Le Synode sur la synodalité a inspiré au père Jean Geysens, moine bénédictin à Chevetogne, quelques réflexions sur cinq points particuliers. Il plaide notamment pour un renouveau du ministère ordonné qui ne présente pas le célibat comme appartenant à l’essence du sacerdoce.

Communion au lieu d’euphorie
En constatant un écart entre les croyants qui veulent des réformes de structures dans l’Eglise et ceux qui insistent sur la réforme des cœurs, je plaide ici pour la recherche commune d’une meilleure intelligence de la foi. La pastorale et la spiritualité supposent une solide théologie. On peut se demander si le pape ne suppose pas trop vite une foi populaire solide – qu’il considère comme une vraie spiritualité – notamment en Europe occidentale, surtout au Nord. La pastorale à base de miséricorde vis-à-vis du ‘saint peuple de Dieu’ – à laquelle je souscris de tout cœur – contraste avec une exigence très radicale pour les ouvriers dans la vigne! L’option pastorale est tout à fait dans la ligne de Vatican II et c’est essentiel. Un moment donné, toutefois, la façon de dialoguer, à base d’écoute et de partage d’expériences personnelles, ne suffira pas pour avancer dans le discernement doctrinal concernant des questions nouvelles qui se posent aux croyants.
Pluralisme de style pastoral
Le style pastoral appartient au domaine d’une saine inculturation de la foi, devenue plus compliquée dans nos sociétés multiculturelles. Au sein même de l’Eglise catholique, n’y a-t-il pas de la place pour un sain pluralisme d’options pastorales et spirituelles, une fois que le centre de la foi – la présence du mystère du Christ – resplendit partout? Je plaide donc pour un réel dialogue ‘œcuménique’ – de nature théologique aussi – au sein même du catholicisme, avec le même tact et la même patience que dans le dialogue avec une autre confession chrétienne. C’est le seul moyen de sortir de la polarisation, souvent très colorée par des émotions. On pourrait ici évoquer le domaine de la liturgie. Aussi la question peut être posée si l’inculturation de la foi ne demandera pas, tôt ou tard, la création de nouveaux patriarcats ayant droit à un rite propre et à une discipline propre.
Ordination d’hommes mariés et diaconat féminin
Ces deux options ont été proposées par une majorité lors du Synode sur l’Amazonie; mais le pape n’a pas voulu trancher en ce sens et ne semble pas le vouloir encore. Pourtant, dans les deux cas, on peut se baser sur la Tradition ancienne. Des hommes mariés ordonnés prêtres existent dans les Eglises orientales unies à Rome, et au sein même de l’Eglise latine, il y a des anciens pasteurs protestants et prêtres anglicans mariés, qui ont reçu l’ordination presbytérale. Pourquoi alors hésiter pour la donner à d’autres hommes mûrs (viri probati)? Quant aux diaconesses, comme le disait le théologien orthodoxe Olivier Clément, rien n’empêche l’Eglise du Christ de donner un nouveau contenu à ce ministère qui ne devrait pas être limité à ce que l’on sait avec certitude historique.
L’identité du prêtre
A force de parler du cléricalisme – sans jamais le définir clairement – on en arrive à douter de la spécificité du ministère du prêtre. Vatican II a bien rappelé la triple fonction du prêtre: ministre de la Parole de Dieu, ministre de la liturgie – celui qui offre le sacrifice spirituel – et guide et pasteur du peuple de Dieu. Les autres Eglises chrétiennes ont souvent mieux gardé l’aspect de ‘leadership’, de guide spirituel. On a parfois l’impression que le/la pasteur(e) protestant(e) ou le/la prêtre anglican(e) ont un sens plus assuré de leur ministère que beaucoup de nos prêtres qui se sentent insécurisés, à cause des continuelles remises en question, au sein même de l’Eglise. Chez les Orientaux, orthodoxes, gréco-catholiques et autres, les trois dimensions évoquées sont gardées, avec une prépondérance de l’aspect cultuel – l’homme du sacré – sans exclure une proximité avec le peuple chrétien. On voit bien que le fait d’être marié n’exclut pas la dimension ‘sacerdotale’ au sens strict. Il me semble important pour un renouveau du ministère ordonné, de ne pas présenter le célibat comme appartenant à l’essence du sacerdoce, tout en l’estimant en tant que charisme que certains ont reçu.
Collégialité épiscopale et conciliarité
La synodalité telle qu’elle a été vécue reste suspendue aux décisions pontificales, tandis que lors d’un Concile œcuménique, le collège des évêques a un poids plus important: le pape approuve normalement ce qui a été voté par une grande majorité… Quels que soient nos rêves en Eglise, soyons des amoureux de Jésus-Christ et approfondissons le mystère de la foi: “Le Christ au milieu de vous, espérance de la gloire” (Col 1, 27b).
