Dans mon quotidien, j’enchaîne des actions depuis le lever jusqu’au coucher. L’une d’elles est fondamentale car elle détermine les autres: écouter. Quand j’écoute, je cherche quoi au juste? Tel est l’enjeu auquel Jésus nous sensibilise en nous racontant une petite histoire: la parabole du semeur. Celle-ci prend une tournure particulière dans la version de l’évangile selon Matthieu. Celui-ci relate la même histoire que Luc et Marc, avec une paire de lunette qui lui est propre. D’où l’importance de ne pas s’arrêter à la version brève (Matthieu 13,1-9) et de la compléter pour aller jusqu’au bout de l’explication de la parabole (Matthieu 13,10-23).
"Qui a des oreilles pour écouter, qu’il écoute!" (v. 9). Chaque évangéliste nous rapporte à sa manière ce qu’il a écouté et surtout comment il a appris à écouter la Parole de Dieu. Pour Matthieu, la qualité de l’écoute se joue autour d’une posture intérieure: est-ce que je cherche ou non à "comprendre" la parole de Dieu que j’écoute (v. 19 et 23)? Le verbe grec que nous traduisons par "comprendre" va bien plus loin que le sens de ce terme dans le langage courant. Il ne s’agit pas d’abord de saisir la logique d’un raisonnement que nous pouvons ensuite exposer et défendre, mais de reconnaître comment la parole reçue questionne ou élargit nos manières de voir et d’agir. Quand nous écoutons un passage biblique, est-ce que nous cherchons à y trouver un argument qui donne du poids à notre image, voire notre savoir, sur Dieu, sur soi et sur les autres? Pour Matthieu, "comprendre" la Parole de Dieu, c’est "tirer de son trésor du neuf et du vieux" (13,52). C’est donc demeurer dans une posture d’ouverture à la surprise qui renouvelle, autrement dit transforme, nos convictions et nos choix.
Alors laissons-nous surprendre et interpeller par les différentes postures d’écoute de la Parole de Dieu, auxquelles la parabole du semeur nous éveille. Quand le grain semé tombe au bord du chemin: j’écoute la Parole de Dieu sans chercher à me laisser mettre au défi par elle car "je sais" d’avance ce qu’il va me dire. Tout est déjà tracé. Quand le grain semé tombe sur un sol pierreux, sans beaucoup de terre pour permettre des racines: j’écoute la Parole de Dieu avec une joie naïve, sans regarder en face ses appels bousculants à contre-courant. Dès que je me trouve sans appui extérieur, je reprends mes bonnes vieilles habitudes. Quand le grain semé tombe dans les ronces: j’écoute la Parole de Dieu, sans lui confier vraiment mes soucis et mes projets. Ce sont finalement eux qui l’emportent dans mes pensées et mes priorités. Je les gère à ma façon. Quand le grain semé tombe dans la bonne terre: j’écoute la Parole de Dieu, en désirant me laisser guider par lui, sans savoir d’avance où il me conduit au pas à pas avec les autres. Je suis aussi consciente que je porte dans mon champ de vision un angle mort qui a besoin d’être éclairé, voire guéri.
