Le focus de Myriam Tonus : Une question de choix


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Le focus de Myriam Tonus : Une question de choix
Par La rédaction
Publié le
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Myriam Tonus

Il n’y a plus de morale! Ah, autrefois, on avait des principes... Et les jeunes, donc: ils se comportent n’importe comment! Ne m’en parlez pas. Tout est permis, de nos jours. Le bien et le mal, tout se vaut!" Conversation de trottoir, de salle d’attente, de métro, mille fois entendue, sous une forme ou une autre. Et il est vrai qu’au regard des principes qui réglaient la vie individuelle et sociale il y a 50 ans à peine, l’on peut avoir parfois l’impression que le cadre s’est fissuré, que les balises ont pris un coup de vieux et que dans une société où "tout est possible" - ou presque -, du coup, tout est permis. Comme si le slogan de mai 68 - il est interdit d’interdire - accouchait, un demi-siècle plus tard, de ses enfants les plus arrogants.

Que la morale, les principes éthiques aient évolué, c’est une évidence... que l’on a pu constater tout au long de l’histoire humaine. Après tout, au 19e siècle encore, l’on pouvait battre ses enfants, marier sa fille sans son consentement ou exploiter ses ouvriers, sans que grand monde trouve à y redire: c’était "dans les mœurs". Et si l’on remonte le cours des siècles, songeons à ces sociétés (y compris pétries de christianisme), où l’on torturait les prisonniers, l’on réduisait en esclavage les populations colonisées, où la pauvreté était considérée comme naturelle. Difficile de soutenir que ces sociétés étaient plus morales que la nôtre! Se mobiliser en faveur des plus démunis, porter haut l’étendard des Droits de l’Homme, soumettre les questions délicates à des comités de bioéthique: autant de circonstances qui témoignent en faveur de la persistance et même d’un progrès de la conscience morale.

Allons donc faire un tour sur Facebook. Il n’est pas un jour où l’on ne voie passer sur son compte un message (le plus souvent agrémenté d’une jolie photo) qui ressemble à s’y méprendre aux anciens traités de morale... Petit florilège: toutes les batailles de la vie nous enseignent quelque chose, même celles que nous perdons. La seule religion est d’avoir un bon coeur. Ne regrette rien: si c’était bien, c’est un souvenir; si c’était mauvais, c’est une expérience. L’ego dit: quand tout sera en place, je trouverai la paix; l’âme dit: trouve la paix et tout se mettra en place.

Philosophie au rabais? Ethique de pacotille? Qui peut en juger? Certes, certains propos ont un relent d’individualisme exacerbé, qui prône le bien-être individuel, fût-ce au détriment d’autrui: Eloigne de ta vie les personnes toxiques, ne t’entoure que de celles qui te font du bien... Mais au 10e siècle, Odon de Cluny prêchait aux hommes le mépris des femmes, considérées comme des "sacs de fiente" (texto!)... Qui ne préférera regarder, sur Facebook, une capsule vidéo qui dénonce la violence conjugale ou le harcèlement?

Peut-être l’inquiétude vient-elle aujourd’hui de ce que la puissance de l’être humain ne cesse de croître. De l’arc à flèches à la bombe atomique, sa maîtrise semble désormais sans limites. On le sait capable de guérir des maladies autrefois incurables mais aussi, hélas, de créer des armes bactériologiques. C’est une question de choix, ce le fut toujours. Il serait naïf de signer un chèque en blanc, de croire naïvement en la bonté innée de l’humain. Il serait tout aussi stupide de regretter le "bon vieux temps", de refuser notre confiance aux générations qui nous suivent. Depuis la Genèse, nous sommes invités à croire - contre toute évidence, parfois - que ce que fait l’humain, à l’image de son créateur, peut être bon. Vraiment bon.

Myriam Tonus

Chronique parue dans l’hebdomadaire Dimanche n° 9 (daté du 6 mars 2016). Retrouvez chaque mois la chronique de Myriam Tonus dans Dimanche

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