
C’est devenu une tradition. En ce mois de novembre, pour la quatrième année consécutive, l’Eglise catholique de notre pays publie son rapport annuel. L’initiative doit être saluée. Pour (au moins) deux raisons.
Sur le plan interne, tout d’abord. En communiquant de manière systématique et transparente, l’Eglise invite chaque chrétien à élargir l’horizon de son petit clocher, à dépasser les frontières diocésaines et linguistiques. Elle lui permet de se sentir membre d’un corps plus large – et même de cultiver la fierté d’être chrétien. Elle invite aussi chacun à réfléchir à l’avenir de l’Eglise. Chiffres à l’appui, nous pouvons mieux percevoir les mutations et les défis de notre temps. En ces mois de dialogues synodaux, c’est particulièrement précieux.
Sur le plan externe, ensuite. Ce rapport rappelle à tous que, collectivement, l’Eglise est un acteur majeur de notre société. Et un acteur engagé en faveur du bien commun. En l’occurrence, ce rapport montre avec force que le souci du plus fragile figure dans l’ADN du chrétien. Et que l’engagement, professionnel ou bénévole, de personnes et d’associations inspirées par l’Evangile a eu un effet puissant au cœur de la pandémie.
L’exercice présente aussi des limites, soyons-en conscients. En particulier dans l’usage et la signification accordée aux chiffres. Parmi d’autres choses, on nous annonce 4.587 bénévoles dans les équipes pastorales des établissements de soin, 150 personnes intéressées par la Communauté du Chemin Neuf, ou encore 7.413 catéchistes. Bien sûr, si l’Eglise ne communiquait pas de chiffres, on le lui reprocherait. Mais est-il pertinent de donner des chiffres parfois très précis lorsque l’on sait la difficulté à les recenser d’une part, et le caractère si fluctuant de certains engagements d’autre part?
Un autre risque existe, qui consisterait à réduire la pertinence de l’Eglise à l’ampleur de son action. Et même, à ne voir en l’Eglise qu’une organisation. Qui fait. Et dont l’action seule suffirait à justifier l’existence. L’Eglise est engagée au cœur du monde, et c’est primordial. Mais en ces temps troublés, elle est aussi attendue sur sa façon d’être. Sur sa capacité à être porteuse de sens, messagère d’espérance, signe d’amour. Des dimensions essentielles. Qui peuvent changer des vies. Et qui se situent bien au-delà des chiffres.
Vincent DELCORPS
