Fuyant les incendies qui ravagent en ce moment la Gironde, Sébastien Belleflamme raconte l’angoisse vécue. Au-delà de son expérience personnelle, son témoignage est un appel à prendre enfin la mesure de l’urgence et à sortir du déni pour faire de la préservation du vivant et de la lutte contre le dérèglement climatique une priorité absolue.
Samedi 25 juillet 2026. J'ai regagné aujourd’hui mon bon vieux quartier d’Outremeuse, à Liège, après avoir quitté précipitamment le Cap Ferret, étroite presqu’île qui sépare le bassin d’Arcachon de l’océan Atlantique. Un endroit à la végétation luxuriante, mais aussi bordé de vastes forêts de pins particulièrement vulnérables à la sécheresse de l’été. Les immenses panaches de fumée des incendies de forêts en Gironde, au nord de la presqu'île, étaient de plus en plus visibles à l'horizon depuis le mercredi 22 juillet. Le lendemain matin, en me réveillant, j’ai rapidement constaté la progression des feux sur Google Maps. Le front de l’incendie se rapprochait à une vitesse folle. Compte tenu de ma situation géographique, j’avais de quoi être inquiet. Pas moyen de quitter la presqu’île, sinon en empruntant l’unique départementale vers le nord, où sévissait l’énorme incendie. L’ami qui m’accueillait a préféré rester sur place. Le moment était délicat. J’ai donc décidé de partir par mes propres moyens, en traversant le bassin d'Arcachon avant de rejoindre Bordeaux en train. Les évacuations officielles se sont déroulées le lendemain, y compris pour mon camarade.
Arrivé à Bordeaux, j'ai compris que la situation devenait également préoccupante pour la périphérie bordelaise. En raison des vents et d’un nouvel incendie rapidement maîtrisé dans un quartier de la ville, la fumée et l’odeur de brûlé qui envahissaient le quartier de la gare ont fini de me convaincre de ne pas m’attarder. J’ai regagné Liège en train.
Un profond désarroi
Alors, je ne suis vraiment pas ici pour me plaindre ou pour raconter mes très brèves vacances. J'ai eu beaucoup de chance. Beaucoup d'habitants, eux, vivent une situation absolument terrible et incomparable. Beaucoup ont tout perdu. Je souhaite simplement partager combien cette situation a été stressante et combien elle continue d’engendrer en moi un profond désarroi. La réalité sidérante des incendies en France et dans toute l’Europe est devenue concrète pour moi. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus croire que nous serons durablement épargnés.
Je m'interroge sur cette prise de conscience climatique qui semble à nouveau occuper l'espace médiatique cet été, comme ce fut le cas en 2021 lors des terribles inondations qui avaient touché la Belgique, en particulier en province de Liège. Je me demande si, dans quelques semaines, nous ne reprendrons pas simplement le cours de nos vies, comme si de rien n'était, alors même que notre planète nous appelle avec une urgence croissante.
Il en va de l'avenir de notre humanité
Bien des associations, des scientifiques, des citoyens et des responsables politiques s'engagent déjà avec détermination. Il faut le reconnaître et les soutenir plus que jamais. Mais, très honnêtement, nous sommes encore loin du compte. N’est-il pas temps de faire de la préservation du vivant et de la lutte contre les dérèglements climatiques une priorité absolue? Il en va de la sauvegarde de la nature, des espèces animales, des ressources naturelles… Mais il en va aussi, tout simplement, de notre humanité et de notre avenir commun.
Je comprends que ces sujets puissent être anxiogènes. On parle aujourd'hui d'éco-anxiété. Moi-même, lorsque j'entends parler d'incendies ou d'inondations à l'autre bout du monde, je les relègue parfois à l'arrière-plan de mon esprit. Personne ne veut vivre en permanence dans l'angoisse, ni avec le sentiment d'une fin du monde. On semble davantage tracassés par la fin du mois. Dans bien des cas, c’est compréhensible. Dans beaucoup d’autres, il est temps d’arrêter de faire passer l’écologie pour une démarche punitive. La recherche d’une jouissance et d’une consommation sans limite mène notre monde à sa perte. A tous les niveaux, faire l’autruche nous empêche de prendre nos responsabilités et nous fait perdre un temps précieux.
Nous devons agir, chacun à notre place
L'angoisse que j'ai ressentie cette semaine me convainc que nous ne pouvons plus tergiverser. Il est temps de se réveiller, et pas seulement le temps d’un été. Nous devons agir, chacun à notre place, comme citoyens, comme responsables politiques, comme membres d'une même humanité. Peu importe les sensibilités partisanes... cette urgence nous dépasse tous.
Prendre soin de notre lien au vivant, c’est prendre soin de notre lien à nous-mêmes. En cela, je veux rester dans l’espérance. Se mobiliser, chacun selon ses moyens, ce n'est pas seulement répondre à une menace. C'est aussi poser un acte d'amour. C'est croire qu'il est encore possible d'agir, de transformer le présent et d'ouvrir un avenir plus désirable. Il y a de la joie à s'engager, à donner le meilleur de soi-même pour contribuer à faire évoluer les choses.
Arrêtons de nous croire supérieurs à la nature
Je le crois. C'est par amour de notre humanité, par amour du vivant et de notre planète que nous pouvons nous mobiliser. Je nous adresse ce mot avec mes tripes, dans l’espoir qu’il nous aide à avancer ensemble. Continuons sans relâche à cultiver le souci de l’autre, le souci de notre maison commune, en faisant de cet engagement une source de croissance humaine et spirituelle. Il faut cesser de vivre en se croyant détachés ou supérieurs à la nature. Nous faisons partie d’un tout dont il convient de préserver l’harmonie. Préserver le vivant engage notre responsabilité. De même, se mobiliser face aux dérèglements climatiques, c'est se relier à ce que nous avons de meilleur en nous. C'est choisir la vie.
Il est urgent de ne plus laisser le climato-scepticisme, le déni ou l’immobilisme politique freiner les transformations dont nous avons besoin. La logique d'une consommation sans limite consume notre planète. Par tous les moyens possibles, petits et grands, mobilisons-nous ensemble, en tant que vivants.
Enfin, j’adresse toutes mes pensées émues aux habitants de ces régions du monde qui subissent des incendies et autres catastrophes impitoyables. Et je remercie, avec toute ma gratitude, les pompiers et l’ensemble des services et bénévoles qui luttent avec acharnement pour protéger les populations.
Sébastien BELLEFLAMME

