Juste avant l'élection de Léon XIV, nous avons interrogé plusieurs chrétiens de Belgique, observateurs attentifs de la vie de l'Eglise. Qu'attendent-ils du nouveau pontificat ? Aujourd'hui, c'est Noëlle Hausman qui répond à la question. Agée de 75 ans, cette religieuse du Saint-Cœur de Marie dirige la revue Vies consacrées.
Si l’on garde à l’esprit que le Concile Vatican II représente l’événement le plus normatif pour le magistère des dernières décennies, on pourrait dire que Paul VI s’est surtout employé à publier les nombreux textes d’applications des 16 documents du Concile ; les papes suivants pourraient être qualifiés par l’une des quatre constitutions qui forment l’ossature de Vatican II : Jean-Paul II n’a cessé de revivifier la ligne de la constitution pastorale Gaudium et spes (voir notamment ses encycliques sociales) ; Benoît XVI, celle de la constitution dogmatique Dei Verbum (avec notamment Verbum Domini et Lumen fidei) et François, celle de Lumen gentium si l’on comprend la synodalité comme l’orient de son pontificat. Mais la tâche n’est pas achevée.
1. Les priorités du nouveau pape
Ce serait la première priorité du nouveau Pape, de poursuivre la reviviscence des relations intra-ecclésiales.
Le « saint peuple de Dieu » (une désignation héritée du chapitre II de Lumen gentium), avec sa hiérarchie (c’était le chapitre III) et son laïcat (le chapitre IV) forment la constitution ou la structure de l’Église, mais c’est au service de sa mission, définie dans les chapitres suivants. Tous sont appelés à la sainteté, disait le chapitre V, et la vie religieuse en est un signe (chapitre VI) ; et tous ont en vue la communion des saints (chapitre VII) dont la Vierge Marie est la figure achevée (chapitre VIII).
Il ne s’agit pas d’abord de « faire l’unité » de ce qui peut sembler dispersé, mais de sortir du clivage (païen) clercs-laïcs, qui se vit malheureusement comme un conflit de pouvoir. En vertu du seul baptême, personne dans l’Église n’a plus de dignité qu’un autre, et c’est l’alliance de tous avec les autres vocations ecclésiales qui peut raffermir le dynamisme d’un Corps qui sans cela, s’anémie. Or, le mystère de l’histoire humaine, c’est précisément la “compénétration de la cité terrestre et de la cité céleste” (Gaudium et spes 40) qui permet les échanges entre l’Église et le monde et leur aide mutuelle dans les domaines qui leur sont en quelque sorte communs. Il y a urgence - "le monde est en feu" écrivait déjà Thérèse d’Avila (Chemin de perfection, chapitre 1) -, à montrer que le consensus différencié, comme on dit dans les accords œcuméniques, permet la diversité réconciliée.
Si on parle d’un profil à dessiner, on aimerait que le prochain Pape soit, autant qu’un docteur, un pasteur à l’écoute du monde et des pauvres, suffisamment fort pour oser le contre-pouvoir (dans l’Église et dans la société), dans la ligne de François ; et en bonus, qu’il connaisse et soutienne la vie consacrée, si marginalisée dans les pastorales diocésaines aujourd’hui, alors qu’elle est pour les Églises une ressource et un prototype de l’évolution qui les attend.
2. Les attentes spécifiques des chrétiens de Belgique (telles que je les perçois)
S’il y a une attente (ce qui reste à documenter), on escompte que l’ouverture opérée par François soit irréversible : écologie intégrale, accueil des immigrés, dans une Église ouverte à tous, homosexuels, transgenres et autres « irréguliers » y compris : todos. Les chrétiens attendent que les évêques actuels et futurs soient pasteurs des communautés encore existantes, et pas d’abord des célébrants festifs, inquiets de l’avenir financier des diocèses et de l’entretien des prêtres, des bâtiments scolaires, etc. Il est impératif de sortir de l’institutionnel pour promouvoir la vie où elle se donne. Et par exemple que les futurs prêtres partagent la vie des communautés chrétiennes et quittent leurs milieux protégés (séminaires) plus adaptés à l’époque du Concile de Trente qu’à la nôtre.
Parmi les urgences, que le Pape permette d’appeler au sacerdoce ministériel les diacres permanents mariés qui y seraient prêts. Et que dans notre pays soit instaurée (ce n’est nulle part le cas) une formation théologique permanente sérieuse (intégrale, intégrante) des laïcs, aujourd’hui chargés de toutes sortes de « ministères », alors qu’ils sont la plupart du temps des illettrés spirituels. Ici également, la vie consacrée, moins dépourvue, peut apporter son soutien.
