Quels sont les édifices religieux les plus anciens de la Belgique francophone? Il n’est pas toujours aisé de les dater avec précision. D’autant plus que certains d’entre eux en ont remplacé d’autres plus anciens encore, en bois ou en torchis. Quand ils n’ont pas succédé à d’anciens temples gallo-romains. Néanmoins, voici le "top 5" de ce que l’on peut vraisemblablement considérer comme les plus vieilles églises.

Pour nous plonger sur le passé religieux de la Belgique, faisons confiance à deux grands historiens de l’Eglise en Belgique, à savoir Edouard de Moreau et le chanoine Roger Aubert. On peut considérer que les premiers missionnaires sont arrivés dans nos contrées à partir du IVe siècle favorisés par la reconnaissance de la religion chrétienne par l’empereur Constantin. C’est d’ailleurs saint Materne qui est retenu pour avoir été le premier évêque puisqu’il siège à Trèves considérée alors comme la capitale de la Belgique Première. Saint Servais, originaire de Syrie prend une résidence à Tongres, qui est alors la cité romaine la plus importante de notre pays. Mais certains historiens auraient retrouvé à Tournai la trace d’un prêtre nommé Piat qui a été, lui aussi, canonisé. Quant à Cambrai, qui deviendra un important siège épiscopal, on y signale un évêque dès 346.
On peut donc affirmer que la Belgique, à la fin de l’empire romain, compte trois diocèses. L’axe Tongres-Maastricht-Liège pour l’est de notre contrée, celui de Cambrai pour le milieu de notre pays actuel et enfin celui de Tournai à l’ouest.
Après saint Materne, de nouveaux missionnaires
Par la suite, et après les invasions des peuples germaniques, le christianisme se répand dans toutes les régions. La célèbre conversion de Clovis, le roi des Francs, en 498, et de ses troupes contribue à une expansion plus rapide encore. Mais le travail d’évangélisation doit encore se réaliser en profondeur. C’est ainsi que sous l’impulsion des rois mérovingiens et des maires du palais, apparaissent de nouveaux missionnaires. Il s’agit de moines écossais et irlandais, particulièrement actifs à cette époque, tout comme les Anglo-Saxons et les Aquitains qui vont s’appliquer à construire des monastères importants tout en favorisant l’économie locale. Des villes comme Mons, Soignies, Nivelles, Saint-Hubert, Stavelot sont fondées au VIIe siècle sous leur impulsion.
Les maires du palais installés à Herstal, dont est issu Charlemagne, favorisent une première unification des territoires éparpillés en baronnies locales et participent ainsi à l’essor de l’Eglise avec laquelle la société civile resserre davantage les liens. Le couronnement en Noël 800 de Charlemagne par le pape Léon III à Rome en est un des ciments.
Le temps des abbayes
Vers l’an mille, Notger au faîte de sa puissance et grâce au soutien qu’il apporte à l’empereur Otton II et au pape, dans leur désir d’unifier davantage l’Europe, reçoit le diocèse de Liège, érigé en principauté. Il en fait une cité particulièrement florissante sur le plan culturel et artistique. C’est le temps des premières grandes abbayes comme Gembloux ou Saint-Gérard que rejoindront au XIIe siècle Villers-la-Ville, Val-Dieu, Orval ou le Val Saint-Lambert grâce aux cisterciens tandis que les prémontrés s’installent à Bonne-Espérance, Averbode ou encore à Leffe, entre autres…
Sur le modèle du plan basilical
L’église à plan basilical, telle que vont la développer les Carolingiens, va servir de modèle de base aux édifices religieux du haut Moyen Age. Dorénavant, elle compte plusieurs autels ainsi que des tours abritant les cloches pour inviter les fidèles à se rendre aux offices religieux, mais aussi pour leur signaler un incendie voire une attaque ennemie. Quelles que soient ses dimensions, l’église s’entoure de petits cloîtres, d’une sacristie et de logements pour ceux qui la desservent. Ces annexes étaient évidemment beaucoup plus importantes autour des cathédrales.
On peut y trouver en outre une école, une bibliothèque, des locaux destinés à accueillir les trésors des objets et les ornements religieux. Ainsi que des chambres destinées à recevoir des pèlerins ou des pénitents qui peuvent aussi loger dans les hospices abritant en priorité les malades. Sans compter le cimetière. Le parvis joue lui aussi un rôle important car s’y jouent les Mystères, ces pièces de théâtre mettant en scène des sujets religieux. On y rend aussi parfois la justice de l’Eglise. Toutes ces églises relèvent de l’autorité de l’évêque qui en autorise la construction. Mais certains seigneurs passent outre et décident par eux-mêmes d’ériger une église ou une chapelle créant ainsi des conflits avec les tenants du pouvoir ecclésiastique.
Le style roman
Le matériau utilisé est de proximité. Les abondantes forêts fournissent le bois des charpentes, tandis que des milliers de carrières sont exploitées pour les pierres. Dans son ouvrage, Les bâtisseurs de cathédrales (Le Seuil, 1958) Jean Gimpel note: "De 1050 à 1350, la France a extrait plusieurs millions de tonnes de pierres pour édifier 80 cathédrales, 500 grandes églises et quelques dizaines de milliers d’églises paroissiales. La France a charrié plus de pierres en ces trois siècles que l’ancienne Egypte en n’importe quelle époque de son histoire."
Entre le Xe et le XIIIe siècle, les églises sont de style roman. Cette architecture peut certes prendre des formes diverses suivant les régions mais elle a des points communs comme la pierre taillée, des chapiteaux historiés qui contiennent des sculptures ou des peintures de scènes humaines ou religieuses. De là partent les voûtes en berceau, avec des arcs en plein cintre, sans la brisure comme plus tard dans l’art gothique. Le plan adopte la croix latine avec une à trois nefs que termine une abside, selon l’importance de l’édifice.
Dossier réalisé par Hervé GÉRARD
