Quand l’autre devient un frère.Regards croisés africains et européens au Musée africain de Namur


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Quand l’autre devient un frère.Regards croisés africains et européens au Musée africain de Namur
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Par Diocèse de Namur
Publié le
4 min

Comment dépasser les préjugés et apprendre à mieux se connaître ? Comment transformer les différences culturelles en richesses partagées plutôt qu'en motifs de méfiance ? C'est à ces questions qu'a tenté de répondre la journée « Regards croisés africains et européens », organisée par Terre de Sens au Musée africain de Namur. Entre découverte de l'histoire commune de la Belgique et de l'Afrique centrale, témoignages de terrain et spectacle de Pie Tshibanda, les participants ont été invités à un voyage à la rencontre de l'autre sous le signe du dialogue, de l'interculturalité et de la fraternité.

« Participer à la construction d'un monde où les différences sont des richesses à partager plutôt que des barrières à ériger », c'est ainsi que Luc Glorieus et l’abbé Anastas Sabwé, tous deux membres de Terre de Sens, résument l'esprit de cette journée de réflexion et de rencontre.

La matinée débute par la visite du Musée africain de Namur. Sous la conduite de Jean-François Pacco, administrateur et bénévole du musée, les participants découvrent l'histoire des relations entre la Belgique et l'Afrique centrale, mais aussi les cultures, les traditions et le patrimoine du Congo, du Rwanda et du Burundi. Installé dans le corps de garde des anciennes casernes de Namur, le musée a profondément renouvelé son approche. Loin du discours qui prévalait lors de sa fondation en 1912, il cherche aujourd'hui à mieux faire comprendre une histoire commune, parfois douloureuse, tout en favorisant le dialogue entre les cultures.

Les collections évoquent aussi bien les richesses naturelles du Congo que les structures traditionnelles de pouvoir, les croyances, les modes de vie ou encore les défis sanitaires auxquels les populations ont été confrontées. Une exposition temporaire consacrée aux masques congolais et les photographies contemporaines d'Angelico Turconi rappellent quant à elles que les sociétés africaines sont bien vivantes et en constante évolution.

Mais c'est sans doute l'après-midi qui donne à cette journée toute sa dimension humaine.

Rire pour mieux comprendre

Avec son spectacle Un fou noir au pays des Blancs, Pie Tshibanda livre un témoignage bouleversant, porté par un humour désarmant, beaucoup de lucidité et une profonde tendresse.

Originaire du Congo, il raconte son parcours d'exilé, les violences qui ont frappé sa famille, son arrivée en Belgique, les difficultés rencontrées, mais aussi les rencontres qui ont changé sa vie.

« J'aurai été la voix des sans-voix et mon exil aura un sens quelque part », affirme-t-il.

À travers son récit, il évoque les préjugés auxquels sont confrontées de nombreuses personnes migrantes, mais aussi les peurs et les maladresses des sociétés d'accueil. Le rire devient alors un formidable outil de rencontre. Blancs et Noirs rient ensemble de leurs habitudes, de leurs incompréhensions mutuelles et des clichés qui les enferment parfois.

Le public se reconnaît dans ce miroir tendu avec bienveillance. Chacun découvre qu'au-delà des différences, les aspirations humaines restent les mêmes : être accueilli, reconnu et respecté.

Construire des ponts

La réflexion se poursuit avec Danielle Bouchat, assistante sociale, engagée depuis de nombreuses années dans l'accompagnement des personnes réfugiées au sein de l’ASBL Aide aux Personnes Déplacées (APD) association héritière de l'œuvre du père Dominique Pire, Prix Nobel de la Paix en 1958.

Son témoignage rappelle la complexité croissante des parcours migratoires. Derrière les chiffres se cachent des histoires personnelles souvent marquées par les conflits, l'exil et les séparations familiales.  Sans cacher ses inquiétudes, Danielle Bouchat dénonce un durcissement progressif des politiques d'accueil. À ses yeux, les centres d'accueil, malgré leur utilité, ne constituent pas toujours la réponse la plus adaptée. Ils isolent souvent les personnes migrantes de la société alors que l'intégration se construit d'abord dans les quartiers, les villages, les écoles, les associations ou les paroisses. « C'est dans la rencontre que l'on s'intègre », résume-t-elle en substance. Elle regrette également le manque chronique de places disponibles et s'interroge sur certaines évolutions législatives qui pourraient limiter, encore, les possibilités d'hébergement citoyen. Pour elle, des droits fondamentaux obtenus au terme de longues années de mobilisation sont aujourd'hui fragilisés, parfois sans que l'opinion publique n'en mesure pleinement les conséquences.

Une conviction traverse cependant l'ensemble des échanges : malgré les différences culturelles, religieuses ou sociales, il existe un socle commun qui rassemble tous les êtres humains. Le père Dominique Pire l'exprimait déjà en son temps : « Aussi profonde que soit la différence, elle reste superficielle. La meilleure façon de vivre en paix est de nous fixer sur notre dénominateur commun : l'homme. »

Oser le premier pas

La journée s'achève par un temps d'échanges en petits groupes, riche en réflexions et en partages d'expériences.

Au moment de conclure, le père Henri Aubert s.j. invite chacun à ne pas attendre passivement que la rencontre se produise, mais à OSER en devenir l'artisan : « Oser aller vers l'autre. Oser partager un repas. Oser découvrir une culture. Oser apprendre quelques mots d'une langue différente. Oser simplement sourire ou dire bonjour ». Des gestes simples, presque ordinaires. Pourtant, ce sont souvent eux qui ouvrent le chemin vers une véritable fraternité. Car en effet, l'interculturalité ne se décrète pas. Elle se construit pas à pas, rencontre après rencontre, lorsqu'on accepte de regarder l'autre non comme un étranger, mais comme un frère.

Christine Gosselin

Catégorie : Diocèse de Namur

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