Lors d'une grande veillée de prière au mythique stade "Lluís Companys" de Barcelone, quelque 40.000 jeunes venus de toute l'Espagne se sont rassemblés autour de Léon XIV, ce mardi 9 juin. Après avoir écouté plusieurs témoignages poignants, le Pape a répondu à chacun d'en eux, avant de livrer un message d'espérance centré sur la figure biblique de Nicodème.
C'est dans une atmosphère de fête et de communion que le pape Léon est arrivé au stade olympique de Barcelone, au quatrième jour de son voyage apostolique en Espagne. Après un tour en papamobile, la rencontre du Saint-Père avec les 40.000 jeunes présents a débuté par l'intronisation de la croix, plusieurs chants de louange et d’action de grâce, ainsi qu'une une vidéo d'introduction intitulée "Les croix dans le monde".
Nicodème, compagnon de route des chercheurs de sens
Après ce prélude, Léon XIV est entré en dialogue avec les jeunes. En évoquant la figure de Nicodème, venu rencontrer Jésus dans l'obscurité de la nuit, le Saint-Père, a décrit la condition humaine comme une quête permanente de vérité, d'amour et de sens. "Nous sommes des mendiants d'amour, nous avons faim et soif de vérité", a-t-il déclaré, en soulignant que les réussites, les échecs, les projets et les ambitions qui jalonnent l'existence ne suffisent jamais à combler pleinement le cœur humain.
Cette réflexion a trouvé un écho particulier dans le témoignage d'un jeune baptisé lors de la dernière Vigile pascale de cette année. Après avoir poursuivi les idéaux de réussite, de performance et de reconnaissance valorisés par la société contemporaine, il a raconté avoir ressenti un profond vide intérieur avant de retrouver la foi.
Des anesthésiants qui endorment la conscience
Interrogé sur la manière de garder les yeux fixés sur l'essentiel dans un monde dominé par la performance, Léon XIV a dénoncé les nouvelles formes d'idolâtrie qui marquent nos sociétés modernes : celle "du profit et de la performance, la soif de devoir toujours produire et toujours gagner, ainsi que le culte de l'image de soi", qui "ne sont que des anesthésiants destinés à endormir notre conscience."
Face à ces vois sans issue, la première étape consiste à cultiver une "saine inquiétude", cette capacité à ne pas se satisfaire des réponses superficielles et à demeurer ouvert aux questions profondes qui habitent le cœur humain. Dans cette optique, le Pape a insisté sur l'importance du silence, de la prière, de la réflexion personnelle mais aussi de l'accompagnement spirituel au sein de la communauté chrétienne.
Quand la nuit prend le visage de la dépression
L'un des moments les plus émouvants de la rencontre a été le témoignage d'une jeune femme ayant traversé plusieurs années de dépression avant de tenter de mettre fin à ses jours. "Je suis ici parce que Dieu m'a donné une seconde chance", a-t-elle confié.
En réponse à ce récit, le Saint-Père a souligné l'urgence de prendre au sérieux les souffrances qui touchent de nombreux jeunes. "La santé mentale est de plus en plus menacée dans des sociétés qui se considèrent comme avancées", a-t-il mis en garde, dénonçant par ailleurs le modèle social qui impose des exigences permanentes de réussite et de performance, fragilisant l'équilibre intérieur de nombreuses personnes.
Le Christ présent dans toutes les ténèbres
Pour répondre à la question posée sur la présence de Dieu au cœur de la souffrance, Léon XIV s'est tourné vers les dernières heures du Christ. Évoquant la nuit de Gethsémani, l'angoisse du Calvaire et les ténèbres de la crucifixion, il a rappelé que Dieu ne demeure jamais étranger à la douleur humaine. «Jésus partage notre douleur et nous révèle le visage d'un Dieu compatissant qui porte nos peines, souffre avec nous, pleure nos larmes et reste à nos côtés», a-t-il déclaré. Face aux moments où Dieu semble absent, il a invité chacun à transformer sa détresse en prière, à l'image du cri du Christ sur la croix. «Dieu ne veut pas la souffrance. Il la porte avec nous», a rappelé le Saint-Père.
"Où était Dieu quand j'étais petite ?"
Un autre moment fort fut le témoignage d'une jeune femme de Barcelone qui a partagé l'histoire dramatique de son enfance marquée par la violence familiale : une tentative de féminicide commise par son père, l'incarcération de celui-ci, la toxicomanie de sa mère et son placement dans un foyer pour mineurs... C'est au milieu de ces épreuves qu'elle a découvert la foi chrétienne et reçu le baptême. "Comment puis-je pardonner à mon père? Et où était Dieu quand j'étais petite?", a-t-elle demandé au pape Léon.
Dans sa réponse, celui-ci a d'abord rappelé que certaines tragédies relèvent de la responsabilité humaine: "Nous ne pouvons pas attribuer à Dieu ce qui a été confié à notre responsabilité." Le Souverain pontife a par ailleurs condamné avec fermeté les violences familiales, les abus et les féminicides qui continuent de marquer les sociétés contemporaines.
«Dans le pardon, on avance à petits pas»
“Pardonner ne signifie ni oublier le mal subi, ni nier les blessures, ni nécessairement reconstruire une relation détruite par la violence”, a poursuivi le Saint-Père, qui a également présenté le pardon comme un long cheminement intérieur de guérison, commencé dans la prière et soutenu par la grâce. "Le Seigneur élargit en nous l'espace de l'amour précisément là où nous avons été blessé"», a-t-il dit. Poursuivant sa réflexion, le Saint-Père a invité les jeunes à regarder autrement les périodes d'obscurité qui traversent leur existence. Comme Nicodème, chacun est appelé à entrer dans la nuit avec confiance, non comme dans une impasse, mais comme dans un lieu où Dieu prépare une vie nouvelle.
Pour le Pape, les crises personnelles, les blessures psychologiques, les épreuves familiales et les doutes de la foi peuvent devenir des chemins de transformation lorsqu'ils sont vécus dans l'ouverture à l'Esprit. "Ne cessons pas de chercher, de nous interroger et de dialoguer, avec Dieu et entre nous, même au cœur de la nuit", a conclu le Saint-Père, dans un Stade olympique devenu, le temps d'une soirée, un immense lieu de fraternité et d'espérance.
D'après Vatican News
