Le 31 mai, au Vatican, l’artiste Hamsi Boubeker a offert au pape un tableau reprenant la main de François et symbolisant la paix. Pascale Otten, rédactrice en chef de la revue Rivages, était présente au moment de la remise. Elle est convaincue que l’art peut être au service d’un monde meilleur.

Nous vivons une période mouvementée où la paix en Europe est menacée et où beaucoup de guerres et de conflits s’enlisent. Trop de souffrances pour tant d’humains. Toutes les forces sont nécessaires pour tenter de renverser cette violence. Or, le passé nous montre que la force artistique, éminemment pacifiste, peut probablement apporter quelque chose à des situations de guerre ou de violence. Cela nous invite à nous interroger: comment les artistes travaillent-ils sur le thème de la paix? Plusieurs options s’ouvrent à eux; j’en présenterai deux.
Le choix de l’horreur
La première est de représenter le désespoir, l’horreur, passée au filtre de leur inspiration, peut-être pour "faire mémoire", provoquer un choc. Car les images impressionnent, comme le tableau de Goya Le 3 mai 1808, qui représente les patriotes fusillés à Madrid par l’armée française. Par son clair-obscur, ses couleurs lourdes, tristes, grises et terre, l’horreur, l’injustice est criée à la face du monde. Un prisonnier qui va être fusillé est éclairé d’un halo de lumière qui fait ressortir sa chemise blanche, couleur de l’innocence. Certains y ont vu une image christique car les bras du prisonnier sont comme en croix. Jésus, symbole de l’innocent qui est sacrifié.
Plus proche historiquement, Guernica, peint par Picasso. Une immense toile aux couleurs grises et noires qui représente le bombardement de cette ville par les avions de la légion nazie, Condor, pendant la guerre d’Espagne en 1937. L’événement historique, peint à travers le prisme cubiste, exprime bien les vies brisées en mille morceaux ,au propre comme au figuré. Cette toile deviendra un symbole du fascisme et aussi l’image de l’horreur de la guerre. Ce tableau mondialement connu est peut-être aussi un témoignage, une reconnaissance pour toutes les victimes de voir leur souffrance imagée, comprise, au-delà des mots.
La photographie est aussi un art, et pas seulement un témoin de l’actualité. Pour preuve, l’enfant dans la guerre, victime innocente, apeuré est symbolisé par cette photo de Steve Mac Curry en 1984 L’afghane aux yeux verts. Une enfant de 6 ans, orpheline de guerre, partant à pied en exil au Pakistan montre le visage de la peur que le photographe a pu saisir et cadrer en gros plan insistant sur les yeux. Il est devenu le portrait iconique de l’enfance souffrante en temps de guerre.
L’option du réconfort
La deuxième option pour les artistes est de proposer des images réconfortantes, inspirantes pour que la douceur de la paix devienne réalité. Il existe des peintures historiques de poignées de main. Au temps où la photographie n’existait pas encore, ces œuvres immortalisaient la signature de la paix.
Au XXe siècle, les symboles deviennent comme des signes visibles de la paix. La colombe, oiseau messager d’espérance dans la Bible, apporte à Noé l’espoir sous forme d’un rameau qui montre qu’il reste de la vie sur terre, que le déluge, le chaos, est fini. Sa blancheur évoque pureté, innocence, drapeau blanc.
C’est dans ce monde d’après la guerre 40-45, en 1949, que Picasso crée son dessin célèbre pour une affiche: la colombe de la paix. Il deviendra un emblème mondialement connu.
Touché par le pape
L’artiste Hamsi a lui aussi repris ce symbole dans une œuvre (cf. photo) qui fait partie d’une série intitulée Les mains de l’Espoir pour la Paix. En y ajoutant ici la main du pape François dont le contour avait été croqué par Mgr Jean Kockerols.
Artiste autodidacte algérien de culture kabyle, Hamsi s’est intéressé au pape car il a entendu son message de justice sociale et de paix et a été touché. De là est venue sa demande de pouvoir faire une œuvre autour de sa main. Dans son œuvre éclatante de couleurs qui dégage la joie, l’optimisme, l’artiste a également peint la terre, qui a tant besoin de paix, les bougies, comme des lumières dans les ténèbres, la main de Fatima, signe de protection divine chez les Berbères.
Quand le pape François a reçu le tableau des mains de l’artiste, il s’est exclamé: "Que c’est beau!"
A ce moment, une expérience s’est créée, dépassant les langues et les cultures: la création de l’artiste était au centre de la rencontre et transcendait la réalité vécue. Cela me fait dire qu’une œuvre peut parfois dire plus que des mots.
