
Mgr Bonny, évêque du diocèse d'Anvers_Droits réservés
Ce mercredi 17 mars, Cathobel relayait la réaction des évêques de Belgique suite au ‘responsum’ donné par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (*). Pour mieux comprendre de quoi il est question, notre média propose aujourd'hui une interview audio de Mgr Bonny, évêque d'Anvers. Il suit de près le cheminement de l'Eglise sur la famille.
Johan Bonny a publié une opinion dans le quotidien De Standaard où il s'insurge contre la position prise par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur la question de la bénédiction de couples homosexuels. La version francophone, validée par l'évêque d'Anvers, de cette carte blanche est à lire sous le titre "Le véritable synode veut-il se lever?" (rubrique Opinion). Dans l'interview ci-dessous, la première question concerne le 'dubum' (la question) posé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur la licité - ou non - de la bénédiction des mariages homosexuels.
Quelques extraits de l'interview
Mgr Bonny explique pourquoi cette bénédiction ne doit pas être assimilée à celle que l'on donne aux chats, aux chiens, aux maisons, etc. "C'est une question de respect de la dignité", dit-il. Il lui paraît donc essentiel de considérer une demande venant de couples homosexuels croyants en la mettant en lien avec la notion de mariage telle que considérée par l'Eglise. Il rappelle que le prêtre doit toujours discerner pour juger du bien fondé de cette demande.
Les évêques belges ont réagi les premiers à ce ‘responsum’ de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, "mais des évêques d'autres pays vont suivre dans les jours qui viennent", dit-il. Ils sont en effet nombreux à regretter que les lignes maîtresses du synode de la famille (qui a eu lieu en 2015) et de l'exhortation "Amoris Laetitia" n'aient pas été prises en compte. "Si on parle de péché lié à des situations irrégulières par rapport au mariage, dit-il, la majorité de nos fidèles est concernée. Il ne s'agit donc pas seulement des homosexuels mais aussi de tous ceux qui vivent ensemble (les divorcés, etc). [...] La moitié de l'Eglise chez moi vit dès lors dans le péché", fait-il remarquer. Mgr Bonny insiste donc pour que l'Eglise reconnaisse "la vérité des vies réelles" et la diversité en son sein. Lui qui a suivi tout le synode sur la famille insiste sur le fait que "chacun puisse vivre avec sa propre identité et connaître le bonheur qui est voulu par Dieu pour les êtres humains, hommes et femmes".
Le cheminement synodal consensuel
Est-ce que ce 'responsum' l'a surpris? "Oui", dit-il. Tout en regrettant que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi cherche à entraver le processus synodal, en Allemagne en particulier, et ne veuille pas entendre parler du travail proposé par le pape François sur l'exhortation "Amoris Laetitia" qui démarre ce 19 mars, pour un an.
Il souhaite qu'il y ait un vrai débat. Pour lui, la différence de points de vue dans l'Eglise ne touche pas à l'essentiel de la foi. Il insiste sur le fait que les temps ont changé: "aujourd'hui, il est difficile d'émettre un jugement moral mais il est essentiel de regagner la confiance des fidèles et c'est pourquoi les évêques belges disent 'cela suffit!'". L'ouverture, à l'instar de ce que le Christ pratiquait, est fondamentale.
"Nous n'avons pas la volonté de faire du bruit mais nous voulons toujours éviter le conflit ou la division en insistant sur la possibilité et la nécessité de compromis ou de consensus." Pour Johan Bonny, il n'est pas question de peser le bien ou le mal mais de "mettre ensemble ce qu'il y a de vérité chez les uns et chez les autres et faire grandir le total de vérités mises en application. [...] "Nous, les Belges, quand on se fâche c'est parce qu'on sait qu'il y a une voie moyenne possible. C'est le cheminement synodal consensuel. Mais cela suppose que chacun puisse parler et qu'on cherche un consensus".
Nul doute qu'il y aura une suite à donner. Mgr Bonny pense que le pape François va bientôt publier un texte qui rappelle sa vision de la Joie de l'Amour.
Nancy GOETHALS
(*) voir l'article Union homosexuelle: discerner, accompagner et intégrer

