Article abonnés

Edito: Léon et François: si proches… et si différents!


Partager
Edito: Léon et François: si proches… et si différents!
Par Vincent Delcorps
Publié le
3 min

Les journalistes aiment bien prendre de l’avance. Dès la mort de François, nous avons cherché à déterminer qui lui succèderait. Et dès aujourd’hui, nous aimerions savoir à quoi ressemblera le pontificat de Léon XIV.

Répondre à cette question n’est pas évident. Les dirigeants politiques, eux, élaborent des programmes électoraux. Et, en cas de victoire, ils présentent leur déclaration de politique générale. Les cardinaux, eux, ne sont nullement candidats. Ils ne mènent pas de campagne et n’annoncent pas de grandes mesures au soir de leur élection. S’ils sont élus, c’est parce que leurs confrères ont repéré en eux une grande personnalité, particulièrement capable de se mettre au service de l’Esprit ET de répondre aux défis actuels de l’Eglise.

La rapidité avec laquelle le conclave s’est déroulé, ainsi que la joie manifestée par les cardinaux électeurs au cours des derniers jours sont d’indéniables signes d’espérance. Et force est de constater, en effet, que le profil et le parcours de Robert Francis Prevost impressionnent. Pas seulement parce que les similitudes avec François sont évidentes. Aussi parce que les différences avec François sont frappantes.

Dans la claire lignée de François… Il n’y a que ceux qui ne connaissent pas l’Eglise qui estiment pouvoir opposer un pape à son prédécesseur. Les autres savent que la vie de l’Eglise se caractérise bien davantage par les continuités que par les ruptures. Et ici, en l’occurrence, les éléments de continuité sont évidents. Outre le fait que c’est François qui nomma Prevost à l’un des postes-clés de la Curie, les deux hommes sont habités de convictions communes : proximité avec le peuple, goût de la mission, préférence claire pour les pauvres, attachement viscéral à la paix, parti pris de la synodalité, hantise pour toute forme de cléricalisme. Comme François, Léon XIV transpire la simplicité, l’humilité, la profondeur spirituelle. Comme lui, il est membre d’une congrégation religieuse. Cet élément n’est pas anodin : cela devrait l’aider à cultiver une certaine liberté (par rapport à la Curie, notamment).

…mais dans un autre style que François. Durant douze ans, le Pape argentin a secoué, bousculé l’Eglise. Il l’a envoyé en sortie tout en y faisant entrer le souffle de l’Esprit. Il a marqué l’Eglise d’une manière unique, y laissant une trace qui sera définitive. Et cela nous a fait tant de bien ! Mais c’est d’aujourd’hui d’un autre pontificat que l’Eglise a besoin. Un pontificat qui permettra de digérer, d’approfondir et de systématiser. C’est aussi un autre style d’homme qui est attendu. François était bouillonnant, impatient, parfois impulsif, voire provocateur ; Léon XIV s’annonce plus doux, patient, prudent, diplomate. Sans doute est-ce là une bonne chose alors que l’unité de l’Eglise apparaît parfois fragile, et que le monde est particulièrement fracturé.

Alors, de quoi ce pontificat sera-t-il fait ? Malgré tous les pronostics que nous pourrions faire, sans doute est-il bon (aussi) de pouvoir simplement attendre. Patiemment découvrir l’homme, à travers les gestes qu’il posera, les paroles qu’il prononcera, les voyages qu’il effectuera. En nous rappelant aussi que Léon XIV n’est bien qu’un homme – et non pas un super-héros.

Vincent DELCORPS

Catégorie : Éditos

Dans la même catégorie