Le "marathon apostolique" effectué par Léon XIV en Afrique, du 13 au 23 avril dernier, a révélé sa véritable stature à l’Eglise et au monde : celle d’un pape missionnaire au discours courageux et aux gestes prophétiques, chaleureux dans sa réserve et à l’aise avec le Peuple de Dieu.
Avant l’Afrique, il y a eu le Moyen-Orient et Monaco. Pour son premier déplacement hors d’Italie, en tant qu’évêque de Rome, Léon XIV s’est rendu en Turquie fin novembre 2025, à l’occasion des 1.700 ans du premier concile œcuménique de Nicée. Le moment fort de cette visite fut la récitation commune du Credo au côté du patriarche orthodoxe Bartholomée, et en présence de responsables des principales autres Eglises chrétiennes. A relever: l’engagement du pape à poursuivre le chemin œcuménique vers l’unité, mais aussi l’appel à la fraternité universelle, notamment avec les autres religions. Quelques jours plus tard, il était au Liban pour réconforter ses habitants, en particulier les chrétiens, et pour appeler à la paix à travers la réconciliation et la rencontre.
Deux sortes de périphéries
Avec le recul, ce premier voyage, passé relativement inaperçu, portait les prémices de ce qui allait marquer ce début de pontificat, et qui s’est pleinement révélé lors de son voyage en Afrique. Mais avant, le pape Léon s’est rendu à Monaco, le 28 mars dernier. Un déplacement qui n’a pas été planifié longtemps à l’avance et qui a intrigué les commentateurs. Peut-être faut-il y voir une attention à une autre sorte de périphérie : celle des plus fortunés de ce monde, que le souverain pontife a clairement engagé à la responsabilité sociale qu’implique leur statut de privilégiés.
Mais c’est à travers son périple africain que Léon XIV a dévoilé sa véritable stature, celle d’un missionnaire du Christ – ce qui est d’ailleurs sa vocation première en tant que religieux augustin. En Algérie, une périphérie de l’Eglise cette fois, où il était le premier pape à se rendre, il a encouragé les chrétiens minoritaires en leur montrant la voie à suivre en terre d’islam : celle du dialogue, qui est en soi un témoignage de l’Evangile.
Face au pouvoir corrompu, le Christ comme force de conversion
Au Cameroun, où les catholiques représentent près de 30% de la population, le pape Léon a montré que sa douceur "désarmée et désarmante" rimait avec clarté : devant les autorités du pays, il n’a pas hésité à dénoncer fermement la corruption, l’abus de pouvoir, martelant que la justice et le respect des droits humains sont les conditions indispensables de la paix. Outre cette dimension politique, le pape a montré son souci des périphéries humaines. Que ce soit au Cameroun, en Angola ou en Guinée équatoriale, où il a visité un orphelinat, des hôpitaux, une prison… Dans ces trois pays, il a aussi manifesté un souci constant pour les jeunes, souvent déboussolés et poussés à quitter leur pays pour des raisons économiques…
Et inlassablement, il a rappelé la présence du Christ au cœur des épreuves et la "force dans la faiblesse" qui est celle de l’Evangile. Une force de conversion, seule à pouvoir transformer les sociétés en profondeur, à travers la recherche du bien commun et du développement intégral de l’humain.
Christophe HERINCKX
