Opinion : Le célibat obligatoire des prêtres n’est pas un dogme. Mais quand même, quelle étrange vision de la synodalité!


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Opinion : Le célibat obligatoire des prêtres n’est pas un dogme. Mais quand même, quelle étrange vision de la synodalité!
Prêtres lors du jubilé à Rome, en Juin 2025 ©Hannosset - Jean Stemler, Chroniqueur
Par Jean Stemler
Publié le - Modifié le
7 min

L’annonce de l’évêque d’Anvers d’ordonner des hommes mariés relance un débat ancien mais sensible au sein de l’Église. Si la question du célibat sacerdotal relève de la discipline et non du dogme, la méthode interroge : jusqu’où peut aller l’initiative individuelle sans fragiliser l’unité ecclésiale ? Une opinion de Jean Stemler, jeune papa engagé dans la vie de l'Eglise.

Voici qu’un évêque annonce qu’il « fera tout » pour procéder à des ordinations sacerdotales d’hommes mariés d’ici 2028. Cette annonce a suscité de nombreuses réactions chez les croyants, dans le monde profane et même au-delà de la Belgique. Elle mérite donc que l’on s’y arrête.

Ce n'est pas dogmatique

Tout d’abord, dans l’Église latine, le célibat obligatoire pour les prêtres n’est pas une vérité de foi, c’est une discipline progressivement établie à mesure des siècles avant d’être formalisée au 1er concile de Latran au XIIe siècle. Un évêque peut donc être favorable à l’ordination d’hommes mariés sans rompre l’unité de l’Église, car ce n’est pas dogmatique.

Mais une chose est de donner son avis sur une question qui relève de la discipline, une autre serait de défier Rome en ordonnant des viri probati (« hommes éprouvés ») sans l’aval du pape et de l’Église universelle, en s’appuyant sur l’éthique du fait accompli : "Maintenant que c’est fait, qu’allez-vous faire ?"

Un simple effet d'annonce?

Alors la déclaration de l’évêque d’Anvers est-elle un simple effet d’annonce qui ne donnera pas de suite ou la menace d’un passage à l’acte imminent ? Monseigneur Bonny s’était déjà illustré en étant l’initiateur, pour les évêques flamands, d’une prière pour les couples homosexuels très ouverte, qui a été par la suite recadrée par Fiducia supplicans du pape François, qui encadrait plus fermement cette nouveauté pastorale.

Étonnamment, l’évêque d’Anvers déclare se situer dans la dynamique du synode sur la synodalité pour expliquer sa démarche, allant jusqu’à dire : "Il est illusoire de croire qu’un véritable processus synodal et missionnaire en Occident a encore une chance de réussir sans ordonner également des hommes mariés comme prêtres." Mais le synode a refusé de prendre position sur le sujet : le document final de fin 2024, ne recommande pas d’ordonner des hommes mariés. Doit-on en comprendre que l’avis du sensus fidei c’est bien, l’avis de Monseigneur Bonny c’est mieux ? Quelle étrange vision de la synodalité.

Le pape François lui-même avait dit : "Je préfère donner ma vie que de changer la loi du célibat." Ne serait-ce pas du cléricalisme que d’imposer sa vision à l’Église universelle alors qu’elle est en pleine phase de discernement sur le sujet ?

Maintenant, profitons-en pour lever certaines ambiguïtés que l’on peut lire sur le sujet.

"Le célibat n’est indiqué nulle part dans la Bible"

C’est super de revenir à la Bible, mais c’est toujours mieux de la lire avant : Matthieu 19,12 : « Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par les hommes ; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne. »

Ou saint Paul aux Corinthiens 7,34 : "J’aimerais vous voir libres de tout souci. Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur, il cherche comment plaire au Seigneur."

Bien entendu, il y a un contexte autour de la lettre de saint Paul, qui pensait que le salut était pour son époque, mais le célibat a toujours eu une place privilégiée dans le cœur de l’Église. Des Pères du désert aux moines et aux moniales, le célibat a toujours été vu comme un trésor, trésor de disponibilité et de témoignage. Le prêtre, dans l’espérance du Royaume qui vient et des noces célestes, fait le choix radical de se donner entièrement dans la communauté et dans le célibat. En se privant de l’amour d’une conjointe, il s’en remet entièrement à l’amour de Dieu et devient donc témoin de cet amour pour le monde. Si Dieu ne nous aime pas, le célibat pour le Royaume n’a aucun sens.

