Liban : un prêtre maronite tué après avoir choisi de rester auprès de ses fidèles


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Liban : un prêtre maronite tué après avoir choisi de rester auprès de ses fidèles
Israël vise des villages chrétiens au Sud-Liban. © DR
Par Benoit LANNOO
Publié le
4 min

En début de semaine, le prêtre paroissial maronite Boutros al-Raï a été tué sous les bombes israéliennes dans son village chrétien d’Al-Qlayaa, au Sud-Liban.

Lundi après-midi, l’armée israélienne a tiré deux obus d’artillerie sur le village chrétien d’Al-Qlayaa, au Sud-Liban. "Nous ne savons pas pourquoi notre village a été attaqué", témoigne Hanna Daher, bourgmestre d’Al-Qlayaa, dans les médias locaux. "Lorsqu’une maison située à l’extrême est du village a été touchée par une bombe, tout le monde s’est précipité pour porter secours aux blessés. Cela a failli tourner au bain de sang, car la maison a été frappée par une seconde explosion."

Le prêtre maronite local, Boutros al-Raï, est notamment décédé des suites de ses blessures, tandis que quatre autres blessés ont été transportés à l’hôpital de Marjeyoun.

Ordres d’évacuation

"On prétend que des miliciens [de l’organisation terroriste chiite Hezbollah, BL] se trouvaient dans la maison, mais ce n’est pas vrai, ce sont des mensonges", poursuit le bourgmestre Daher. "Il n’y avait que les habitants de la maison et des villageois venus porter secours aux blessés. Nous sommes des gens pacifiques. Nous voulons rester ici, nous ne voulons pas et nous ne quitterons pas notre village ni nos terres."

Quelques jours plus tôt, dans un message vidéo diffusé sur les réseaux sociaux, le prêtre al-Raï avait tenu le même discours : malgré les ordres d’évacuation précédemment donnés par les Israéliens, il avait annoncé qu’il n’abandonnerait pas son village, ni ses paroissiens.

Le modèle de coexistence libanais

C’est peut-être en raison de ce refus explicite de quitter Al-Qlayaa que la maison où séjournait le prêtre a été attaquée. En Israël, des ministres d’extrême droite disent sans scrupule vouloir faire du Sud-Liban un no man’s land, comme ils l’ont déjà fait auparavant avec de grandes parties de Gaza. Le Sud-Liban devrait ainsi devenir une zone tampon à partir de laquelle des troupes chiites armées — comme les Gardiens de la Révolution iraniens ou le Hezbollah, le « parti de Dieu » — ne pourraient plus mener d’attaques contre le nord d’Israël. Mais de cette manière, les Israéliens mettent aussi en pièces le modèle de coexistence typique de la société libanaise.

Entre le marteau et l’enclume

Certains villages chrétiens situés au sud du fleuve Litani ont été en grande partie rasés par les bombardements israéliens. Mais leurs habitants refusent de partir. Ils se retrouvent souvent entre le marteau et l’enclume : le Hezbollah s’y infiltre pour mener depuis là ses attaques contre le nord d’Israël, Israël réagit par une violence brutale, et l’armée libanaise tente malgré tout de préserver l’intégrité du territoire.

Ainsi, le bourgmestre d’Alma al-Shaab, Shadi Sayati, a récemment expliqué devant les caméras de la Lebanese Broadcast Corporation International (LBCI) que l’armée libanaise avait ordonné l’évacuation de son village, mais que personne ne sait où aller.

Tragédies successives

"Environ 700.000 personnes ont déjà fui le Sud-Liban vers le nord", explique depuis Beyrouth le moine Charbel Eid, de l’ordre maronite. Le père Charbel ne nous est pas inconnu : jusqu’à l’été 2019, il était prieur de la communauté monastique maronite de Bois-Seigneur-Isaac, dans le Brabant wallon.

"Comme si le Liban n’avait pas déjà vécu assez de catastrophes humanitaires", soupire Charbel. Il y a en effet eu, auparavant, l’épidémie de coronavirus, l’explosion massive dans le port de Beyrouth, une hyperinflation, l’effondrement total des banques libanaises et une longue impasse politique. De plus, le Pays du Cèdre est miné par une corruption endémique.

Accueil des réfugiés

"Comme de nombreux réfugiés sont accueillis dans des bâtiments scolaires — ils dorment à dix à quinze sur des matelas posés à même le sol dans les classes — le système éducatif au Liban risque lui aussi d’être complètement désorganisé", explique le père Charbel.

Les monastères et d’autres institutions religieuses s’engagent également dans l’accueil des réfugiés. Ainsi, le Jesuit Refugee Service (JRS) accueille des réfugiés dans l’église de la paroisse universitaire Saint-Joseph à Beyrouth. Le monastère de Notre-Dame-de-l’Annonciation à Rmeich, dans l’extrême sud du pays, accueille lui aussi des chrétiens de la région, malgré un manque criant d’électricité, de gaz ou de mazout, ainsi que de médicaments.

Benoit Lannoo (traduction de la Rédaction)

Catégorie : Eglise monde

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