Carnaval et cholestérol


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Carnaval et cholestérol
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Pour chasser l’hiver, partout le carnaval bat son plein. On se déguise, se masque, pour ne pas laisser voir son vrai visage. On s’amuse à se faire peur. Les cortèges, les chars, la musique, les danses, l’ambiance est partout! Bières et alcools coulent à flot! On fait la fête! On s’éclate! Et brusquement, le mardi gras à minuit, tout s’arrête.

Le carême commence par le mercredi des cendres. On enlève les masques et les travestis, on éteint musiques et flonflons. On réduit en cendres serpentins et confettis. On jette par-dessus-bord ce qui cache la réalité de la vie et on redevient le personnage de tous les jours. On fait ceinture.
Après une longue récréation, comme il est bon de se regarder dans le miroir, se remettre face à soi-même, aux autres, et reprendre sa place dans la société. Il va falloir prendre de bonnes décisions: choisir un régime pour perdre ses mauvaises graisses, ses habitudes des chemins tortueux, tant en ce qui concerne nos corps que nos âmes, puisque nous avons la chance d’être des hommes et des femmes aux dimensions à la fois matérielles et spirituelles. Personne ne prendra à notre place les décisions dont dépend la qualité de nos vies.

Une cure de nouvelle jeunesse

C’est une question de vie ou de mort, diront en même temps les médecins des corps et ceux des âmes. L’amas de cholestérol qui est fabriqué par le foie n’a jamais libéré personne, bien au contraire. Nous savons tous, nous qui vivons dans les sociétés occidentales, combien il est important d’être attentifs aux dépôts graisseux qui sont déposés dans nos artères; cela peut nuire gravement à notre santé. Un manque de foi, ou un excès de mauvaise foi, peuvent tout autant être fatals qu’une crise de foie. Les artères de l’âme, comme celles du corps qui véhiculent le sang de l’amour, peuvent être bouchées jusqu’à conduire à la nécessité d’une intervention à grands risques. "C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés", dit saint Paul.
Trois balises sont proposées pour réussir la cure de nouvelle jeunesse: l’aumône ou le partage; le jeûne ou consommer autrement; la prière ou renouer le dialogue avec le médecin des âmes. On pourrait appeler cela: "Opération désert". C’est un véritable combat à mener, une bataille, une guerre, contre des ennemis cachés, masqués, travestis, qu’il faut traquer, débusquer, brûler, pour les réduire en cendres.
"Mais seul…je n’y arriverai jamais!" En effet, ce combat, qui est à la fois matériel et spirituel, n’est pas un combat à mener de façon solitaire, mais solidaire; il se vit ensemble, en communauté, en Eglise, avec les autres, qui sont des frères et des sœurs, non pas de sang, mais d’élection.
Cet entraînement se vit en vérité, en authenticité et dans la joie, afin qu’il réussisse à porter les fruits qu’on en attend, car l’enjeu est d’importance, vu qu’il y a des kilos à perdre. On peut en effet laisser tomber le masque pendant le jour, pour la galerie, et se rattraper dans les ténèbres de la nuit, où tous les chats sont gris.

Mourir pour vivre

C’est sans doute pour cela que les "mages", allant à la rencontre de "l’Enfant-Dieu", à Bethléem, marchaient la nuit, en se laissant guider par une étoile. Tandis que les rencontres de repérage et de courtoisie se faisaient le jour autour d’une bonne table. Ils sont cependant rentrés chez eux par un autre chemin, comme cela leur avait été conseillé. Ce changement d’orientation ne peut-il pas être vu comme un réel changement de vie, une conversion?
Il est bien vrai que le Carême est ce temps de cure salvifique, une véritable remise en forme, et qu’il faut savoir "mourir pour vivre". Les chrétiens, celles et ceux qui osent se revendiquer du Christ, se souviendront en ce temps de grâce qui nous est donné que "perdre sa vie pour accueillir le Christ… c’est la gagner".
Ils s’entendront dire, le Mercredi des Cendres: "Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière", mais aussi ils accueilleront dans la joie l’invitation qui leur est lancée: "Convertissez-vous et croyez à l’Evangile."

Abbé Pierre VANDENBERG

 

Catégorie : En dialogue

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