Un tour de Wallonie des chemins de croix en plein air


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Un tour de Wallonie des chemins de croix en plein air
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
8 min

La Semaine Sainte est entamée. Ce vendredi, beaucoup de fidèles participeront à un chemin de croix, dans leur paroisse ou communauté, en extérieur ou au sein d'un édifice, accompagnés par des prières et méditations. Certains préféreront peut-être entreprendre une démarche plus personnelle. CathoBel vous présente cinq possibilités pour vivre un chemin de croix en plein air aux quatre coins de la Wallonie.

Le chemin de croix est le temps forts du Vendredi Saint. Pourquoi ne pas le vivre en extérieur à son propre rythme? (c) Kreuzweg.be

Le Kreuzweg contemporain d'Eupen (Liège)

Depuis 1985, le nom du champ KORNEI dans le district de Nispert a été renommé pour beaucoup le chemin du mont Horeb. Le chemin est né du désir de nombreux jeunes de créer un lieu de rencontre religieuse en plein air et hors les murs de l'église. Il se situe sur un terrain mis gratuitement à la disposition des fidèles depuis des décennies par le chevalier Alfred Bourseaux.

Depuis la fin des années 1980, une communauté grandissante et métissée célèbre une messe de résurrection le matin de Pâques à partir de 5h30 sur le "Berg Horeb" en collaboration avec l'association paroissiale.

Le chemin de croix original vers le « Mont Horeb » a été coulé dans des plaques de bronze par l'artiste d'Eupen H. Hamacher, qui ont été montées sur des roues de tambour provenant des téléphériques d'Eupen. Malheureusement, toutes les plaques de bronze ont été volées il y a quelques années. Les reproductions d'œuvres qui les ont remplacé n'ont pas résisté aux intempéries.

C'est pourquoi, afin de continuer à préserver et à valoriser ce lieu privilégié, un groupe d'amis du centre d'animation EPHATA, mené par Petra Neumann, a pu convaincre 15 artistes locaux qui ont ainsi accepté, bénévolement, de redessiner le Chemin de Croix. Chaque artiste a personnellement choisi une station et en a proposé une nouvelle configuration. Des œuvres faites de différents matériaux comme le métal, l'impression, la peinture, le bois, la photographie...

Deuxième station du Kreuzweg revisitée par la photographe Karolien Verheyen (c) Kreuzweg.be

Cette diversité des stations individuelles reflète évidemment les différentes personnalités des artistes mais montre en même temps que la souffrance de Jésus peut toucher des personnes de cultures et d'expériences de vie différentes.

"Son calvaire ne se poursuit-il pas aujourd'hui dans le sort de tant de malades sans nom ? Nous, les humains, n'avons-nous rien appris en 2000 ans ? Le chemin de croix me confronte à cette question, mais me donne aussi l'espoir que l'humanité, l'amour, finira par triompher" écrit Helmut Schmitz, doyen d'Eupen, sur le site internet dédié au Kreuzweg.

Le chemin aboutit à un espace ouvert où trône un autel désormais encadré par des tableaux monumentaux représentant les dernières étapes de la Passion du Christ.

Lieu-dit Kornei, "Berg Horeb", 4700 Nispert/Eupen

ℹ Toutes les infos sur www.kreuzweg.be

Petite visite du chemin de croix du Berg Horeb à Eupen restauré en 2022

Le chemin de croix "abstrait" de Celles (Hainaut)

C'est l'artiste Pierre Courtois (1950), originaire de La-Roche-en-Ardenne, qui a revisité le chemin de croix inauguré en 2018, en s'inspirant de la symbolique des formes et couleurs.

L’ intention n’était donc pas de représenter des objets, des sujets ou des événements mais de recréer à partir de la symbolique des formes et des couleurs une autre lecture du Chemin de Croix.

Les figures géométriques destinées à « mesurer la terre », le cercle, le carré et le triangle permettent également de matérialiser différentes caractéristiques du monde spirituel. Elles ont donc servi de base à l'artiste pour la mise en image des 14 stations.

Le cercle, symbole universel d’éternité, de perfection, de divinité, d’infini, représente la totalité, l’unité, il est figure de l’incréé, un symbole de Dieu. Sa couleur va évoluer au fil des 14 stations, progressivement plus foncée évoquant le ciel qui s’assombrit.

Le carré est le symbole de la terre par rapport au ciel, de la matière et du corps par rapport à l’esprit. Il représente la Terre avec ses 4 éléments et le Ciel avec ses 4 points cardinaux. Mais aussi l’espace habitable chez de nombreux peuples.

Sa couleur vert olive évoque l’agonie du Christ au jardin des Oliviers. Le carré est plié en profitant du marquage laser en pointillé de façon à créer un losange débordant et progressif en fonction du chemin de plus en plus difficile.

Sixième station: Véronique essuie le visage du Christ. capture écran reportage MaTélé (17/04/2022)

Le triangle symbolise la stabilité, l’équilibre et l’harmonie, mais aussi la puissance et la divinité. Dans la religion chrétienne il s’apparente à la Sainte Trinité. Sa couleur évoque la terre, le chemin qui gravit vers le sommet

La croix est le symbole qui établit une relation entre les trois autres. Par son intersection, elle divise le cercle en 4 parties et permet le tracé du carré et par ma même occasion engendre les triangles. Elle est aussi la base de tous les symboles d’orientation. En elle, se joignent le ciel et la terre. Sa couleur rouge évoque le sang du Christ.

