La cathédrale Saint-Lambert renaît par l’intelligence artificielle


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La cathédrale Saint-Lambert renaît par l’intelligence artificielle
Vue imaginée de la cathédrale Saint-Lambert avant le début de sa destruction en 1794, © Thierry Lechanteur
Par Jean Lannoy
Journaliste Multimédia CathoBel
Publié le
4 min

Disparue depuis plus de deux siècles, la grande cathédrale gothique de Liège réapparaît en vidéo. Derrière ces images, le photographe Thierry Lechanteur, qui veut rendre aux Liégeois une mémoire effacée.

Sur la place Saint-Lambert, à Liège, des milliers de personnes passent chaque jour sans savoir ce qui se dressait là. Une cathédrale gothique de 135 mètres de flèche, capable d'accueillir 4 000 fidèles, l'un des chefs-d'œuvre de l'art mosan. Rasée pierre par pierre après un vote de février 1793, dans la fièvre de la révolution liégeoise. Aujourd'hui, un photographe la fait revivre à l'écran.

Thierry Lechanteur a mis en ligne une vidéo qui replace l'édifice disparu en plein cœur de la Cité ardente. On survole le clocher, on traverse la foule d'un Liège médiéval, on entre dans la nef. Une évocation entièrement reconstruite par intelligence artificielle, à partir de gravures anciennes.

Pourquoi faire réapparaître un édifice rasé ?

L'idée n'est pas qu'esthétique. Liégeois de souche, photographe de patrimoine depuis plus de trente ans, Thierry Lechanteur s'inquiète d'un oubli. "La population de Liège a complètement oublié qu'un tel édifice était là, des personnes ne connaissent pas Saint Lambert. Donc, c'est un problème", glisse-t-il. Le constat l'a frappé en discutant avec des jeunes : pour beaucoup, Saint Lambert n'évoque plus le saint fondateur de la cité, mais un arrêt de bus ou la place. Cette amnésie collective, il la juge dommageable. La place porte le nom de la cathédrale, mais plus personne ne fait le lien.

Un travail sur les gravures, pas une reconstitution exacte

Sa méthode, il la décrit sans détour. Il part de gravures d'époque, qu'une première intelligence artificielle réinterprète, avant qu'une seconde n'anime les images. Tant que la perspective ne bouge pas, le rendu reste fidèle à la gravure. Dès qu'elle se déplace, l'IA doit réinventer.

Le photographe ne s'en cache pas. Sur la vue de la place, la tour centrale a été intégrée à l'église, alors que la vraie cathédrale la portait plutôt sur la droite. Un détail, dit-il, que seuls les connaisseurs repèrent. Et pour cause : "On n'a aucun plan fiable pour cette cathédrale", rappelle-t-il. Sa hauteur, ses dimensions exactes restent sujettes à débat. Ses vidéos sont donc des évocations, pas des relevés d'archéologue.

Le projet est récent, à peine un mois de travail, même s'il connaît bien l'édifice pour l'avoir déjà étudié. La technique, elle, le passionne depuis ses débuts. Derrière l'apparente facilité d'une image qui sort en quelques secondes, il insiste sur le labeur réel : régénérer, retravailler, jusqu'à approcher le résultat voulu.

Le patrimoine religieux au service du grand public

Saint-Lambert n'est pas un sujet isolé. Thierry Lechanteur s'occupe bénévolement du site internet de la cathédrale de Liège et de celui du Trésor. Il a photographié des centaines de panoramas d'églises et de collégiales liégeoises, qu'il rassemble sur le site Liège Inside : un projet de médiation culturelle où chaque lieu, de la collégiale Saint-Barthélémy à la basilique Saint-Martin, se visite en 360° avec un guide IA.

Photographe d'architecture et de studio à l'origine, il voit l'intelligence artificielle comme un prolongement de son appareil photo. On définit un cadre, un sujet, une lumière, explique-t-il en substance : la démarche reste celle du photographe, l'outil seul change. Son travail revendique un "maximalisme joyeux", à rebours des images sombres ou anxiogènes que produisent souvent ces technologies. Il dit vouloir faire sourire, donner à voir le monde autrement.

Reste la question des usages. Comme toute technologie émergente, l'IA arrive sans mode d'emploi. "C'est à chacun de nous de déterminer les usages", estime-t-il. Pour lui, cela passe par le bénévolat et la gratuité, au service des habitants. Une façon, peut-être, de rendre à la ville le visage qu'elle a perdu.

Repères – La cathédrale Saint-Lambert en bref

– Dédiée à saint Lambert, évêque de Maastricht assassiné à Liège vers 705.

– Chef-d'oeuvre du gothique : 135 m de flèche, 4 000 places.

– Démolition décidée le 19 février 1793 : les révolutionnaires liégeois y voyaient le symbole du pouvoir des princes-évêques.

– Chantier mené pierre par pierre ; le terrain définitivement nivelé en 1827.

– La collégiale Saint-Paul lui succède comme cathédrale de Liège.


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