À travers un témoignage empreint de gratitude et d'espérance chrétienne, le Frère Anthony Farah rend hommage au Père Célestin Kasavolo Tasiwavo Mutsamba, religieux assomptionniste décédé le 29 juin 2026 après une longue maladie. « La vraie grandeur se trouve dans l'amour vécu jusqu'au bout », écrit notamment le religieux en évoquant la foi discrète et le service fidèle de son frère.
Religieux des Augustins de l'Assomption originaire de la République démocratique du Congo, le Père Célestin Kasavolo Tasiwavo Mutsamba a consacré plus de vingt-cinq années de sa vie au service de l'Église en Belgique, notamment au sein de la communauté assomptionniste de Woluwe-Saint-Lambert à Bruxelles. Apprécié pour sa douceur, sa disponibilité et son esprit de service, il luttait depuis plus d'un an et demi contre un cancer agressif. Rentré récemment dans son pays natal, il est décédé le 29 juin 2026 au Centre hospitalier Wanamahika de Butembo et a été inhumé le 1er juillet à Mahamba.
Le Frère Anthony Farah évoque le souvenir d'un homme humble, fidèle et habité par une foi lumineuse jusque dans l'épreuve de la maladie.

« Le bon et fidèle serviteur »
Il y a des personnes qui ne font jamais de bruit, mais dont l'absence fait un silence immense. Le Père Célestin était de celles-là.
Depuis vingt-cinq ans, il avait quitté son Congo natal pour servir l'Église et la Congrégation en Belgique. Beaucoup l'ont connu comme un homme discret, doux, toujours prêt à rendre service. Il n'avait pas besoin de grands discours pour annoncer l'Évangile : il le vivait. Sa vie était devenue une parole silencieuse, une présence fraternelle, un visage où chacun pouvait reconnaître un peu de la bonté de Dieu.
À la communauté de Woluwe-Saint-Lambert, il était bien plus qu'un confrère. Il était un frère. Un de ceux dont on sait qu'ils sont là, disponibles, attentifs, fidèles. Les paroissiens l'aimaient. Les amis de la communauté l'appréciaient. Et ses frères religieux savaient qu'ils pouvaient toujours compter sur lui. Servir était chez lui une manière d'aimer.
Je n'oublierai jamais un geste qui, aujourd'hui encore, prend une profondeur particulière. Le jour de mes premiers vœux en France, c'est lui qui est venu être à mes côtés, me chercher pour me conduire à la communauté. À ce moment-là, ce n'était qu'un simple trajet. Aujourd'hui, je comprends qu'il m'accueillait déjà dans une famille, avec cette délicatesse qui le caractérisait. Sans le savoir, il m'offrait un premier témoignage de ce qu'est un frère assomptionniste : quelqu'un qui marche à côté de toi, sans prendre la première place, mais en te conduisant doucement vers la maison.
Puis est venue l'épreuve.
Les médecins parlaient d'un cancer agressif. Pourtant, jamais une plainte n'est sortie de ses lèvres. Pas une révolte. Pas une amertume. Il a porté sa croix comme il avait vécu : dans le silence, la confiance et une profonde dignité. Il ne niait pas la souffrance. Il la traversait avec cette paix qui ne peut venir que de Dieu.
Jusqu'au bout, il espérait guérir. L'espérance chrétienne n'est pas une résignation devant la maladie ; elle est ce refus de laisser le désespoir avoir le dernier mot. Célestin croyait en la vie. Il croyait que Dieu pouvait encore agir. Et même lorsque ses forces diminuaient, sa confiance, elle, demeurait intacte.
La maladie l'avait privé de ce qu'il aimait tant : participer aux offices et célébrer l'Eucharistie avec ses frères. Pourtant, chaque jour, lentement, avec les quelques forces qui lui restaient, il quittait sa chambre. Il traversait discrètement la sacristie pour venir se recueillir devant le tabernacle. Quelques minutes seulement. Quelques instants de cœur à cœur avec Celui qui avait été toute sa vie. C'est là qu'il puisait sa force. C'est là qu'il communiait avant de repartir, toujours silencieusement, vers sa chambre.
Cette image restera gravée dans ma mémoire. Elle dit tout de sa foi. Lorsqu'il ne pouvait plus aller vers les hommes, il continuait d'aller vers Dieu. Et lorsque ses jambes ne pouvaient presque plus le porter, c'était son espérance qui le faisait encore avancer.
Même alité, il continuait à vivre avec la communauté. Son téléphone était devenu une fenêtre ouverte sur la vie des frères. Il voulait savoir comment chacun allait, suivre les activités, rester uni à ceux qu'il aimait. Son corps s'affaiblissait, mais son cœur demeurait pleinement présent.
Puis est arrivé ce dernier départ vers le Congo.
Au fond de lui, il savait probablement que ce voyage serait le dernier. Avant de monter dans la voiture, il s'est tourné vers la communauté et, avec une simplicité bouleversante, il a dit :
« Je vous remercie pour tout ce que vous avez fait pour moi. Je ne sais pas si je vous reverrai encore pour vous remercier de nouveau. Mais, en tout cas, je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi. »
Il n'y avait ni colère, ni peur. Seulement de la gratitude.
Ces paroles résonnent aujourd'hui comme son testament spirituel. Merci, Père Célestin.
Merci pour ta douceur qui désarmait les tensions. Merci pour ton humilité qui ne cherchait jamais à être remarquée. Merci pour ton service fidèle, accompli dans les petites choses de chaque jour. Merci de nous avoir appris qu'on peut annoncer le Christ sans faire de bruit. Merci de nous avoir montré qu'il est possible de souffrir sans perdre la paix. Merci de nous avoir rappelé que la vraie grandeur se trouve dans l'amour vécu jusqu'au bout.
Nous pleurons aujourd'hui ton départ. Les larmes sont le prix de l'amour. Mais nous ne pleurons pas comme ceux qui n'ont pas d'espérance (cf. 1 Th 4,13).
Nous croyons que le Christ ressuscité, que tu es venu visiter chaque jour dans le silence du tabernacle, est maintenant venu à ta rencontre. Celui devant qui tu t'agenouillais t'a ouvert les portes de sa maison. Celui dont tu recevais la force t'accueille désormais dans la joie éternelle.
Tu as porté ta croix avec le Christ. Aujourd'hui, nous croyons qu'Il te fait entrer dans sa gloire. Au revoir, cher Père Célestin.
Tu n'es plus simplement devant le tabernacle, tu es désormais devant le Visage de Dieu.
« C'est bien, serviteur bon et fidèle ; entre dans la joie de ton Seigneur. » (Mt 25, 23)
Frère Anthony FARAH aa
Communauté assomptionniste de Woluwe-Saint-Lambert, Bruxelles
