Dans l'avion qui l'a ramené à Rome, ce lundi 30 novembre, après une tournée de six jours en Afrique, le pape François a répondu aux questions des journalistes, sur des sujets d'actualité variés. Ont ainsi été abordés: la COP 21, les fondamentalismes religieux, ou encore ses voyages apostoliques.
Alors que s'est ouverte la COP 21 à Paris, le pape a exprimé son inquiétude. "Je n'en suis pas sûr (du résultat de la COP 21), mais ce que je peux dire, c'est que c'est maintenant ou jamais", a déclaré le Souverain pontife. Depuis la conférence de Kyoto en 1997, "peu a été accompli" et "chaque année, les problèmes sont plus graves", alors qu'il peut sembler, "pour employer une parole forte, que nous soyons au bord du suicide", a notamment déclaré François. Cependant, "la quasi-totalité de ceux qui sont à Paris veulent faire quelque chose. J'ai confiance qu'ils le feront, ils ont de la bonne volonté et je prie pour cela", a-t-il dit.
Des propos en continuité avec ceux tenus dans son encyclique Laudato Si', parue en juin dernier. Au fil de nombreuses interventions cette année, il a réclamé à plusieurs reprises que la COP 21 aboutisse à un accord contraignant dans lequel les pays les plus riches aideront financièrement et techniquement les plus pauvres à accomplir cette révolution écologique. Le Saint-Siège a été représenté à l'ouverture de la COP 21 par le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d'Etat du Saint-Siège, qui avait quitté la délégation pontificale en Afrique pour rejoindre Paris.
"Exploitée par les grandes puissances"
Le pape François s'est dit par ailleurs bouleversé par la pauvreté de nombreuses personnes rencontrées en Afrique, et il a une nouvelle fois dénoncé les ravages de l'idolâtrie de l'argent. "Hier, je suis allé à l’hôpital pédiatrique, l’unique de Bangui et du pays. En thérapie intensive, ils n’ont pas d’oxygène, il y a tellement d’enfants en malnutrition. La docteur m’a dit: la plupart d’entre eux vont mourir, parce qu’ils ont la malaria et sont mal nourris."
"L’idôlatrie, c’est quand un homme ou une femme perd sa carte d’identité, c’est-à-dire le fait d’être enfant de Dieu, et préfère se chercher un Dieu à sa mesure", s'est-il attristé. "Si l’humanité ne change pas, la misère, les tragédies, les guerres, les enfants qui meurent de faim, l’injustice, tout cela continuera."
Le pape a reconnu ensuite qu’il lui serait difficile de revenir en Afrique. "Moi, je suis vieux, les voyages sont pesants!", a-t-il lancé. Mais il garde de grands souvenirs de son premier voyage sur le continent africain. "Cette foule, cette joie, cette capacité de faire la fête, même avec le ventre vide. Chaque pays a son identité: le Kenya est un peu plus moderne et développé. L’Ouganda a l’identité de ses martyrs; le peuple ougandais, que ce soit les catholiques ou les anglicans, venère ses martyrs. La République centrafricaine a une volonté de paix, de réconciliation, (…) Aujourd’hui, je suis allé à la mosquée, j’ai prié à la mosquée, l’imam est monté sur la papamobile pour faire un petit tour parmi les réfugiés."
Il a également évoqué rapidement l'action des milices anti-balaka, en évoquant "un petit groupe très violent, chrétien, je crois, ou qui se dit chrétien."
Le pape a aussi évoqué plus globalement la pauvreté de l'Afrique, "exploitée par les grandes puissances", et a refusé toute argumentation sur la licéité ou non du port du préservatif pour lutter contre le Sida: "Je n’aime pas descendre dans des réflexions casuistiques quand les gens meurent de faim ou du manque d’eau", a lancé le Saint-Père.
"Il y a des fondamentalistes dans toutes les religions"
Interrogé sur les attentats récents qui ont marqué l'actualité, notamment à Paris, le pape a réfuté toute idée d'un lien consubstantiel entre l'islam et la violence. "Nous sommes tous enfants de Dieu, nous avons le même Père. Il y a des fondamentalistes dans toutes les religions. Nous les catholiques, nous en avons quelques-uns, beaucoup, qui croient avoir la vérité absolue et agissent en salissant les autres avec la calomnie, la diffamation, et font du mal. Je le dis parce que c’est mon Eglise (…). Le fondamentalisme qui finit en tragédie est une chose mauvaise, mais advient dans toutes les religions."
Il a par ailleurs précisé que l’histoire du christianisme n’était pas exempte de violence. "Le sac de Rome (par les troupes de Charles Quint en 1527, ndlr), ce n’est pas les musulmans qui l’ont fait", a-t-il lancé.
Mexique
François a par ailleurs confirmé que son prochain voyage serait pour le Mexique, à une date encore non fixée définitivement. Il ira visiter le sanctuaire de Guadalupe, à Mexico, mais il compte aussi se rendre dans trois ou quatre villes qu’aucun pape n’a jamais visité. Il ira probablement au Chiapas, à Morelia, et à Ciudad Juarez, sur la frontière avec les Etats-Unis. Par ailleurs, il a annoncé qu’il était invité à revenir à Aparecida au Brésil en 2017, ville déjà visitée en marge des JMJ de 2013, et que d’autres pays latino-américains pourraient être visités, mais que rien de plus précis n’est programmé pour le moment.
Source: Radio Vatican et AFP

