Une toile qui s’affaisse, un vêtement liturgique qui a perdu sa forme, un vitrail défiguré... Le patrimoine mobilier religieux est-il en danger ? C’est en tout cas un souci réel pour le Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux (CIPAR). Tout le monde n’est pas expert en la matière, mais une formation vient à la rescousse des fabriciens ou gestionnaires d’édifices religieux.

Après avoir traversé les décennies, voire les siècles, trop d’objets, statues, vitraux, peintures se détériorent par méconnaissance de leur valeur, de leur fonction et de la meilleure façon de les préserver. « Pourtant, ce patrimoine est porteur de sens », relève le CIPAR. « Il est lié à l’identité et à la mémoire d’une communauté. Il a porté la foi et la prière de générations de chrétiens. Aujourd’hui encore, l’œuvre d’art continue à émouvoir et interpelle. »
En 2015 et 2017, deux formations à Namur avaient déjà remporté un certain succès, en particulier auprès des fabriciens, dont la préservation du patrimoine fait partie des missions. Une centaine de personnes y avaient pris part. En cette fin d’année 2022, le CIPAR remet le couvert pour sensibiliser à la conservation préventive. « Avec une nouveauté d’après Covid, explique Vinciane Groessens, historienne de l’art et responsable communication au CIPAR : la volonté de se rapprocher des fabriciens des autres diocèses. » C’est ainsi que, du 15 octobre au 3 décembre, c’est le diocèse de Tournai qui accueillera les 6 demi-journées de formation. Dans deux ans, ce devrait être le tour du diocèse de Liège.

Une église n’est pas un musée !
Le projet de cette formation est-il conforté suite aux atteintes portées au patrimoine lors des inondations ? « Pas vraiment, répond Vinciane Groessens, mais chaque fois qu’on a des détériorations on se dit que les fabriciens ne sont pas assez formés sur le terrain. Nous voulons leur montrer que le temps et les conditions de conservations – qui ne sont pas celles d’un musée ! - peuvent détériorer les objets. Par exemple, la poussière peut attirer des moisissures et des insectes."
A cela s’ajoute un défi très actuel : la question énergétique et l’augmentation du coût des factures qui conduisent à réduire ou supprimer le chauffage dans certaines églises. Cela a aussi un impact ! Vinciane Groessens cite ainsi l’exemple de toiles qui ont traversé les siècles mais qui, en l’espace de dix ans, s’affaissent complètement.
Les bonnes clés pour intervenir
L’enjeu principal pour le CIPAR est de conscientiser chaque gestionnaire à adopter la bonne attitude. Le Centre encourage donc les fabriciens à commencer par inventorier le mobilier et, ensuite, à faire appel aux spécialistes.
La formation vise en particulier à :
- Assurer une base de connaissances artistiques et techniques en matière de patrimoine mobilier religieux.
- Donner des clefs de compréhension de la fonction et de la symbolique des objets.
- Transmettre les principes de base d’une bonne gestion et conservation du patrimoine (inventaire, entretien et mesures de conservation préventive).
Restaurer coûte toujours plus cher et est parfois impossible. En abordant la spécificité de chaque matière (bois, métal, peinture, verre, …), les participants à la formation découvriront des trucs et astuces simples et pas trop onéreux.
Le but est donc bel et bien de permettre aux participants de prendre un rôle actif dans la préservation et la valorisation du patrimoine d’une paroisse ou d’une communauté.
Se faire un carnet d’adresses
En six demi-journées, les participants découvriront ainsi les spécificités du patrimoine mobilier de leur paroisse (à quoi sert ou servait tel objet et pourquoi le conserver ?) et apprendront à se renseigner auprès des spécialistes. Ceux-ci se feront un plaisir de leur prodiguer des conseils et solutions accessibles. Il suffit en effet parfois d’un petit truc, d’une petite astuce pour prévenir la détérioration et préserver le portefeuille ! Par exemple, il est important de choisir des cintres adaptés au type de textiles, sous peine d’abîmer le vêtement. Pour l’orfèvrerie, il faut éviter les produits de nettoyage vendus en grande surface et apprendre à l’emballer correctement dans des sachets en tissus.
« On est conscient que ce sont des bénévoles. Il faut leur permettre de faire au mieux pour gérer en bon père de famille. » explique la chargée de communication du CIPAR. Pour elle, cette formation atteint son but « si les participants ont compris ce qu’ils peuvent faire … et ne pas faire », relève Madame Groessens.

Prévenir plutôt que guérir
« Restaurer un vitrail peut grever le budget », explique l'historienne de l'art. « Il est donc important d’agir quand cela ne coûte pas trop cher. Il faut aussi penser à garder toutes les pièces d’un vitrail cassé. Nous souhaitons inviter les responsables des biens mobiliers de l’église à observer régulièrement ce qui se passe dans leur édifice. »
Le CIPAR veut donc motiver et former les fabriciens en leur donnant un maximum d’outils. « On veut encourager pas dégoûter ! Et faire comprendre qu’on ne demande pas l’impossible aux fabriciens. »
Cependant, certaines fabriques d'église comptent trop peu de membres. Aussi cette formation s’adresse-t-elle à un public bien plus large :
- les personnes responsables de différents aspects du fonctionnement des églises : outre les fabriciens, les accueillants d’églises, membres d’équipes liturgiques, responsables communaux, groupes d’intérêts et de sensibilisation du patrimoine religieux ;
- celui ou celle qui se soucie du patrimoine de sa région ;
- et, plus largement, tout amateur du patrimoine, d’histoire de la pensée religieuse ou d’histoire de l’art ;
- les étudiants en histoire de l’art pour qui c’est une très belle opportunité d’être sur le terrain. En effet, les musées ne peuvent accueillir toutes les œuvres d’art mais les édifices religieux n’ont pas les conditions de conservation des musées. Prendre conscience de ces réalités différentes permet d’ouvrir le champ d’étude des futurs professionnels.
En décembre aura lieu un colloque dont nous parlerons. En attendant, pourquoi ne pas s’inscrire à ce cycle de formation pour exercer son regard et sa vigilance face à un patrimoine à sauvegarder ?
Nancy Goethals
RENSEIGNEMENTS PRATIQUES :
- 6 demi-journées de 4 heures, samedi de 8h30 à 12h30. 15, 22 octobre 12, 19, 26 novembre et le 3 décembre 2022.
- LIEU : Charleroi (Jumet)
- INSCRIPTION : par email via [email protected]
- PARTICIPATION AUX FRAIS : 90 € (50€ pour les étudiants) à verser sur le compte BE60 5230 8094 6070 du CIPAR. Communication : Formation patrimoine religieux + nom et prénom. Pour les fabriciens, ce montant peut être pris en charge par la fabrique d’église. Une attestation sera délivrée.
- ORGANISATION : CIPAR asbl Place du Palais du Justice 3, 5000 Namur. www.cipar.be
- CONTACTS / RENSEIGNEMENTS : Vinciane Groessens 0498.35.18.16
