Ce dimanche, lors de la célébration eucharistique, il a été annoncé que les (très charismatiques) frères Daniel-Marie et Jack quitteraient le couvent. Si ceux-ci ont largement contribué au rayonnement du lieu, ils ont aussi fait l'objet de divers signalements et plaintes.
Situé rue d'Artois, non loin de la Gare du Midi, le couvent Saint-Antoine est l'un des lieux catholiques les plus dynamiques et les plus fréquentés de la capitale - ce dimanche, environ 400 personnes y assistaient à la messe. ll est animé par une communauté de quatre frères franciscains appartenant à l'ordre des franciscains conventuels (à ne pas confondre avec les franciscains de l'ordre mineur, également présents à Bruxelles).
En juin dernier, on apprenait qu'une enquête préliminaire interne à la Custodie provinciale de France-Belgique était ouverte au sujet du frère (prêtre) Daniel-Marie, supérieur de la communauté, et de frère Jack.
Que leur reproche-t-on exactement ?
Le 24 décembre, la province publiait un nouveau communiqué. L'enquête semblait avoir confirmé la vraisemblance et le bien-fondé des accusations concernant le frère Daniel-Marie. On apprenait en effet que son dossier allait être transmis au dicastère pour la Doctrine de la Foi (un service du Saint-Siège) afin de "vérifier davantage la véracité des faits, l’imputabilité et la responsabilité des individus, et de permettre à nos confrères d’exercer leur droit à la défense". Frère Jack, pour sa part, faisait l'objet d'une admonestation canonique. Ce dimanche, pour la première fois, une parole publique a été exprimée au sein du couvent au sujet de la situation des deux frères.
Une lettre a ainsi été lue. Adressée à l'ensemble de la communauté, elle est signée par le frère Jean-François Marie, le supérieur provincial de l'Ordre. Le supérieur n'a rien caché de la situation délicate dans laquelle il se trouve ("L'exercice est complexe. Le discernement doit s'affiner sur ce qui est entendu"). Mais qu'est-il exactement reproché aux deux frères? Le supérieur ne le dit pas: "Il faut accepter de ne pas tout savoir ou de ne rien savoir", indique-t-il. Avant d'ajouter: "La bonne réputation de chacun doit être préservée. La présomption d’innocence demeure toujours."
Frère Daniel-Marie se fera un peu plus explicite: "Il y a eu des attaques médiatiques et des attaques personnelles contre frère Jack, moi-même, et encore deux autres frères [ndlr: n'appartenant manifestement pas au couvent Sain Antoine] à cause de notre façon de vivre notre apostolat." Les plaintes relèvent manifestement du domaine des abus spirituels - qui auraient notamment eu lieu lors de séances de délivrance et de guérison.
Un départ dès ce mercredi
C'est le Ministre Général, supérieur majeur de l'Ordre, qui a assuré le suivi général de l'enquête et décidé des sanctions. Frère Jack est ainsi appelé à prendre un temps de prière et de retrait au sein d'une (autre) communauté, pour une durée d'au moins un an. Vu que Daniel-Marie est prêtre, son dossier est transféré au Saint-Siège, qui pourrait ouvrir un procès canonique. Dans l'attente, Daniel-Marie est interdit de l'exercice de son ministère sacerdotal. Dès ce mercredi, il quittera la Belgique pour rejoindre un couvent italien. Il est toutefois possible qu'il revienne au couvent Saint Antoine par la suite - il a lui-même explicitement reconnu cette possibilité devant l'assemblée.
Bien qu'attendues depuis plusieurs mois, ces décisions plongent le couvent Saint Antoine dans une période d'incertitude. Refondé en 2012 suite à l'arrivée du frère Daniel-Marie, il n'avait cessé, depuis lors, de gagner en rayonnement - "en présentiel" mais également via les réseaux sociaux. "Le Couvent Saint Antoine est appelé à vivre - et continuera à vivre!", a encore indiqué le frère Jean-François Marie, en conclusion de sa lettre.
Vincent DELCORPS
