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Après quatre mois, Léon s’inscrit dans les pas de François. Mais pas trop…


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Après quatre mois, Léon s’inscrit dans les pas de François. Mais pas trop…
Par Vincent Delcorps
Publié le
3 min

Cela fait quatre mois que Léon a succédé à François. Le nouveau pape se réfère volontiers à l’héritage de son prédécesseur. Il fait toutefois preuve d’une prudence notable. Et tâche d’unifier largement après un pontificat qui avait quelque peu clivé…

On est toujours un peu dans l’attente". A l’heure d’analyser les premiers mois du nouveau pape, Justine Manuel, chargée de cours à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’UCLouvain, se veut prudente. "En fait, nous serons dans cette attente tant que la première encyclique n’aura pas été publiée et que Léon n’aura pas donné les grandes lignes directrices de la façon dont il va s’inscrire dans l’héritage de François."

François Mabille est chercheur au CNRS et spécialiste des acteurs religieux sur la scène internationale. Il rejoint l’avis de sa consœur. Et développe: "A ce stade, il n’y a pas de bilan. Les cent premiers jours ont été prudents. Léon se manifeste par une certaine réserve. Il y a une sorte de clair-obscur, et même des signes qui peuvent paraître contradictoires…"

Réhabiliter des anciens opposants?

Et pourtant, dès l’élection de Léon, les éléments de continuité avaient été fortement mis en évidence entre le nouveau et l’ancien pape. Ces deux religieux avaient la fibre missionnaire, la connaissance de l’Amérique latine, l’expérience de la synodalité… Depuis le début de son pontificat, le pape a multiplié les allusions à François et à son héritage.

Mais, à travers certains actes, Léon a aussi pu se distinguer. François Mabille a ainsi été marqué par deux épisodes. La lettre solennelle adressée au cardinal Burke à l’occasion de son jubilé sacerdotal, tout d’abord. Faut-il y voir une façon de réhabiliter ce conservateur américain qui avait été marginalisé par François? Deuxième acte: l’envoi du cardinal (conservateur, encore) Sarah en Bretagne comme "envoyé spécial du Pape" à l’occasion du 400e anniversaire des apparitions de sainte Anne. "Quand vous redonnez de la visibilité à des personnalités qui se sont opposées à votre prédécesseur, vous envoyez un signal. Aujourd’hui, l’interprétation de ces signaux reste difficile…"

Faire le pont

Justine Manuel suit de près la communication du nouveau pape – notamment sur les réseaux sociaux. Là aussi, il est possible d’observer des inflexions par rapport au pontificat précédent. "Dans ses publications, le pape François était rarement seul. Il était entouré, notamment de chefs d’Etat. Il y avait une certaine politisation de son image. Léon, lui, cherche à incarner la figure du bon pasteur. L’image est plus sobre, on voit l’homme en blanc face à des foules de croyants. Cela donne l’image de quelqu’un qui essaie de faire le pont entre les proches de François et certains opposants aux réformes – et c’est aussi pour cela qu’il a été choisi! Il tend des mains de part et d’autre, tâche de réunir, prend la température de chaque bord…"

Pas de rupture, donc. Mais c’est bien un pontificat foncièrement différent qui s’est ouvert en mai dernier. Et un pontificat qui ne s’est pas encore pleinement révélé. "Contrairement à ses prédécesseurs, Prevost n’était pas une personnalité publique, connue, au moment de son élection", analyse encore François Mabille. "Léon se découvre pape en même temps qu’il se découvre haut responsable dans l’Eglise. Il doit sans doute encore intérioriser ce que signifie pour lui cette élection. En un sens, ses débuts sont peut-être plus explicatifs de la fin du pontificat précédent que de celui qui s’ouvre… Ses rencontres, ses attentions spécifiques aux uns et aux autres, en disent long sur les tensions de la fin du pontificat de François. On est encore dans cet entre-deux."

Vincent DELCORPS

Catégorie : Eglise monde

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