluwe à prendre ses responsabilités. Jusqu'à présent, en vain. Ce vendredi après-midi, Johan Bonny a cependant indiqué avoir été très récemment, avec l'un de ses confrères, à la rencontre de Vangheluwe, en vue de poser un ultimatum. L'évêque d'Anvers révèle aussi que l'ancien évêque de Bruges aurait envoyé une lettre à Rome. Un geste qui peut présager d'une rapide évolution de la situation...

Le cas du cardinal Ricard

Le Vatican prendra-t-il ses responsabilités? En Belgique, la valeur, essentiellement symbolique, d'un geste fort serait assurément appréciée. Pour Rome, les choses semblent toutefois moins limpides. En témoigne notamment une décision rendue dans un cas qui n'est pas sans présenter des similitudes. Elle concerne le cardinal français Jean-Pierre Ricard. En 2022, celui-ci avait reconnu avoir eu un comportement inadapté sur une adolescente, plus de trente-cinq ans plus tôt. Si les faits étaient prescrits, ils ont l'objet d'une enquête canonique dont les résultats viennent d'être révélés. Jean-Pierre Ricard est ainsi autorisé à rester prêtre et cardinal (et même électeur si un conclave devait s'ouvrir prochainement). Mais il se voit suspendu de tout ministère public pour une période de cinq ans... sauf dans le diocèse où il réside. Une décision qui manque clairement de lisibilité. Et qui, en France, est déjà fortement critiquée.

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Catégorie : L'actu

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