Carte blanche : des prêtres mariés pour une Église plus proche de « ses brebis »


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Carte blanche : des prêtres mariés pour une Église plus proche de « ses brebis »
Ordination sacerdotale de Wouter Druwé à la cathédrale d'Anvers par Mgr Bonny (Photo de Noor - Unité pastorale Sainte-Marie-Madeleine) - Lionel Jonkers - Montage ©CathoBel
Par Lionel Jonkers
Publié le - Modifié le
4 min

Alors que Mgr Johan Bonny relance en Belgique la question de l'ordination d'hommes mariés, le débat sur les "viri probati" revient au premier plan. Professeur de religion catholique, Lionel Jonkers plaide pour un ministère plus incarné, enraciné dans l'histoire de l'Église et attentif aux réalités humaines du peuple de Dieu.

Titre original : Lettre ouverte : Avoir « l'odeur de ses brebis » : le plaidoyer pour les prêtres mariés

Récemment, Mgr Johan Bonny, évêque d'Anvers, a exprimé son désir de pouvoir ordonner prêtres des hommes mariés, projetant cet horizon vers 2028. Je tiens à saluer cette prise de parole courageuse qui s'inscrit dans la juste ligne de la Conférence épiscopale de Belgique, laquelle a plaidé pour l'ordination de viri probati.

Une tradition d'Église plus nuancée qu'il n'y paraît

Face à cette perspective inédite pour l'Église latine, d'aucuns se laissent paralyser par la peur, y voyant la faiblesse d'une hiérarchie désorientée qui succomberait à la mondanité ou au protestantisme. Or, le véritable discernement invite à dépasser ces craintes. Cette vision réductrice oublie la richesse de nos Églises orientales qui, en pleine communion avec Rome, maintiennent cette tradition ininterrompue. Plutôt que d'y voir une rupture, ne pourrions-nous pas envisager que cette ouverture rejoigne le dynamisme apostolique des origines ?

La pédagogie divine nous montre d'ailleurs qu'une part non négligeable du clergé de la première chrétienté était mariée. L'Évangile mentionne la belle-mère de Pierre, et saint Paul donnait des conseils sur la façon dont un évêque ou un diacre devait gérer son foyer*. Le choix de l'Église se portait alors sur un pasteur incarné, immergé dans la pâte humaine et partageant la condition de son peuple. C'est là une institution qui n'a pas peur de l'humain, mais qui y trouve le lieu même de la Révélation.

Le célibat sacerdotal : une discipline façonnée par l'histoire

Ce n'est qu'au tournant du XIIe siècle, animée par un souci de pureté cléricale lié à la réforme grégorienne, que l'autorité ecclésiastique a érigé la figure du moine en idéal exclusif. Avec les conciles du Latran (1123 et 1139), une loi disciplinaire s'est figée, rendant le mariage des prêtres invalide. Pour imposer cette norme, l'institution s'est parfois laissée aller à une rigidité déshumanisante, brisant des mariages et déclarant des enfants illégitimes pour protéger son patrimoine.

Aujourd'hui, il convient de regarder notre réalité pastorale avec lucidité et compassion, loin de tout déni. J'ai rencontré des prêtres traversant l'épreuve d'une terrible solitude dans leur presbytère, n'ayant personne avec qui partager le fardeau du jour. D'un autre côté, j'ai croisé des hommes formidables qui ont quitté le ministère pour répondre à l'appel d'un amour conjugal. Cette situation exige non pas le jugement, mais un respect authentique. Dieu se trouve aussi dans la vérité de ces parcours.

Un appel spécifique qui ne se réduit pas au diaconat

Le discernement ecclésial nous invite certes à reconnaître la grâce du diaconat permanent. Toutefois, ce ministère atteint une limite sacramentelle : la réconciliation et la présidence de l'Eucharistie demeurent confiées au seul prêtre. Or, l'appel au sacerdoce, ce besoin viscéral d'être instrument de miséricorde, constitue une motion spirituelle spécifique qui ne saurait être diluée dans le diaconat.

S'arc-bouter sur une tradition disciplinaire réaffirmée avec force au concile de Trente, au détriment de l'élan pastoral des origines, n'est-ce pas manquer de liberté spirituelle ? N'est-ce pas refuser un ministère qui s'enrichirait de la grâce d'un mariage vécu dans la foi ? Bien sûr, cela exigera une juste distance pour éviter l'écueil d'une épouse obligée de jouer les « premières dames ». Mais la vraie question est celle de l'audace prophétique. Ces hommes appelés auront besoin d'une immense solidité pour affronter l'incompréhension de certains confrères ou les attaques d'une frange identitaire confondant l'Église avec les formes du passé. Il leur faudra un courage peut-être plus grand encore que celui de Mgr Bonny.

Je garde en mémoire les mots d'une élève : « Si vous étiez prêtre, on viendrait à la messe ». Cette réflexion lumineuse nous renvoie à la finalité de la vocation : qu'est-ce qui fonde l'autorité véritable d'un pasteur ? N'est-ce pas, à l'image du Christ, sa capacité à avoir « l'odeur de ses brebis » pour rejoindre, comprendre et relever le peuple qui lui est confié, qu'il soit marié ou célibataire !

  • Mt 8,14 ; Mc 1,30 ; Lc 4,38. ** 1 Tm 3,2-4;12.

Lionel Jonkers, professeur de religion catholique

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Catégorie : Opinions

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