"Le célibat est une question historique d’héritage"

On affirme parfois que si l’Église a rendu le célibat obligatoire, c’est pour empêcher les prêtres d’avoir des enfants et ainsi récupérer leurs héritages pour elle-même… Mais grossièrement, par le passé, le fils aîné héritait, le second s’engageait à l’armée et le troisième se consacrait à la prêtrise (étrange vision de la vocation, mais c’est un autre sujet). Donc l’héritage d’une famille ne disparaissait pas dans les caves du Vatican après la mort de son enfant prêtre, rassurez-vous. Cependant, à l’époque, on pouvait être évêque de père en fils ou plutôt on pouvait voir des familles posséder des diocèses ou des palais épiscopaux. Avoir un fils évêque devenait donc une manière d’augmenter le pouvoir et l’influence familiale, un pouvoir qu’on souhaitait garder de génération en génération. L’idée n’était donc pas de transmettre les biens de la famille à l’Église, mais d’empêcher la transmission des biens ecclésiastiques aux héritiers familiaux. Ce n’était peut-être pas si bête, non ?

"On ne peut pas imposer le célibat aux prêtres"

Il faut le rappeler encore : le célibat est librement choisi par les candidats au sacerdoce dans l’Église latine. Un séminariste qui n’est pas appelé au célibat discernera avec son accompagnateur spirituel et ses formateurs (le discernement n’est pas juste personnel mais doit s’exercer en Église) qu’il n’est pas appelé à devenir prêtre ici. Le Seigneur appelle des hommes célibataires au sacerdoce dans notre Église. D’ailleurs, des discussions qu’on peut avoir avec des prêtres, la difficulté n’est pas tant de choisir librement et d’un cœur joyeux le célibat lors de l’ordination diaconale, mais d’y rester fidèle (tiens, les maris disent souvent pareil semble-t-il). Dans les Églises orientales aussi, même si les prêtres et les diacres sont souvent mariés, les évêques sont choisis uniquement parmi les célibataires et le célibat des prêtres est très à l’honneur dans celles-ci.

"La fin du célibat des prêtres sera une réponse à la crise des vocations"

Pour répondre à cet argument qui limite l’appel et la vocation à une réalité managériale de recrutement, je vous renvoie au podcast sur RCF Bruxelles d’Isabelle Detavernier, présidente de l’EPUB (Églises Protestantes Unies de Belgique), qui parle de la crise de vocation qu’ils traversent dans l’église protestante alors qu’ils ont des pasteurs mariés ou femmes ; il me semble qu’il y a matière à réflexion.

Car la crise des vocations est d’abord une crise de foi dans la société et dans nos familles. Si l’on ne croit plus en Dieu, en quoi ordonner des hommes âgés peut-il régler le problème sur le long-terme ?  L’abbé Clément Barré disait ainsi : « Les vocations sacerdotales naissent d’abord dans les familles chrétiennes. Appeler les pères, voire les grands-pères, à occuper la place que leurs enfants n’ont pas prise revient à reconnaître l’échec de la transmission de la foi. C’est aussi déresponsabiliser les foyers chrétiens de leur mission première, celle de faire naître, par une vie de foi cohérente et exigeante, des appels au sacerdoce et à la vie consacrée. »

Prenons soin de nos prêtres!

Pour finir, je voudrais inviter particulièrement les lecteurs qui voient les bienfaits pour nos communautés du célibat obligatoire dans l’Église à prendre soin de nos prêtres. S’en remettre à l’amour de Dieu dans le célibat peut créer une vulnérabilité et parfois une faiblesse qui permet au Seigneur d’agir dans leur vie : "Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse" (2 Corinthiens 12,9). Mais ce n’est pas toujours facile à porter : pensons à les inviter régulièrement, à développer des amitiés avec eux dans lesquelles ils se sentent libres de déposer leur charge de curé ou de vicaire pour parler librement de leurs difficultés. Ils n’ont pas de femmes pour penser à leur anniversaire d’ordination ou avec qui partager leur galère de tous les jours, soyons attentifs à cela.

Merci enfin à vous, chers prêtres, pour le don de vos vies. Merci pour votre disponibilité liée à votre engagement qui vous permet d’être à entièrement donnés pour vos paroissiens. On vous aime et on prie pour vous. Merci de témoigner de l’amour de Dieu, même avec vos difficultés et vos doutes. Surtout n’hésitez pas à faire toujours plus appel à nous dans une démarche synodale, et comptons sur chacun d’entre nous pour répondre positivement à cet appel !

Jean STEMLER


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