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Depuis son élection, Léon XIV bénéficie d’une période de grâce sur le continent africain


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Depuis son élection, Léon XIV bénéficie d’une période de grâce sur le continent africain
© Vatican Media
Par Max-Savi CARMEL
Publié le
4 min

En 2013, l’Afrique avait accueilli avec enthousiasme l’élection de François, considéré comme favorable aux périphéries. Mais l’absence de prélats africains à la tête de dicastères et la publication du Fiducia Supplicans ont refroidi les ardeurs. Aujourd’hui, on espère surtout que Léon XIV donnera à l’Afrique une place plus centrale dans l’Eglise.

Sœur Marceline Ebia

Le 8 mai 2025: c’est en direct sur la page Facebook de la sœur Marceline Ebia qu’une partie des jeunes Africains apprennent l’élection du nouveau pape. "Hééééé, le nouveau pape est élu!" s’exclame-t-elle avant d’être rejointe par plusieurs dizaines de milliers de followers. Cette religieuse ivoirienne, très active sur les réseaux sociaux (226.000 abonnés sur TikTok), est une vitrine pour la jeunesse catholique du continent. Quelques minutes plus tard, un déchaînement de commentaires: les plus récurrents révèlent la déception de ceux qui attendaient un pape africain. Même si, en réalité, l’immense majorité des Africains étaient plutôt sceptiques sur cette question.

"Ce n’est pas encore le moment"

"Un pape africain? Je ne m’y attendais point", avance, auprès de Dimanche, le prêtre d’origine béninoise Gniwounon Corneille, fidei donum en Guyane française. Un avis partagé par l’immense majorité des prélats du continent. "On ne vient pas au nom de l’Afrique", avait précisé le cardinal Ambongo, en arrivant à Rome. "On représente l’Eglise universelle", insistait l’archevêque de Kinshasa pour qui, "le plus important est d’élire un bon pape", qu’il soit africain ou non.

Le cardinal Cristobal Lopez-Romero, archevêque de Rabat

La plupart des quinze cardinaux d’Afrique qui ont pris part au conclave le reconnaissaient en privé: "C’est tôt". Un avis d’ailleurs largement partagé au sein des clergés africains. "Ce n’est pas encore le moment", concède le cardinal Cristobal Lopez-Romero. L’archevêque de Rabat avait d’ailleurs lancé en amont du conclave: "Je ne suis pas candidat." Comme s’il croyait peu à l’élection d’un pontife venu d’Afrique. En attendant, depuis son élection, le cardinal Prevost devenu Léon XIV bénéficie d’une période de grâce sur le continent. Période de grâce qui, pour l’abbé Marcel, de l’Afrique centrale, rencontré à Rome, "doit être accompagnée rapidement d’actes concrets".

Discontinuité

Les religieux africains résidant à Rome figuraient sans doute parmi les plus sceptiques, quant à l’élection d’un pape africain. Pour l’abbé Stéphane Atchonou, "on ne pouvait pas avoir un pape africain maintenant". Etudiant à la Rote Romaine, ce jeune prêtre du diocèse d’Aného au Togo était dans la capitale italienne pendant le conclave. "Léon XIV, c’est aussi une certaine discontinuité avec François", remarque ce canoniste qui évoque le retour à l’appartement apostolique abandonné par l’Argentin pour illustrer le changement de ton. "Lors de sa première apparition, Léon XIV a mis l’étole rouge, contrairement à François", signe "d’un léger retour aux traditions", conclut l’abbé.

Pour de nombreux évêques africains, qui restent discrets sur le sujet, ce retour "donne le temps de digérer Fiducia Supplicans". Depuis l’autorisation émise par le pape défunt de bénir, de manière non sacramentelle, des couples de même sexe, une grande majorité d’Africains craignait un successeur "trop progressiste". "C’est mieux d’avoir un pape qui lève le pied sur la pédale du progressisme", se console Peter Opranah. Fidèle du diocèse d’Abuja, il est venu exprès du Nigeria pour assister à l’élection du nouveau pape. "1.750€ de billet d’avion pour ne pas avoir un pape africain…", regrette le sexagénaire, sympathisant du seul papabile de son pays, le cardinal Peter Ebere Okpaleke. Comme Opranah, la majorité des catholiques africains veulent que "l’Eglise ne précipite pas les réformes".

Optimisme

Etant donné qu’il fut longtemps missionnaire, "Léon XIV portera une attention pour l’Afrique et les terres de mission", se rassure le père Stéphane Atchonou. Un optimisme largement partagé. "Il aidera bien cette Afrique diversifiée à mieux vivre la collégialité", avance Tobit Arsène Afanchao. Ce prêtre du diocèse de Lomé s’attend à ce que le cap de la synodalité "soit maintenu" tout en espérant qu’à la lumière de "son maître, saint Augustin" – qui vient d’ailleurs d’Afrique –, la méthode de Léon XIV ne porte "une touche augustinienne, et donc méditative". La récente rencontre du pape avec des journalistes a plutôt eu un écho positif en Afrique, notamment quand il s’illustre en défenseur de la liberté de presse. Une liberté qui s’est fortement dégradée ces dernières années sur le continent.

A Kinshasa, le diocèse le plus catholique de l’Afrique, Reine Katanga, fidèle de la paroisse Sainte-Anne, espère "voir de plus en plus de cardinaux africains autour du pape". Le journaliste Lionel Ebo est aussi de cet avis. "Sans suffisamment de cardinaux, nous n’aurons pas notre pape", regrette le patron du quotidien béninois Le Matin. Quant au père Jean-Baptiste Malenge, il est très prudent. Le correspondant de Radio Vatican en République démocratique du Congo dénonce "une Afrique trop méprisée, notamment par les Africains eux-mêmes". Comme une façon, pour lui, d’expliquer la non-élection d’un Africain.

Max-Savi CARMEL, de retour de Rome

Catégorie : Eglise monde

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