Outre le cardinal Jozef De Kesel et l'ensemble des membres de la Conférence épiscopale de Belgique, Cathobel a recueilli la réaction de quelques évêques de notre pays. Tous font part de leur émotion à l'annonce du décès de l'archevêque émérite de Malines-Bruxelles, le cardinal Godfried Danneels.
C'est avec émotion que Mgr Rémy Vancottem, évêque de Namur, a appris le décès du cardinal Danneels. Ils se connaissaient depuis de nombreuses années. Le 15 février 1982, le cardinal Danneels le contactait pour lui annoncer sa nomination comme évêque auxiliaire du Brabant wallon. Lorsqu'il évoque le cardinal Danneels, Mgr Vancottem ne peut que se remémorer cette journée du 15 février 1982. ''Je dois te voir tout de suite.'' Les mots de Mgr Danneels -il sera créé cardinal quelques mois plus tard- résonnent encore dans la tête de celui qui, à l'époque, était l'abbé Rémy Vancottem. ''Je me demandais bien ce qui allait me tomber sur la tête. Je reconnais qu'en allant au rendez-vous, j'étais un peu tendu...'' A peine entré dans le bureau, juste le temps de s'asseoir et Mgr Danneels lui annonce que le pape l'a désigné comme étant évêque auxiliaire du Brabant wallon, fonction qui n'existait pas jusque-là. Tout était à créer. L'abbé Vancottem, sous le choc, explique à l'archevêque qu'il est beaucoup trop jeune - il a alors 38 ans - pour remplir de telles fonctions. Et là encore, la réplique de l'archevêque est gravée dans la mémoire de Mgr Vancottem: ''Dis d'abord 'oui', on verra les objections après!'' (Lire l'article sur le site du diocèse de Namur).
Pour les évêques flamands, le cardinal Godfried Danneels était un vrai leader. "Il présidait déjà la conférence épiscopale quand j’ai été ordonné évêque auxiliaire", se souvient Mgr Patrick Hoogmartens, évêque d’Hasselt. "Mais il n’était pas un leader qui parlait beaucoup", y ajoute l’évêque démissionnaire de Gand, Mgr Luc Van Looy, "bien quelqu’un qui écoutait toujours avec grande attention".
"Je me souviens bien que j’étais étudiant à Rome au moment du consistoire de février 1983, où le pape Jean-Paul II a créé Godfried Danneels cardinal", nous raconte Mgr Patrick Hoogmartens. "C’était en même temps que la création comme cardinal de Carlo Maria Martine, l’archevêque de Milan de l’époque. Les attentes vis-à-vis de ces deux géants de l’histoire de l’Eglise étaient tendues. Mgr Danneels avait démontré ses talents comme intermédiaire lors de sa participation au synode qui s’était penché sur les tensions au sein de l’Eglise des Pays-Bas."
Homme de prière et d'écoute
"Danneels était avant tout un homme de prière", se souvient Mgr Luc Van Looy. "La prière le portait, tant dans la vie quotidienne que dans la tourmente de ses responsabilités." Le cardinal Danneels a fortement souffert au moment de l’affaire Vangheluwe, regrettant son impuissance: "Cela lui a fait beaucoup de peine qu’il n’aurait pas pu supporter sinon en les confiant au Seigneur dans sa prière de tous les jours. Il venait souvent à Heppeneert près de Maaseik", se rappelle Mgr Hoogmartens, "où une petite chapelle de pèlerins offrait le silence nécessaire pour sa prière." Par ailleurs, le cardinal Danneels appréciait fortement les belles liturgies. "Il ne manquait aucun rendez-vous dans mon diocèse", dit encore l'évêque de Hasselt. "Que ce soient les fêtes du Couronnement de la Vierge à Tongres tous les sept ans ou la procession septannuelle de la Virga Jesse à Hasselt, il était en général toujours là, bien qu’il m’ait appelé la dernière fois pour me confier qu’il ne pouvait plus venir." Le cardinal Danneels en effet était "fasciné par la beauté" comme le dit Mgr Van Looy. "Il était toujours entouré par l'art et la culture, il appréciait particulièrement la bonne musique."
"Je n’oublierai jamais non plus sa capacité d’écoute", souligne Mgr Van Looy. "Le cardinal Danneels avait une attention écoutante pour tout le monde, qu’il s’agisse de jeunes ou d’aînés, de gens riches ou pauvres." Bien qu’il ne prenait la parole en vain lors de réunions ou réceptions, le cardinal cependant avait "cette capacité remarquable d’un discours forgé mais compréhensible sur la foi et la modernité", ajoute Mgr Patrick Hoogmartens. "Je lisais déjà Danneels quand j’étais encore séminariste. Et une fois archevêque, combien de gens n’a-t-il pas formé avec ses brochures de Noël et de Pâques?"
"Danneels était imprégné de la conviction que la foi était une force salutaire, même dans un monde sécularisé", explique l’évêque de Hasselt. "Avec sa spiritualité, il nous a tous formés et profondément marqués." Enfin, l’évêque sortant de Gand se souvient aussi un homme d’humour. Bien que souvent un peu timide, quand Danneels avait pu apprivoiser ces interlocuteurs, "il arrivait toujours à faire rire tout le monde avec les anecdotes qu’il racontait".
De son côté, Mgr Jean Kockerols, évêque auxiliaire pour Bruxelles, a réagi ce midi, en direct au micro de Léo Pottier sur RCF Bruxelles. Il évoque le souvenir de sa première rencontre avec Godfried Danneels, alors que Jean Kockerols n'était pas encore prêtre. Il met en exergue les petits livrets édités chaque année, à Noël et à Pâques, par le Cardinal Danneels, lesquels ont toujours été empreintes d'une grande spiritualité et dans un langage accessible à tous. Il évoque l'homélie prononcée par le cardinal lors des funérailles du roi Baudouin, avec cette phrase qui restera dans les mémoires: "Il y a des rois qui sont plus que des rois, ils sont les bergers de leur peuple." Ecoutez les propos de Mgr Kockerols:
Christine Bolline (diocèse de Namur)/Benoit Lannoo/Anne-Françoise de Beaudrap