
Le calvaire de l’Eglise". Voilà le titre d’un documentaire que la chaine Arte consacrera, la semaine prochaine, à la délicate question du célibat des prêtres. Patiemment mené, le travail permet de mettre le doigt sur des situations de souffrance, des zones d’ombre, des paradoxes. De ce point de vue, il fait œuvre utile.
Mais il comporte une faiblesse magistrale. C’est un documentaire qui cherche à défendre une position à tout prix. Conséquence? Ceux qui croient effectivement que le célibat des prêtres est la croix de l’Eglise en sortiront plus convaincus que jamais. Mais ils n’auront pas appris grand-chose… Les autres, en revanche, regretteront l’unilatéralité de l’approche.
Car, ce qui est présenté comme une thèse n’est en fait qu’une hypothèse. Et s’il est bon d’y réfléchir, il importe de le faire de manière ouverte. C’est ce que tente Dimanche cette semaine. Sans défendre un point de vue, votre journal présente des explications, des perspectives et des visages. La lecture de notre dossier aidera chaque lecteur à se forger une opinion – ou à ne pas en avoir. A ce stade, non sans reconnaître que la suppression du célibat obligatoire paraît tentante, relevons trois mises en garde:
Elle ne résoudrait pas tous les problèmes. Certes, en Occident, notre Eglise traverse une période de crise. Croire que la suppression du célibat obligatoire pour les prêtres lui permettrait de résoudre tous ses maux est une illusion. En réalité, si cette question n’est pas anecdotique, elle est secondaire par rapport à celle du dynamisme des communautés chrétiennes et de l’annonce de l’Evangile.
Elle créerait d’autres problèmes. Et la question de la rémunération? Et du logement? Et de la disponibilité? Et le statut de l’épouse? Et la possibilité d’un divorce, d’une relation cachée ou d’une nouvelle relation? Ce ne sont-là que quelques-unes des questions très concrètes qui pourraient se poser. Aucune n’est insurmontable, mais, avant toute réforme, aucune ne devrait être négligée.
Elle nécessiterait une réflexion plus globale. Au-delà des questions pratiques, c’est une réflexion approfondie sur le presbytérat que pareille réforme devrait engager. Ce serait l’occasion d’approfondir l’articulation entre les différents états de vie. En aucun cas, réformer le statut du prêtre ne devrait empêcher chaque laïc de questionner sa propre vocation de baptisé.
Vincent DELCORPS
