Depuis son enfance, Jacques Weerts est mû par le goût de la rencontre. Sa vision se nourrit d’une multitude d’entre elles, glanées à l’étranger, dans le scoutisme, à travers la foi. Aujourd’hui, il est le fer de lance en Belgique de Poursuivre, un mouvement qui invite les aînés à s’engager.

Jacques est né bien loin de Bruxelles – son lieu de vie actuel – et a très tôt évolué au milieu de cultures différentes. Sa vie professionnelle l’a conduit à parler l’arabe, l’amharique et bien d’autres langues. "Je me suis toujours senti inférieur quand je ne parlais pas la langue de l’autre", relit-il. "Il ne faut être ni seigneur ni comptable. Si on apprend un peu leur langue, c’est déjà bien. Il faut être large d’esprit." L’essentiel à ses yeux est d’apprendre à connaître l’autre, ses habitudes. "N’est-ce pas une question de respect, d’éducation?"
L’Ethiopie aux Ethiopiens
Rencontrer l’autre: voilà la démarche qui est au cœur de la personnalité de Jacques. "Car ce sont les rencontres qui permettent à l’autre de devenir une personne", souligne-t-il. Cette conviction lui a sans doute été transmise par ses parents. Né en 1935 à Djibouti, Jacques a beaucoup reçu de son père. Celui-ci prônait le respect et l’humilité face à ceux qui les accueillaient dans leur pays. "Il nous rappelait que le pays était aux Ethiopiens, qu’il fallait les respecter. Il avait une position assez importante mais il avait cette capacité de se mettre à la place de l’autre. Il nous demandait de nous adapter et il le faisait lui-même. Lors d’un cocktail important réunissant Européens et Ethiopiens, à la fin de la soirée tous les Ethiopiens étaient d’un côté et il y avait un seul Européen au milieu d’eux, c’était mon père. Il a toujours eu cette facilité d’ouverture!"
Attentionné et curieux, Jacques considère que "la personne a une valeur mais pas de prix". Il s’en explique: "C’est quelque chose qui m’a toujours guidé dans mon parcours professionnel. Je vibre pour que chacun se sente à sa place". Il développera la même philosophie dans ses engagements au sein des Equipes Notre-Dame et de l’Arche en Belgique. "Quand on rencontre une personne handicapée, on se rend compte de notre pauvreté dans la communication. Dans la vie, il n’y a que l’autre qui compte. Ne sommes-nous pas faits pour nous occuper des autres?"
Quand il s’engagea à Poursuivre
"Lorsque la vie professionnelle s’est terminée, mon épouse et moi-même avons voulu être utiles, tout simplement. On s’est intéressés à une petite ONG qui apporte de l’eau dans des villages reculés d’Ethiopie – notre pays d’adoption." Jacques et son épouse Arlette ont aussi continué à voyager en immersion, se plongeant autant que possible dans la culture et les populations visitées. Et puis, un beau jour, grâce à un ami, il y a cette rencontre avec Poursuivre. Ce mouvement qui s’adresse aux aînés plonge ses racines dans le scoutisme. Un clin d’œil: c’est dans les mouvements de jeunesse que Jacques a rencontré Arlette.
"Lorsqu’arrive l’âge de la retraite, je peux comprendre que certains aiment profiter de la vie; les clubs de loisirs font des choses très bien." Mais cette perspective n’enthousiasme ni Jacques ni Arlette qui veulent continuer à s’engager. "Nous aimons bien échanger, surtout avec des gens qui ne pensent pas tout à fait comme nous." En 2004, Jacques et Arlette créent le premier groupe Poursuivre en Belgique. "Il faut un intérêt au-delà du cercle familial. Avoir l’esprit d’ouverture. On est dans un monde où on se rétrécit tellement!"
Les racines et les branches
L’originalité de ce mouvement est de se centrer sur la personne, relève celui qui ne peut se passer d’aller vers l’autre. Les membres sont actifs ailleurs (à la Croix-Rouge, dans une association contre le cancer ou culturelle…). Ils se retrouvent pour se ressourcer et s’enrichir de l’expérience des autres. "Rien à faire: la différence c’est la seule chose qui enrichit. Le quant à soi, le repli sur soi, c’est la mort! A travers les différences, nous trouvons nos points communs. Et il y en a beaucoup!"
"Nous sommes tous des individus mais, à partir du moment où nous entrons en relation, nous devenons une personne. Poursuivre offre un lieu où, de manière amicale, on peut échanger ses pensées et le résultat des actions que l’on mène par ailleurs. Dans le but de s’enrichir et s’éduquer mutuellement. C’est ce qui nous a attiré. J’aime aussi beaucoup le fait qu’il a des racines chrétiennes dont il ne se cache pas, mais il y a des branches qui vont dans toutes les directions. C’est capital!"
Pas besoin de casser des carreaux!
"Les Anglais parlent de l’écologie profonde c’est-à-dire la personne elle-même, comment elle se conduit et se comporte. L’écologie, c’est tout, pas seulement les beaux arbres verts. Il faut prendre conscience que l’homme fait partie du vivant et n’est pas au centre. Nous avons chacun notre responsabilité." Jacques reconnaît que c’est là un point qui préoccupe le mouvement Poursuivre. "Nous travaillons beaucoup avec le Centre Avec qui est fort actif dans le domaine de l’écologie intégrale. Cela permet d’avoir ces regards diversifiés venant de personnes engagées dans la justice sociale, l’environnement, la santé…"
L’octogénaire a travaillé pour de grands groupes, dont l’entreprise Shell. "Je me suis rendu compte des sérieux problèmes que pouvait engendrer le système. Aujourd’hui, je pose un regard critique sur tout ce monde, je me suis rendu compte que d’autres choses étaient possibles. Je l’ai vécu à travers Poursuivre ou cette ONG éthiopienne. Je crois que chacun, s’il le veut, peut faire quelque chose, même dans le système capitaliste. Pas besoin de casser des carreaux pour cela. Dans une entreprise, on peut être extrêmement altruiste!"
Et Jacques de conclure: "La personne est tellement importante. Si on faisait attention à cela, beaucoup de choses changeraient."
Nancy GOETHALS
Le lundi 5 décembre à 19h30, Poursuivre organise une table ronde proposant des regards croisés entre experts et générations sur le thème "2050: demain?". Espace Delvaux (Watermael-Boitsfort). Inscription
souhaitée via https://urlz.fr/jynd ou au 0473/77.15.03.
