Dans une longue lettre, la jeune femme revient sur sa décision de quitter la coordination des pastorales des jeunes de Belgique francophone. Elle en retient beaucoup de joie. Elle regrette aussi un manque de moyens et un certain flou dans les contours de la mission qui lui était confiée.

Il y a quelques semaines, c'est par les coulisses que nous apprenions le départ d'Anaïs Guerin. Cette Française, très attachée à la spiritualité salésienne, avait repris la direction de Church4You à l'été 2021, succédant alors à Catherine Jongen.
Portrait – Anaïs Guérin, nouvelle responsable de Church4you
"L'Eglise est forte de ses différences"
Aujourd'hui, elle nous partage une lettre de deux pages dans laquelle elle revient sur sa mission. Une mission qui s'est déroulée selon trois grands axes: le soutien aux pastorales des jeunes diocésaines, les projets interdiocésains, et les rencontres. Parmi les projets particulièrement marquants, il y eut évidemment les Journées mondiales de la Jeunesse à Lisbonne. "La barre fixée était haute mais l’enthousiasme commun a permis de répondre aux attentes de tous les participants. Que de joies vécues !", écrit-elle. Il y eut aussi la création et les deux éditions des JMJ Belgium de Maredsous. "Ces 2 moments ont été aussi l’accomplissement d’un désir profond de réunir l'Église en valorisant tous ses différents charismes, car l’Eglise est forte de ses différences."
Fun, Spi’ and Rock ‘n’ roll : Le Festival JMJ Belgium a fait vibrer Maredsous!
Anaïs Guerin n'a certainement pas été découragée par les jeunes eux-mêmes. En témoignent ces lignes vibrantes:
"On m’a souvent interpellé en me disant : « Mais où sont les jeunes ? » Et j’ai toujours répondu :
« Ils sont là, devant nous ». Oui, les jeunes sont bien là, ils sont en quête de sens mais aussi en
recherche de lieux où trouver amitié, bienveillance, paix et prière, des lieux où ils se sentent accueillis
tel qu’ils sont, sans jugement. C’est aux pastorales des jeunes et autres acteurs engagés auprès de la jeunesse d’être audacieux et prêts à répondre à leurs attentes. Il faut oser !"
"Conduire un train sans savoir où aller"
En venant aux éléments plus difficiles, Anaïs Guerin évoque "des tensions et des 'non-dits'".
"Le manque de visibilité au niveau des attendus de la mission a pu favoriser ces tensions. Le manque de moyens aussi, a parfois joué contre le développement optimal des projets. Se battre tous les jours pour
avancer et faire avancer les projets en étant quelque peu livrée à soi-même est plus épuisant que la
charge de travail. Comme devoir conduire un train sans savoir où aller."
Si Anaïs Guerin salue la voie synodale dans laquelle s'est engagée l'Eglise, elle craint aussi les dangers d'un certain immobilisme.
"On dit souvent qu’un chrétien seul est un chrétien en danger. J’ajouterai qu’un chrétien immobile est
aussi un chrétien en danger. La réflexion ne doit pas être une finalité mais un moyen permettant d’agir
en accord avec ses convictions. Que le « OUI » que nous donnons soit un véritable « oui engageant »
et que le « NON » soit un « non » qui ne soit pas remis en cause à la première occasion.
L’opérationnalité d’un projet demande des positions claires pour que les objectifs communs soient
réalisés selon les échéances décidées."
Un "à-Dieu"
Entre les lignes, on devine que l'ex-responsable n'a pas toujours rencontré le professionnalisme qu'elle espérait, ni bénéficié du soutien qu'elle aurait espéré. Peut-être n'est-elle pas toujours parvenue, aussi, à fédérer les énergies nécessaires autour de sa propre vision... Rappelons le contexte difficile de cette mission interdiocésaine. Chaque diocèse dispose en effet de son propre service de pastorale des jeunes. Il revient cependant à Church4You de lancer une dynamique interdiocésaine, avec très peu de moyens propres.
Anaïs Guerin finit sa lettre par de larges remerciements. Et par cette ligne: "Ce n’est pas un au revoir mais bien un « à-Dieu ». Car Dieu est là et c’est avec Lui que je chemine. Il m’a appelé à choisir la VIE."