Renonciation de Mgr Delville : que retient la presse francophone de son épiscopat ?


Partager
Renonciation de Mgr Delville : que retient la presse francophone de son épiscopat ?
Par Manu Van Lier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Mgr Jean‑Pierre Delville, qui célèbre ce 29 avril 2026 ses 75 ans, a remis sa renonciation au pape, comme le prévoit le droit canonique. Après treize années à la tête du diocèse de Liège, la presse francophone dresse le portrait d’un évêque réformateur, marqué par les crises, l’ouverture et un style pastoral assumé.

Mgr Jean‑Pierre Delville, évêque de Liège depuis 2013, a officiellement offert au pape Léon XIV sa renonciation à la charge épiscopale. Un geste attendu, puisqu’il s’agit d’une obligation prévue par le canon 401 du droit canonique à l’âge dit de la « retraite » des évêques. Comme le rappellent La Libre Belgique, RCF Liège et QUATRE, cette renonciation n’entraîne pas un départ immédiat : Mgr Delville reste en fonction jusqu’à la nomination de son successeur, un processus pouvant durer de six mois à deux ans. Nommé par le pape François le 31 mai 2013 et ordonné le 14 juillet de la même année, il succédait alors à Mgr Aloys Jousten. Treize ans plus tard, l’heure est au bilan.

Un évêque gestionnaire face à des défis structurels

Un premier thème revient quasi unanimement dans la presse : les lourds défis administratifs et financiers auxquels Mgr Delville a été confronté. QUATRE (Liège Média) et La DH soulignent le redressement des finances de l’évêché, alors déficitaires à son arrivée, et la gestion d’un patrimoine ecclésial complexe. "On parlait d'un déficit annuel de 300.000 euros" mentionne Marc Bechet dans La DH. Dans un contexte de baisse de la pratique religieuse et de diminution du nombre de prêtres vieillissants, l'évêque a partagé des signes encourageants. Marc Bechet rapporte encore une certaine satisfaction “mais en toute humilité”, de l'évêque qui constate "un regain pour les baptêmes et les communions au sein du diocèse de Liège." La DH et Sud Info citent des chiffres précis et relaient l’analyse de Mgr Delville : une jeunesse « en recherche de sens », marquée par le Covid, la crise climatique et les guerres, et trouvant dans l’Evangile une source d’inspiration.

La presse insiste aussi sur une approche jugée « collaborative », notamment dans la gestion des bâtiments : ouverture culturelle de certaines églises, davantage de lieux rouverts que fermés, et refus d’une logique purement comptable (La DH, Sud Info). "De quoi êtes-vous le plus fier ?" questionne Luc Gochel, journaliste à La Meuse. "De la création du vicariat de l’accompagnement des acteurs pastoraux. Il est important que ceux qui travaillent pour l’Eglise puissent être entendus et écoutés par un service autonome par rapport à l’autorité, ce qui permet à chacun de s’exprimer librement." répond Mgr Delville. Une confiance qui se vérifie dans les différents services diocésains et dans l'associatif. "Aujourd’hui, dans le diocèse, 9 900 bénévoles participent aux activités et mission de l’Eglise" note à ce sujet le média liégeois QUATRE.

La radio RCF Liège souligne pour sa part la dimension de communicateur de Mgr Delville, rappelant sa présence régulière à l’antenne et sa volonté de rendre l’histoire de l’Eglise accessible au grand public.

En septembre 2025, Mg Delville accompagnait des catéchistes à la découverte de la basilique Saint-Pierre.

Une gouvernance marquée par l’ouverture et la place des femmes

Autre ligne forte relevée par quasiment tous les médias : la place accordée aux laïcs et aux femmes dans la gouvernance diocésaine. La Meuse, La DH et RTBF Liège évoquent un tournant historique : à l’automne 2026, le Conseil épiscopal de Liège sera, pour la première fois, majoritairement composé de femmes. Mgr Delville s'en réjouit : "A mon arrivée, ce conseil était composé à 100 % d’hommes. Il comptera une majorité de femmes à mon départ", rappelait-il lors de la rencontre avec les journalistes ce 28 avril. La DH va plus loin en qualifiant explicitement l’évêque de Liège de « progressiste », un qualificatif assumé par l’intéressé lui‑même, notamment sur les questions de ministères laïcs féminins.

Une parole forte

Les moments les plus sombres de l’épiscopat sont également largement commentés. La gestion de la crise du Covid, avec des églises fermées ou fortement limitées, et la nécessité d’inventer de nouvelles formes de célébrations et de communication (Sud Info). Mais c’est surtout la question des abus sexuels qui revient avec force dans l'attention médiatique. Mgr Delville parle de "trahison absolue du message de l’Evangile", une expression reprise par plusieurs titres pour souligner la fermeté de son positionnement et l’ouverture aux victimes, notamment par des appels publics.

Trop tôt pour évoquer sa succession ?

La question de la succession de Mgr Delville fait également partie des thèmes relevés par plusieurs médias, sans toutefois donner lieu à des spéculations précises. La procédure est désormais bien balisée : le nonce apostolique en Belgique, Mgr Franco Coppola, mènera une série de consultations auprès de prêtres, de laïcs et d’instances diocésaines avant de transmettre à Rome une liste de trois candidats. Le pape Léon XIV fera ensuite son choix. Certains articles évoquent le souhait exprimé par Mgr Delville de voir émerger un évêque ayant un ancrage local fort, estimant qu’il est "important d’avoir des connexions avec la société liégeoise ". Mais l’intéressé lui‑même tempère toute attente, rappelant que les pronostics sont rarement fiables et que le Saint‑Siège pourrait également opter pour un profil plus jeune, missionnaire, voire extérieur au diocèse, à l’image des récentes nominations à Namur et à Tournai. En attendant, le diocèse de Liège continue de fonctionner normalement, Mgr Delville demeurant en pleine charge jusqu’à l’arrivée effective de son successeur.

Historien et exégète reconnu, Jean-Pierre Delville prépare déjà son « après‑épiscopat » : conférences, recherches bibliques, et un ouvrage sur saint Lambert (le saint patron de la ville de Liège) coécrit avec le médecin légiste Philippe Boxho, un projet qui intrigue autant qu’il illustre un style personnel mêlant érudition et ouverture sociétale.

Manu VAN LIER

Sources: La Meuse/Sud Info - RTBF Liège - La DH/L'Avenir - RCF Liège - La Libre Belgique - QUATRE (Liège Média)


Dans la même catégorie