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Temple expiatoire : quel est ce titre atypique que porte la Sagrada Família ?


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Temple expiatoire : quel est ce titre atypique que porte la Sagrada Família ?
Inauguration par le pape Léon XIV de la tour de Jésus-Christ qui couronne la Sagrada Família, Barcelone, 10 juin 2026 © Basilica de la Sagrada Familia/Marti Segura Ramoneda
Par Jean Lannoy
Journaliste Multimédia CathoBel
Publié le
4 min

Ce 10 juin 2026, le pape Léon XIV a béni la nouvelle tour de la Sagrada Família, devenue la plus haute église du monde. Son nom complet dit pourtant l'essentiel : c'est un temple expiatoire. Un titre étrange, qui semble provenir de la pure tradition catholique espagnole.

Un temple expiatoire, qu'est-ce que c'est ?

Un temple expiatoire est une église construite pour réparer : on l'élève en pénitence, pour des fautes faites à Dieu. Sa marque de fabrique tient au financement, avec uniquement des dons de fidèles et jamais d'argent public. D'où des chantiers interminables, au rythme de la générosité des fidèles. La Sagrada Família de Barcelone en est l'exemple le plus célèbre au monde.

Gaudí y a travaillé quarante-trois ans et il est mort sans la voir finie. La basilique n'a jamais touché un euro public : elle se bâtit, pierre après pierre, avec ce que les visiteurs glissent dans le tronc. L'architecte aimait dire que son temple était "fait par le peuple et qui se reflète en lui". Quand on entre, on marche dans une œuvre payée par des inconnus, depuis 1882.

Un titre que Rome ne décerne pas

Personne ne signe un édifice "temple expiatoire". Le titre ne vient pas du Vatican mais des fondateurs, qui inscrivent cette vocation dans le projet dès le départ. Ce que Rome accorde, c'est autre chose : la Sagrada Família est devenue basilique mineure sous Benoît XVI, en 2010, un honneur liturgique sans rapport avec son caractère expiatoire. Plusieurs temples expiatoires sont d'ailleurs détenteurs de titres comme celui de basilique.

La confusion est fréquente, et le temple du Tibidabo, qui domine Barcelone, la résume bien. On l'a proclamé "temple national expiatoire d'Espagne" lors du Congrès eucharistique de 1911. Puis Jean XXIII en a fait une basilique mineure, en 1961. Derrière ces étiquettes et titres, on distingue donc deux aspects, l'une dit la mission et le sens de la construction par les initiateurs de la construction , l'autre la dignité donnée par Rome.

Pourquoi des temples expiatoires ?

Ils naissent presque tous à la charnière des XIXe et XXe siècles, quand la société se déchristianise et que l'anticléricalisme monte. La réponse de certains catholiques est de réparer. Leur moteur est la dévotion au Sacré-Cœur, que Léon XIII relance en consacrant le genre humain au Cœur de Jésus en 1899. Bâtir devient alors une prière collective.

En Catalogne, l'élan prend une couleur identitaire avec la Renaixença, renaissance Catalane, qui vient bousculer le courant expiatoire traditionnel. La Sagrada Família est le rêve d'un libraire dévot, Josep Maria Bocabella, qui veut dresser un temple expiatoire face à la Barcelone ouvrière et anticléricale. Financé uniquement par l'aumône pour réparer les péchés de la ville moderne, elle est immaginée en style néogothique avant d'être abandonnée par son architecte Joan Martorell i Montells, suite à de nombreux désaccords.

C'est son ancien apprenti, Antoni Gaudí, qui reprend le projet et l'inscrit pleinement dans la Renaixença et le modernisme. Derrière Gaudí se tient son maître spirituel, l'évêque de Vic Mgr Josep Torras i Bages, théoricien d'une Catalogne catholique, qui martelait : "la Catalogne sera chrétienne ou ne sera pas".

Le Sacré-Cœur du Tibidabo, expiatoire national bâti bien plus tard, au début du XIXe siècle, est resté plus proche de l'expiation dure.

Cette ferveur ne tient pas qu'à la pierre, et les courants marqués par la pénitence et l'expiation des péchés sont nombreux en Espagne depuis le Moyen Âge. Preuve en sont les nombreuses marches des pénitents lors de la Semaine sainte, qu'ils soient "de lumière" avec des processions remplies de statues et de cierges, ou autrefois "de sang", avec des mortifications, des flagellations et des douleurs physiques.

Le Mexique, évangélisé par l'Espagne, a dû hériter de cette piété et de plusieurs de ses temples expiatoires, ce qui explique la quasi-seule présence des temples expiatoires dans ces deux pays.

Les temples expiatoires dans le monde

Ils tiennent dans une courte liste, surtout en terre hispanique : deux à Barcelone, trois au Mexique, et un cas parisien à part.

Repères : les principaux temples expiatoires

À Paris, le Sacré-Cœur de Montmartre relève d'une expiation collective : le "vœu national" de 1870, formulé après la défaite de Sedan par Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury. Une légende tenace veut qu'on l'ait bâti "pour expier la Commune". C'est faux, puisque le vœu précède la Commune de quelques mois, et le cardinal Guibert tint à lui garder un sens purement religieux.

Quant à la chapelle expiatoire de Paris, c'est un faux jumeau. Élevée par Louis XVIII là où furent d'abord enterrés Louis XVI et Marie-Antoinette, elle expie un crime politique, le régicide et la révolution.


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