Du 12 au 18 février, le pape François a effectué un voyage apostolique au Mexique. Au cours de cette visite, d’une grande intensité, François a appelé l’Eglise locale à s’engager en faveur des jeunes, dans une société minée par la criminalité. Il a également rappelé l’importance de la préservation des cultures indiennes traditionnelles.
Dès avant son départ, le pape François avait présenté ce voyage au Mexique - qui est son douzième voyage apostolique à l’étranger depuis le début de son pontificat, en mars 2013 - comme une démarche spirituelle à l’égard de la Vierge de Guadalupe. Cette dimension a constitué la tonalité centrale de toutes ses interventions, dès son arrivée le vendredi 12 février.
Biens matériels et spirituels
Reçu officiellement au Palais national de Mexico le lendemain, par le président Nieto, le pape a rappelé que la moitié de la population du Mexique est jeune, et que cela devait permettre au pays de se renouveler. On peut y voir une allusion aux mouvements sociaux populaires qui ont suivi l’affaire de l’enlèvement des 43 étudiants d’Iguala en 2014, disparus après avoir été arrêtés par la police de l’Etat de Guerrero. Ces jeunes auraient été ensuite livrés à une bande mafieuse de la région, qui les ont assassinés.
Le pape François a également eu des paroles fortes à l’endroit de la société et du pouvoir mexicains: "En cherchant des privilèges pour soi, la vie en société devient un terrain fertile pour la corruption, le narcotrafic, l’exclusion des cultures différentes, la violence, y compris pour le trafic de personnes, la séquestration et la mort causant la souffrance et freinant le développement". Il a appelé à "un accès réel de tous aux biens matériels et spirituels indispensables", tels "un logement, du travail, de la nourriture, une justice réelle, la sécurité, un environnement sain et de paix, et une formation urgente à la responsabilité personnelle de chacun, dans le plein respect de l’autre".
Un paradoxe
Dans la foulée, le pape a rencontré les évêques mexicains dans la cathédrale de Mexico. Là aussi, le pape a eu des paroles très fortes. Il a dit que "l’Eglise ne devait pas se reposer sur son statut social". "l’Eglise n’a pas besoin de l’obscurité pour travailler", a-t-il encore souligné. "N’ayez pas peur de la transparence. Veillez à ce que vos regards ne soient pas obscurcis par les pénombres du brouillard de la mondanité. Ne vous laissez pas corrompre par le matérialisme trivial, ni pas les illusions séductrices des accords conclus ‘en dessous de la table‘. Ne perdez pas de temps et d’énergie dans des choses secondaires, dans les commérages et les intrigues, dans les vains projets de carrière".
Ces mots sévères du pape font allusion à un paradoxe qui marque l’Eglise au Mexique, comme le souligne Cyprien Viet: l’Eglise mexicaine a longtemps été persécutée (voir article ci-dessous), mais maintenant qu’elle a acquis une certaine visibilité institutionnelle, on voit souvent des évêques dans des rencontres mondaines…
Pauvreté et criminalité
L’un des temps forts de ce weekend fut la visite de François au sanctuaire de Guadalupe à Mexico, le même jour. Au cours de la messe qu’il y a célébré, le pape a dit qu’à travers Marie, "Dieu se rapproche du cœur souffrant mais endurant de tant de mères, pères, grands-parents qui ont vu leurs enfants partir, se perdre, voire être arrachés de manière criminelle". Des paroles de compassion en rapport à l’importante insécurité qui mine le Mexique, notamment celle liée au narcotrafic.
Le dimanche 14 février, François s’est rendu dans la banlieue nord de Mexico, à Ecatepec. Un quartier d’un million d’habitants marqué par la violence, notamment de nombreux assassinats de femmes. Là, le Saint-Père a dit que les Mexicains devaient "lutter pour une terre où il ne sera pas nécessaire d’émigrer pour rêver, où il ne sera pas nécessaire d’être exploité pour travailler, où il ne sera pas nécessaire de faire du désespoir et de la pauvreté d’un grand nombre l’opportunité de quelques-uns, une terre qui ne devra pas pleurer des hommes et des femmes, des jeunes et des enfants qui finissent détruits dans la main des trafiquants de la mort".
C.H., avec Cyprien Viet
Retrouvez la suite de cet article dans la prochaine édition du journal "Dimanche", numéro 8, du 28 février 2016

