Catéchèse, pastorale de la personne handicapée, funérailles en l’absence de prêtre… Annick Lebailly a suivi durant des années des chemins variés au sein du diocèse de Tournai et de sa paroisse. Avec toujours un point commun: se mettre au service des autres.
Agée de 63 ans, mariée, maman de trois enfants et heureuse grand-mère de deux petits-enfants, Annick a toujours eu la vocation du service des autres. Assistante sociale de formation, elle s’est engagée un peu par hasard au service de l’Eglise, lorsque son fils lui a demandé si elle ne pourrait pas faire la catéchèse. "J’ai appris avec les enfants", sourit-elle. "On apprend, on vit, on se forme, on est appelé ailleurs. Ça fait partie de moi."
En 2014, elle devient animatrice pastorale. Au sein du service Santé du diocèse de Tournai, elle s’occupe d’Aiguillages, la pastorale de la personne handicapée. Elle y met en place de nombreuses activités et des rendez-vous aujourd’hui incontournables, comme la Marche Pèlerine annuelle avec différentes institutions du Hainaut.
Accompagner les funérailles
Lorsqu’elle quitte sa mission pour raison de santé, quelques années plus tard, elle ne cesse pas pour autant ses activités au sein de l’Eglise et se met au service de sa paroisse. Avec une différence: "Avant, c’était mon ‘boulot’. En tant qu’animatrice pastorale, il y a quand même cette notion de mission. Ce n’est pas une contrainte, mais c’est une mission, je dois faire des choses précises. Maintenant, c’est différent. C’est un choix."
Après une formation, elle est devenue, il y a un peu plus de dix ans, conductrice de funérailles en l’absence de prêtre. Toujours en binôme, elle rencontre les familles et prépare avec elles la célébration. "Un binôme, c’est important. Quand l’un n’est pas en paix avec ce qui se dit, l’autre est là pour prendre le relais." Les demandes allant croissant, le binôme qu’elle forme actuellement sera bientôt renforcé avec l’arrivée de deux autres personnes au sein de l’équipe paroissiale.
Lors de ces rencontres, Annick est souvent confrontée à des personnes vivant éloignées de l’Eglise. "C’est nécessaire d’avoir des contacts avec ces personnes. Je trouve que la relation est différente, il y a une façon de vivre sa foi qui est différente avec elles. Il y a aussi cette confiance: les gens qui nous reçoivent confient à des personnes qui ne sont pas prêtres le soin de conduire les funérailles de quelqu’un de très cher. Il faut vraiment faire confiance! C’est la base de tout. Et ça montre une grande ouverture de ces familles, parfois bien plus grande que chez nos paroissiens."
Naissance d’une Cordée
Durant la pandémie de Covid, une autre idée germe dans son esprit: créer dans son Unité pastorale une équipe pour l’accompagnement de la personne handicapée. "J’avais vraiment envie de reprendre quelque chose avec les personnes handicapées. Je trouve que je n’avais pas vraiment été jusqu’au bout avec Aiguillages. Et il manquait quelque chose en ce sens dans notre UP."
A l’occasion d’un Job Day organisé en 2025 par l’UP de Belœil-Bernissart, elle soumet l’idée à son curé, l’abbé Yves Verfaillie. "Il y a eu des réponses de personnes qui voulaient collaborer dans ce sens-là. On a donc mis en place une équipe de huit personnes. On travaille avec les institutions, on en a beaucoup sur notre unité pastorale." Ainsi naît l’équipe de La Cordée, dont elle devient responsable.
Depuis ce début d’année, l’équipe propose aux institutions de participer à des animations de près de deux heures et demie, environ six fois par an, en suivant le calendrier liturgique. "On a finalement eu d’excellentes réponses d’institutions qui pouvaient sembler un peu fermées, mais qui sont venues nous rejoindre."
Des institutions qui sont également invitées aux différentes activités organisées par la paroisse, comme Holy Wins ou des séances de cinéma. Lors du Vendredi saint, le chemin de croix de Quevaucamps a été travaillé tout spécialement pour accueillir des personnes handicapées. "Le but, c’est l’inclusion", insiste Annick, "mais nous commençons doucement."
Les premières rencontres ont eu lieu autour de l’Epiphanie et de Pâques, chaque fois sur un thème bien précis et autour d’un personnage central. Un moment de prière est organisé mais libre à chacun d’y participer ou non. "Une personne musulmane s’est jointe à nous. Elle a pris la corde et voulait participer, parce que sa spiritualité n’était pas reconnue au sein de l’institution", nous explique notre interlocutrice.
Pourquoi La Cordée? Parce que deux cordes sont utilisées pendant les rencontres, l’une tressée par une personne membre de l’équipe et l’autre par une personne non-croyante. "Cette corde, on la relie, on la prend ensemble. Comme ça, ceux qui n’ont pas accès à la parole prennent la corde et sont avec nous à ce moment-là. C’est pour ça qu’on s’appelle La Cordée, parce qu’en fait, on est tous ensemble et on est liés par la corde."

Vers un service plus grand?
Au fond, la vocation d’Annick est tout ce qui touche au social. Elle l’admet, elle regrette de ne pouvoir, en tant que femme, accéder au diaconat et servir davantage l’Eglise et son prochain. "Si j’avais pu, c’est vraiment une vocation pour laquelle je me serais donnée tout à fait, ça c’est clair. Mais je crois que je ne le verrai jamais."
Même si elle concède que l’Eglise est encore loin de permettre à des femmes de célébrer, elle est persuadée que le diaconat féminin pourrait être un plus: "Je pense qu’il y a une sensibilité féminine dont le monde a besoin. Ça, j’en suis persuadée. Vraiment."
Marie LEBAILLY, Diocèse de Tournai
