Prêtres africains de Belgique : trois avis sur une mission délicate


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Prêtres africains de Belgique : trois avis sur une mission délicate
Par Plusieurs lecteurs
Publié le
4 min

Il y a deux semaines, nous consacrions un dossier à la (difficile) intégration des prêtres africains en Belgique. Le sujet a suscité un vif intérêt et plusieurs réactions de la part de nos lecteurs. En voici quelques-unes.

"Nous les aimons et les remercions d’accepter cette mission"

Je voudrais vous remercier de tout cœur pour votre article sur les prêtres africains. Cette mise en mots d’une réalité qui fait partie de notre quotidien depuis que nous habitons Gembloux, était vraiment nécessaire, attendue et bienvenue.

Oui, nous sommes heureux d’être accompagnés par des pasteurs africains, qui nous apportent toute leur culture, leur chaleur humaine, leur bon sens et surtout, leur sens profond de la foi, telle qu’elle nous a été transmise par le magistère de l’Eglise.

Oui, nous les aimons et les remercions d’accepter cette mission ô combien difficile, peut-être plus que celle qu’ont assumée les premiers missionnaires européens dans leur propre continent. Aujourd’hui, ces nouveaux missionnaires sont confrontés à toutes les difficultés de la sécularisation, du matérialisme, à la fragmentation de notre société, mais pire, à la tiédeur d’une partie de l’Eglise et aux "hérésies" contemporaines.

C’est une véritable ré-évangélisation qui leur est demandée. Merci à eux!
Je vois cependant plusieurs dangers et écueils auxquels ils sont confrontés et qui leur demandent une grande vigilance:
- céder à la tentation du matérialisme, à l’appât du confort facile et, de ce fait, à l’affadissement de leur foi.
- céder à la pression de la bureaucratie et du légalisme de notre Eglise belge, par peur, par désir de s’intégrer, pour mettre sous le boisseau toute initiative d’évangélisation.
- céder à la tentation de se taire, de faire profil bas, pour ne pas "faire de vagues" et se faire accepter. 
- céder à la tentation d’un activisme dangereux au détriment du temps accordé à la prière et à l’intériorité – tentation qui guette d’ailleurs tous les prêtres européens aussi! (…)
J’aimerais les encourager à être audacieux, à ne pas avoir peur de dire la vérité du dépôt de la foi, comme certains en témoignent dans votre article. (…)

MS & JF Goffinet

"Tout cela complique singulièrement nos pratiques synodales"

Il est donc vrai qu’il nous faut accueillir les prêtres étrangers dans nos paroisses comme signe de l’universalité de l’Eglise, certes. Mieux les accueillir fraternellement puisqu’ils se sentent mal accueillis, disent-ils. (…) Mais les questions mériteraient d’être traitées dans leur complexité.

Est-il vrai que tous les prêtres africains sont détachés de leur diocèse d’origine de façon tout à fait désintéressée, quand nous apprenons qu’avec leur traitement, voire les caisses paroissiales, certains sont censés apporter des ressources aux membres de leur famille clanique – ce que nous devons comprendre – voire même à leur évêque en Afrique? N’est-il pas vrai que leur formation théologique n’est pas la même que celle pratiquée dans notre théologie critique en modernité?

Ou encore que certains se méprennent en revendiquant un statut social encore familier chez eux, du genre de celui que les prêtres autochtones entretenaient en période de société chrétienne, statut perdu chez nous, grâce à Dieu. Tout cela complique singulièrement nos pratiques synodales et amène des conflits qui obligent à transférer l’un ou l’autre dans telle autre paroisse où les mêmes difficultés vont se reproduire ailleurs. (…)

Pas question de soupçonner la profondeur et la simplicité de leur foi qui peut aussi donner des leçons à nos superficialités et nos ouvrir d’autres horizons, car universalité de l’Eglise ne dit pas uniformité mais dialogue des différences dans un modèle moins centralisé. Mais l’idée que notre crise des vocations n’en est pas une au motif que des prêtres venus d’autres cultures prendront la relève n’est pas tout à fait convaincante, dussent-ils me perpétuer une civilisation paroissiale dépassée. (…)

Chanoine Armand Beauduin

"Je pense que cette présence ‘massive’ voile la réalité"

A propos des articles concernant la présence de prêtres venus d’ailleurs dans nos diocèses, je m’avoue très déçu de ce que j’ai pu lire. Je pense que cette présence "massive" voile la réalité de nos communautés. Le manque de préparation et de ces prêtres et de nos communautés est flagrant. Un grand nombre de ces prêtres parlent un français tellement improbable que les gens n’essaient même plus de les écouter. Le père Bernard Lorent, qui manie bien la langue de bois – sinon la naïveté – effleure à peine le côté financier de la venue de ces prêtres. (…)

Un  ancien nonce en Afrique regrettait déjà il y a plusieurs années, qu’on vide l’Eglise d’Afrique de ses meilleurs éléments. Comment comprendre qu’un seul diocèse de Côte d’Ivoire envoie pour le moment plus de 30 prêtres dans le seul diocèse de Namur? "Concernant les prêtres africains dans notre diocèse, je crois qu’on s’est royalement trompés", m’avouait un vicaire général qui venait de quitter sa charge. Tout cela ne m’empêche pas d’entretenir des relations chaleureuses avec les prêtres africains de mon doyenné.

Abbé Bernard Saintmard

Catégorie : Opinions

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