L'idée originelle - vite devenue péché - du bourgmestre de Tintigny, Benoît Piedboeuf, ne manquait pas d'allant: il s'agissait pour ce membre du MR, parti laïc s'il en est, de tenir un conseil communal dans l'église Notre-Dame-de-l'Assomption afin de présenter l'état d'avancement des travaux de restauration du vénérable édifice. "Pas possible" ont rappelé les autorités religieuses.
L'église de Tintigny daterait, selon une source, de 1602, voire de 1570 comme en attesterait l'inscription sur la clé de voûte, «Dieu voy tout», une orthographe remontant au XVIe siècle. L'église s'articule sur du roman, du néo-gothique et du néo-classique. Elle abrite un remarquable mobilier baroque, sans doute parmi les plus intéressants dans la province du Luxembourg. En toute logique, le bâtiment remarquable a fait l'objet d'un classement qui lui vaut aujourd'hui des travaux de rénovation pour un montant de quelque 185.000 euros, largement subventionnés.
Mais si «Dieu voy tout», le maire -terme courant en terres gaumaises- n'y a vu que du feu. Jamais il n'avait imaginé le courroux ecclésial de sa volonté de présider le conseil communal sous les voussures de Notre-Dame-de-l'Assomption. Un conseil communal tenu dans un lieu de culte, ni plus ni moins.
Sûr de soi, le libéral, pour sa trouvaille politico-culturelle, avait reçu la bénédiction, d'une part de la fabrique d'église, d'autre part du prêtre nouvellement installé à Tintigny, l'abbé Chrétien Ekumé Azali.
Rigorisme
De là à confondre le discours au prêche, la tribune à la chaire? Dans la région immédiate, le sang du vicaire épiscopal Roger Gobert, également doyen de Habay, n'a fait qu'un tour. L'information a circulé dans le microcosme pour titiller ensuite l'oreille du chanoine Jean-Marie Huet, vicaire épiscopal chargé aussi des affaires juridiques. Celui-ci n'a pas tardé à sermonner le bourgmestre. «L'église, lui dit-il en substance, est exclusivement réservée à l'exercice du culte». Quand bien même le bâtiment entre-t-il dans le patrimoine communal, ceci «ne donne aucun droit à la commune d'y organiser selon ses désirs d'autres activités que le culte. Nous ne pouvons obliger sous aucun prétexte une personne d'autre conviction que catholique à entrer dans une église. Il en va du respect de la liberté de chacun.»
Le chanoine s'appuie sur la loi selon laquelle, fermée ou en restauration, un édifice religieux affecté au culte reste «un bâtiment du culte». En réalité, précise-t-il, il ne s'agit pas réellement d'une loi précise, mais davantage d'une convergence de dispositions légales reconnues tant par l’Église que par l’État, dont on connaît la séparation. Il ne peut dès lors s'y tenir une «réunion à caractère politique ou administratif».
Pourtant, Benoît Piedboeuf assure n'avoir rencontré aucune objection ni «remarque désobligeante» sur son projet. D'autant, ajoute-t-il, que, en raison des travaux toujours en cours, l'autel et la bougie allumée en permanence -symbole de la présence physique de Dieu dans le tabernacle- ne sont pas encore en place.
En dépit de l'exigence ecclésiale, Benoît Piedboeuf, dans un premier temps, avait maintenu sa décision. Avant de capituler «tout en regrettant le rigorisme cultuel inhabituel à Tintigny». Bien plus que la loi, le maire voit dans sa démarche vis-à-vis de l'évêché le respect de la bienséance. Et de glisser malgré tout: «nous ne manquerons pas, à l'avenir, d'oublier l'esprit pour en revenir aux mots. Nous allons remplacer ce moment teinté d'esprit pratique, de sens du devoir patrimonial et d'intelligence consensuelle par une réunion virtuelle».
L’Église soupçonne sans doute un coup de com' de l'homme politique soucieux de montrer au plus grand nombre son activité à la tête de la commune, fût-ce dans un bâtiment religieux. Ce, au moment où les strictes règles sanitaires empêchent les fidèles de se rassembler comme ils l'entendent à l'occasion des cérémonies religieuses.
Lundi 14 décembre, le conseil communal s'est donc finalement tenu sur un mode virtuel. S'ajoutait à l'ordre du jour la prestation de serment d'Adeline Bechet: un baptême politique en quelque sorte, mais bien loin des fonts baptismaux. N'aurait plus manqué que cela.
Michel Petit
Photo: Le choeur de l'église de Tintigny (Adélaïde Gen — CC BY-SA 3.0)
L'idée originelle - vite devenue péché - du bourgmestre de Tintigny, Benoît Piedboeuf, ne manquait pas d'allant: il s'agissait pour ce membre du MR, parti laïc s'il en est, de tenir un conseil communal dans l'église Notre-Dame-de-l'Assomption afin de présenter l'état d'avancement des travaux de restauration du vénérable édifice. "Pas possible" ont rappelé les autorités religieuses.