L’évêque d’Anvers, Mgr Johan Bonny, veut ordonner prêtres des hommes mariés à l’horizon 2028


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L’évêque d’Anvers, Mgr Johan Bonny, veut ordonner prêtres des hommes mariés à l’horizon 2028
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Dans une nouvelle lettre pastorale, publiée ce jeudi 19 mars, Mgr Johan Bonny trace la voie pour mettre en oeuvre le processus synodal dans son diocèse. Parmi ses propositions, une déclaration choc : l'évêque d'Anvers souhaite ordonner des hommes mariés au presbytérat à l'horizon 2028. Une possibilité débattue au synode sur la synodalité, mais pas adoptée dans ses conclusions. Cette prise de position suscitera-t-elle une réaction de Rome ?

Johan Bonny, l'évêque d’Anvers, souhaite ordonner des hommes mariés au ministère presbytéral. Une volonté affirmée explicitement dans la lettre pastorale qu'il a publiée ce jour : "Implementatie van het synodaal proces in bisdom Antwerpen" ("Mise en œuvre du processus synodal dans le diocèse d’Anvers"). Cette proposition choc qui ne correspond pas à la ligne officielle l'Eglise catholique romaine qui, jusqu'à présent, a toujours confirmé sa volonté d'ordonner des hommes célibataires au sacerdoce - du moins pour ce qui concerne l'Eglise latine.

Des accords avec les évêques belges et le Vatican

"Lorsque je visite des paroisses ou des unités pastorales" écrit Mgr Bonny, "je rencontre régulièrement des personnes que la communauté verrait volontiers comme de bons prêtres". De même, ajoute-t-il, "je connais moi-même de nombreux collaborateurs qui seraient tout à fait aptes à devenir prêtres. Pour ces raisons, je mettrai tout en œuvre pour ordonner d’ici 2028 quelques hommes mariés prêtres pour notre diocèse". L'évêque précise encore qu'il contactera "personnellement" ces hommes et "veillera à ce qu’ils disposent d’ici là de la formation théologique et de l’expérience pastorale nécessaires, comparables à celles des autres candidats au sacerdoce. Cette préparation se fera de manière transparente mais discrète, hors du regard des médias".

L’évêque ajoute encore que "les deux années à venir serviront également à assurer la communication nécessaire à ce sujet et à conclure des accords, tant avec la Conférence des évêques de Belgique qu’avec le Vatican, dans l’espoir que nous puissions apprendre les uns des autres à partir de nos expériences et de nos intuitions".

Dans le prolongement du processus synodal

Pour Johan Bonny, cette intention déjà bien étayée s'inscrit dans la prolongement du processus synodal lancé par le pape François : "La balle est désormais dans le camp des évêques locaux et de leurs Églises", écrit-il encore. Ils doivent éviter que les fidèles perçoivent le processus synodal comme inutile ou comme une répétition interminable d’'hypothèses abstraites' sans résultats. Ce risque n’est en effet pas négligeable".

La lettre pastorale contient également d’autres projets, notamment concernant le rôle des femmes dans l’Église : "Je veux continuer à promouvoir la coresponsabilité des femmes dans toutes les tâches pastorales et administratives, et à tous les niveaux de la vie ecclésiale". "Les femmes assument des responsabilités dans les paroisses et les unités pastorales", poursuit l'évêque. "Nous poursuivrons résolument dans cette voie, dans un dialogue synodal avec toutes les parties concernées. Une question difficile reste celle de l’accès des femmes au sacrement de l’ordination, en commençant par l’ordination au diaconat".

Tout en regrettant le refus de Rome d’ordonner des femmes au diaconat, l’évêque d’Anvers envisage de créer de nouveaux ministères institués accessibles aux femmes. Une possibilité qu’ouvre d’ailleurs le Document final du synode. Il annonce dès vouloir franchir "de nouvelles étapes dans le développement d’un ministère ecclésial accessible de manière égale aux hommes et aux femmes, et leur donnant une part égale dans le service pastoral et administratif de l’Église".

Si Mgr Bonny déclare situer son approche dans le contexte du processus synodal démarré en 2021, il faut rappeler que le Document final du synode, achevé fin 2024, ne recommande pas d'ordonner des hommes mariés - contrairement à ce qu'avait fait le synode sur l'Amazonie dans ses conclusions, fin 2019. Une proposition que le pape François n'avait cependant pas repris à son compte dans l'exhortation Querida Amazonia.

Quel impact de ces déclarations ?

Comment ces déclarations de Mgr Johan Bonny seront-elles perçues, chez nous, dans l'Eglise et la société ? Plusieurs évêques, par le passé, se sont exprimés en faveur de l'ordination d'hommes mariés à la prêtrise. Mais sans jamais déclarer vouloir franchir le pas.

Si la lettre de Mgr Bonny a suscité des commentaires dans différents médias, chrétiens ou généralistes, les évêques de Belgique n’ont pas réagi à sa proposition. De son côté, le Centre Interdiocésain des Laïcs (C.I.L.) a publié un communiqué rappelant qu’il a émis un souhait identique en 2019, en amont du synode sur l'Amazonie, en "constatant le manque de prêtres dans notre Eglise de Belgique". "Ce qui est autorisé dans les Églises catholiques orientales devrait l'être également dans l'Église catholique de rite latin", ajoute le communiqué.

Une décision du pape

L’évêque d’Anvers pourra-t-il mener à bien son projet d’ordonner des hommes mariés ? Dans le cadre de la discipline actuelle de l'Eglise concernant l'ordination des prêtres, seul le pape peut lever l'empêchement que constitue le mariage. Le code de droit canonique stipule en effet que "l'homme marié" ne peut recevoir l'ordination presbytérale (cf. canon 1042), et que seul le Siège apostolique peut accorder une dispense de cette "irrégularité" (cf. canon 1047). Mais le pape peut-il donner une telle autorisation de manière ponctuelle, sans autoriser l'ordination des hommes mariés pour l'Eglise latine dans son ensemble ?

L'autre option serait donc que la discipline change pour toute l'Eglise catholique, mais on voit mal comment celle-ci pourrait réformer sa position sur cette question d'ici 2028. Or, un tel changement nécessiterait, pour le moins, un nouveau synode et, par la suite, décision formelle du pape.

Johan Bonny a écrit vouloir se concerter avec les autres évêques de Belgique et avec le pape. A voir quels résultats les échanges à ces deux niveaux pourrait susciter. Si, d'aventure, l'évêque d'Anvers devait passer outre une autorisation du pape et effectivement ordonner prêtres des hommes mariés, il encourrait certaines sanctions pouvant aller jusqu'à l'excommunication au terme d'un procès canonique. Mais ce cas de figure est peu probable.

C.H. d'après otheo.be


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