« Je suis pas catholique, mais j’adore ce mec »: comment le pape Léon XIV est devenu en quelques jours l’idole des jeunes


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« Je suis pas catholique, mais j’adore ce mec »: comment le pape Léon XIV est devenu en quelques jours l’idole des jeunes
Depuis la parution de son encyclique Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV fait parler de lui bien au-delà des cercles catholiques. © CathoBel
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
7 min

Qui aurait cru qu’une encyclique ferait le buzz sur TikTok ? C’est pourtant ce qui s’est produit le lundi de Pentecôte, lorsque des internautes ont repéré, à la surprise générale, une citation du Seigneur des Anneaux dans Magnifica humanitas. Une référence pop, inattendue mais habilement glissée, qui a immédiatement parlé aux geeks et à la Gen Z. Et ce n’est pas un hasard : depuis son élection, Léon XIV multiplie les clins d’œil à une jeunesse connectée qu’il semble bien décidé à prendre au sérieux.

Vous avez probablement vu passer l'info. Dans sa toute première encyclique, le Pape a surpris tout le monde en convoquant, aux côtés des saints et des théologiens, une figure pour le moins inattendue : Gandalf, personnage emblématique de l’univers du Seigneur des Anneaux.

Dépasser le sentiment d'impuissance

Face à l’idée que la déshumanisation serait devenue trop puissante pour que le commun des mortels puisse encore lui résister, le pape Léon XIV s’appuie sur un extrait du troisième tome du Seigneur des Anneaux. Frodon, jeune hobbit chargé de porter l’anneau de pouvoir, y apparaît écrasé par le poids de sa mission. C'est alors que Gandalf lui adresse cette parole de sagesse :

"Il ne nous appartient pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver ".

Placée à un endroit stratégique de l’encyclique, cette citation est le fruit de l'imagination de l'écrivain britannique JRR Tolkien, père de l'heroic fantasy et fervent catholique. En réalité, toute l'œuvre de Tolkien est traversée par une forte symbolique chrétienne. Il mena une vie très pieuse, portant une dévotion particulière pour l'Eucharistie. A tel point que certains vont jusqu'à évoquer une future canonisation du Britannique.

Le décryptage de Gandalf par Léon XIV

Dans l'encyclique, le Pape commente ainsi les mots du magicien : "La civilisation de l’amour ne naît pas d’un geste unique et spectaculaire, mais d’une somme de petites et tenaces fidélités faisant barrage à la déshumanisation".

Il nous propose alors cinq pistes "de responsabilité quotidienne et publique" pour contribuer ensemble à cette civilisation de l'amour : désarmer les mots, construire la paix dans la justice, adopter le regard des victimes, cultiver un sain réalisme, relancer le dialogue et le multilatéralisme.

Avant lui, le pape François avait déjà cité du Tolkien dans son homélie, lors d'une Messe de Noël au Vatican. Mais ici, c'est la première fois que JRR Tolkien est cité dans une encyclique papale, le plus haut niveau d'autorité magistériel ordinaire pour un document pontifical, devant l'exhortation apostolique.

Pari osé, pari gagné !

Il n’en fallait pas plus pour enflammer les réseaux sociaux. Fans de fantasy, geeks assumés et adultes biberonnés aux grandes sagas imaginaires se sont aussitôt emparés de la référence, multipliant les montages vidéos et les commentaires enthousiastes sur TikTok, Instagram et Youtube. "Meilleur pape de l'Histoire" ; "Je suis pas catholique mais j'adore ce mec" ; "Comment commencer à monter un dossier pour saint Tolkien ? Quelqu’un a des miracles ?" ; "Wow Tolkien aurait été tellement honoré d’être cité par le pape" peut-on lire parmi les réactions les plus populaires. Sur TikTok, certaines vidéos ont été visionnées par plusieurs centaines de milliers de jeunes !

📷 Captures d'écran issues de TikTok

Construire un pont entre deux mondes

Clément Barré

L'enthousiasme était également de mise chez les jeunes prêtres. A commencer par l'abbé Clément Barré, figure de la nouvelle génération de prêtres 2.0, pour qui la référence à Gandalf est loin d'être anodine. "Léon XIV ne mobilise pas Tolkien par accident ou parce que c'est la seule citation qu'il a sous la mains mais pour entrer en dialogue avec le monde de l'IA, parce que Tolkien est une icône "geek" omniprésente dans la pop culture qui est celle des ingénieur de la Silicon Valley." Sur son compte X, ce jeune prêtre du diocèse de Bordeaux explique qu'il s'agit là de "mobiliser une référence connue, appréciée et faisant autorité chez ceux à qui le texte s'adresse. C'est une manière de construire un pont par une référence commune".

