
Franchement, il n’est pas simple d’être prophète! Suffit d’ouvrir la Bible pour s’en apercevoir… Voyez comment ces hommes, il y a plus de deux millénaires, ont dû se battre pour se faire entendre. Et tout ce qu’ils ont enduré! Pensez à ce pauvre Jérémie, plongé dans une citerne. A Daniel, confronté aux lions. Pensez à Jean Baptiste, qui en perdit la tête. Ou à Isaïe qui, selon certains écrits, aurait fini scié en deux.
Et pourtant, elles sont importantes, ces figures! Contrairement à ce qu’on pense parfois, les prophètes ne sont pas d’abord là pour annoncer l’avenir. Ni pour prédire des catastrophes. Ou pour proférer des menaces. Ils sont là pour faire résonner une parole. Pour nous aider à observer le monde tel qu’il est. Nous aider à comprendre ce qui se passe. A rechercher la volonté de Dieu. Au fond, ils sont là pour éveiller nos consciences. Et nous aider à changer.
Changer? Ne serions-nous pas, nous aussi, appelés à changer? "Ce temps que nous vivons n’est pas seulement une époque de changements, mais un véritable changement d’époque", ne cesse de nous répéter le pape François depuis 2015. Ce changement d’époque rend l’immobilisme dangereux. Et le changement nécessaire. Parmi les désordres de notre temps, il en est sans doute un qui domine: la menace que l’on fait peser sur l’avenir de notre maison commune. Et, dès lors, sur celui de notre humanité.
Sur cette question, depuis de longues années, des voix s’élèvent pour éveiller nos consciences. Et nous aider à changer. Parmi tant d’autres, pensons à Al Gore, Greta Thunberg, Adélaïde Charlier, Olivier De Schutter, Pierre-Paul Renders… Cette semaine, Dimanche donne aussi la parole à Nicolas Van Nuffel, le président de la Coalition Climat. Une parole grave mais emplie d’espérance.
Ces gens seraient-ils prophètes pour notre temps? Qui sait… Constatons en tout cas qu’ils ont souvent dû se battre pour faire entendre leur voix. Et que celle-ci est régulièrement critiquée. Jugée trop accusatrice ou trop culpabilisante. Caricaturée. Moquée. Ou, tout simplement, ignorée.
Le drame est que l’on oublie parfois un peu vite que ce qui compte, chez un prophète, ce n’est pas le prophète lui-même. Son style ou sa manière de parler.
Ce qui compte, chez un prophète, c’est plutôt le message qu’il porte, l’horizon qu’il dessine.
La voie bien plus que la voix.
Vincent Delcorps
