Avec Les Dimanches, la réalisatrice espagnole Alauda Ruiz de Azúa signe un film très maîtrisé sur la vocation religieuse et la famille. Dans un style dépouillé, elle met en scène le parcours d’une jeune femme et l’incompréhension de son entourage.
Les Dimanches (Los Domingos) est un film admirable. Sa réalisatrice, Alauda Ruiz de Azúa navigue habituellement entre publicité, séries et cinéma d’auteur. Pour ce film, elle a opté pour un style sobre et dépouillé, indispensable pour l’histoire qu’elle raconte. A l'occasion de la sortie de ce film le 22 juillet en Belgique francophone, CathoBel vous offre la possibilité de gagner des places valables dans tous les cinémas de Belgique.
Une famille qui se déchire
Les Dimanches ne dépeint pas une Espagne colorée et bruyante à la façon d’Almodovar. C’est même tout le contraire. Les ambiances sont tamisées, les regards s’échangent souvent en silence et le soleil de Bilbao ne pointe que très rarement le bout de son nez. Dans cette atmosphère feutrée, une famille de la classe moyenne basque se réunit chaque dimanche autour d’une grand-mère un peu dépassée. Pendant les deux heures que dure le film, cette famille se déchire sous nos yeux. La raison: Ainara ressent l’appel de Dieu, du haut de ses 17 ans. Tandis que ses amies naviguent entre flirts et premières expériences adolescentes, elle entame une période de discernement que ses proches vivent d’emblée comme un deuil.
Son père, un restaurateur endetté, oscille entre fatigue et autorité vacillante. Il finit par accepter le choix de sa fille avec mollesse et suspicion. Sa tante quant à elle, farouchement athée, ne veut entendre parler ni de Dieu ni d’entraves. Les autres membres de la famille témoignent eux aussi de leur incompréhension, à divers degrés et plus ou moins maladroitement.
Pour représenter cette sourde implosion familiale, le jeu des actrices et des acteurs est mat, dense et retenu. La jeune Ainara (Blanca Soroa) avance à tâtons dans l’existence, avec une authenticité exceptionnelle. Elle oscille entre un visage dur et angélique, entre un regard interrogatif et un sourire opaque qui rappellent les retables médiévaux dans lesquels, lors des déplorations du Christ, les figures présentes affichent un large sourire, car leur tristesse se mêle à la joie de la délivrance promise.
Incompréhension
Ce qui traverse ce film comme une lame de fond, c’est l’incompréhension croissante entre l’adolescente et sa tante cool et progressiste, héritière des rébellions caractéristiques de la génération postfranquiste. Celle qui affiche une attitude ouverte au dialogue se révèle peu à peu dogmatique et butée. L’actrice qui joue cette tante, Patricia López Arnaiz, est une habituée de ces rôles dits féministes. Ici, par son interprétation magistrale, elle interroge les limites de ses propres convictions. A travers elle, le film pointe les écueils d’un individualisme contemporain qui oscille entre liberté proclamée et posture libertaire. La liberté est en fait une notion que son personnage brandit régulièrement pour tenter d’empêcher sa nièce d’exercer la sienne. Ce n’est qu’à l’occasion de ses retraites au couvent, dans un quotidien dépouillé, que la jeune Ainara parvient enfin à avoir des dialogues francs et à interroger sereinement sa vocation, y compris dans ce qu’elle a de plus contradictoire.
Multiprimé dans de nombreux festivals (notamment ceux de Saint-Sébastien et du cinéma méditerranéen de Montpellier), le film a rencontré un immense succès en Espagne. Treize fois nommés à la cérémonie des Goya (l’équivalent des Oscars en Espagne), il a été récompensé par cinq prix dont celui du meilleur film. Le long-métrage a aussi reçu un accueil chaleureux de l’Eglise espagnole. Mgr José Ignacio Munillo, un évêque, d’Orihuela-Alicante, a ainsi souligné la justesse du film qui rend un grand service en ce qu’il présente la vie cloîtrée comme une option positive. "Qu’un film comme celui-ci puisse être vu et applaudi par les catholiques et les non-croyants, dans le contexte actuel de polarisation, est un véritable miracle", a-t-il déclaré dans son émission ‘Sexto Continente’ diffusée sur Radio Maria.
Autant dire que Les Dimanches, fresque pleine de douceur, sans dogmatisme, est à voir, absolument.
Julien PAUL
Le film sortira en Belgique le 22 juillet.