Il ajoute que Tolkien est un auteur qui, "ayant combattu dans les tranchées de la Somme et vécu la Seconde Guerre mondiale, a vu la puissance de l'industrie humaine mise au service de la domination et de la mort", et qui aspire dès lors au réenchantement du monde : "Toute son oeuvre est traversé d'une forme de nostalgie d'une beauté perdu mais qui se laisse entrevoir à celui qui sait où la chercher."

Découvrez son analyse complète sur Léon XIV, Tolkien et l'intelligence artificielle juste ici. A noter que l'abbé Clément Barré est également l'auteur, sur Aleteia, d'une deuxième tribune tout aussi intéressante sur Magnifica Humanitas : Une théologie contre le transhumanisme.

Une encyclique aussi pensée pour les plus jeunes

Cette volonté de jeter des ponts ne s’arrête pas à une citation de Tolkien. Pour accompagner la publication de Magnifica humanitas, le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral a également présenté un guide pastoral destiné à faciliter la compréhension de la nouvelle encyclique de Léon XIV.

Ce kit comprend une partie pour les adultes, mais aussi une section spécialement pensée pour les enfants. On y retrouve des explications adaptées à leur âge, des activités à réaliser seul ou avec des amis, une planche de bande dessinée, ainsi que des prières.

Une autre partie s’adresse plus directement aux adolescents, en particulier ceux qui baignent déjà dans l’univers numérique. Dans son encyclique, Léon XIV les invite à ne pas avoir peur de la technologie, mais à apprendre à l’utiliser avec sagesse et liberté. Le guide propose ainsi une série d’activités et de questions de réflexion très concrètes : suis-je libre ou dépendant du regard des autres ? Suis-je la même personne en ligne et hors ligne ? À quel point suis-je dépendant des “likes” ou de l’approbation ? La technologie me rapproche-t-elle vraiment des autres ?

Téléchargez le guide ici.

Former l’esprit critique des jeunes face au numérique

Derrière ces outils de vulgarisation, il y a une conviction forte : les jeunes générations ne doivent pas seulement apprendre à utiliser les nouvelles technologies, mais aussi à les interroger. À l’heure où l’intelligence artificielle s’invite déjà dans leur quotidien, parfois sans qu’ils en aient pleinement conscience, Léon XIV plaide pour une véritable éducation à l'esprit critique.

Dans Magnifica humanitas, le pape appelle ainsi à "éduquer les enfants, les adolescents et les jeunes afin qu’ils apprennent à reconnaître les manipulations, à défendre leur dignité et à respecter celle des autres, y compris dans les environnements numériques." Il ne s’agit pas de diaboliser le numérique, mais de former des consciences capables d’en repérer les promesses comme les dangers.

En outre, préconise le Pape, il faut s’opposer, par des choix publics à long terme, aux intérêts immédiats des plateformes lorsqu’ils vont à l’encontre du bien-être des mineurs : "Dans cette perspective, il convient de prendre des mesures législatives qui fixent des limites d’âge, responsabilisent les fournisseurs de services – sans faire peser la charge de ces restrictions sur les familles – et prévoient des protections spécifiques contre toute forme d’exploitation et de violence sexuelle en ligne, afin de protéger véritablement l’enfance et l’adolescence en tant que biens précieux confiés à nos soins."

De la pop culture à la "pape culture"

Les débuts du pontificat de Léon XIV témoignent de son désir de faire dialoguer la foi avec les références culturelles des jeunes. Parfois, cela passe aussi par de petits clins d’œil plus légers.

Le 16 mai, une vidéo diffusée sur Instagram a ainsi montré le pape se prêtant à la tendance TikTok du "six-seven" qui consiste à agiter les mains, à la demande d’un groupe d’adolescents en visite au Vatican. Sous leurs encouragements, Léon XIV a reproduit avec le sourire ce geste viral, aussitôt applaudi par les jeunes présents. La séquence, postée par Don Roberto Fiscer, ancien DJ devenu prêtre, a rapidement fait le buzz sur les réseaux sociaux.

Quelques jours plus tôt, c'étaient ses baskets Nike blanches, aperçues sous sa soutane dans la bande-annonce du documentaire Leone a Roma, qui ont affolé les internautes. "Le diable s’habille en Prada, le pape s’habille en Nike" a notamment résumé un commentaire devenu viral. Des images qui dateraient toutefois d'un séjour à Rome précédant son élection...

Clément LALOYAUX

Catégorie : Vatican

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