Sur chaque station, le Christ est symbolisé par un cercle jaune superposé à un plexiglas fluorescent jaune, matériau qui concentre la lumière et la diffuse sur la tranche.

Arrivé au terme du chemin, vous profiterez du magnifique panorama sur le village de Celles, niché au creux des collines, qui figure sur la liste des plus beaux villages de Wallonie.

Découvrir le reportage de nos confrères de la chaine locale Ma Télé (17/04/2022)

Le chemin de croix "inclusif" de Banneux (Liège)

Dans le parc boisé du Sanctuaire de Banneux, au départ de la chapelle Saint-Michel, un chemin de croix invite toute l'année le pèlerin à la méditation sur un parcours de 300 m.

L'installation, financée grâce au don anonyme d'un prêtre, a été officiellement inaugurée le 1er mai 1980 par Mgr Van Zuylen, évêque de Liège. A l'époque, le projet a soulevé des préoccupations importantes vis-à vis de l’accessibilité et de la visibilité pour les pèlerins et les malades. La représentation des stations devait être figurative et compréhensible pour tous. 

Les pèlerins et les malades (en voiturette ou en civière) devaient pouvoir contempler chaque station sans se gêner mutuellement même s’ils se trouvaient à une certaine distance. Dans ce but, l’option de les réaliser en vitrail dans un style très figuratif, très coloré et éclatant a été retenu. De plus, elles ont été placées à une certaine hauteur et sont éclairées. 

Les dessins et croquis des stations sont l'œuvre de Mr Charles Gilbert (1906-2000), qui fut directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Liège. Les vitraux insérés dans des encadrements métalliques sobres ont été réalisés par les maîtres verriers des ateliers Pirotte de Beaufays.

En plus des 14 stations traditionnelles, le chemin de croix du sanctuaire de Banneux en propose deux supplémentaires, à l'entrée et à l'issue du parcours, que sont la Dernière Cène et la Résurrection. Un choix inhabituel mais significatif. La Résurrection du Seigneur au matin de Pâques invite le croyant à regarder au-delà du tombeau une fois arrivé au terme du chemin de la Passion. Les légendes sont traduites dans les trois langues nationales.

  Rue de l'Esplanade 57, 4141 Sprimont

Le chemin de croix "historique" de l'ermitage de Wachet à Saint-Léger (Luxembourg)

Patrimoine bâti insolite, l’ancien Ermitage de Wachet est appelé aujourd’hui Chapelle Notre-Dame du Refuge. La première mention de l'ermitage de Wachet remonte au 16e siècle. La chapelle a été construite pour sa part dans le courant du 17e. Jusqu'à ce que Joseph II interdise les ermitages le 2 juillet 1783, la désignation des ermites de Wachet a appartenu à la communauté des habitants de Saint-Léger. A cette même époque, les reliques de la Sainte-Croix, de saint Donat et de saint André furent transportées à la chapelle.

Après la restauration de la chapelle, un premier chemin de croix fut béni en 1842. Vers 1900, ce chemin de croix fut remplacé par les quatorze stations en pierre de taille que nous connaissons aujourd'hui. Elles comportent un socle quadrangulaire, un pilier et une colonne engagée surmontée d'une niche. Chaque station a été offerte par une famille du village. L’ensemble, chapelle et chemin de croix, est classé comme monument et site au patrimoine de Wallonie (1992).

En 1944, le logement de l'ermite fut transformé en sacristie. La toiture et le clocher furent renouvelés en 1952. Sur la façade ouest de la chapelle se trouve un Christ en croix du XVIIIe siècle en bois polychrome. Les vitraux, récents, représentent Notre-Dame de Beauraing, une pietà, une Vierge et une éducation de la Vierge. Le 15 août, pour la procession annuelle, un autel est dressé en plein air, à proximité de la chapelle.

rue du Stade, 2, 6747 Saint-Léger

Un cadre verdoyant et historique pour vivre le chemin de croix. CC-BY-Muller Claire (2012)

Les chemins de croix "de terre et de pierre" des sanctuaires de Beauraing (Namur)

Ce ne sont pas à proprement parler des chemins de croix en plein air mais tous les deux sont exposés à l'intérieur de deux édifices ouverts tous les jours de 9h30 à 19h sur le site des sanctuaires de Beauraing.

Le premier chemin à découvrir est une œuvre de Max Van der Linden, un célèbre céramiste qui a également fait de magnifiques bas-reliefs en céramique sur les mystères du rosaire qui se trouvent également dans l'église du Rosaire.

Max van der Linden, dit Miqui, naît le 1er juin 1922 à Nodebais, village du Brabant wallon, où sa famille s’est établie depuis très longtemps. Eduqué dans le milieu rural encore très traditionnel de l’avant-guerre, il entre en 1941 au Séminaire de Malines qu’il choisit de quitter en 1945 pour s’adonner à sa passion.

Après quatre ans d’étude de la Céramique à l’Ecole de la Cambre à Bruxelles suivent deux ans de stage aux usines Cerabel à Baudour où il produit des œuvres en porcelaine. L’oeuvre de Max van der Linden, que l'on peut admirer à travers toute la Wallonie, se déploie tout au long de la seconde moitié du vingtième siècle.

Le deuxième chemin de croix, à admirer dans la basilique, est une œuvre de l'artiste Jean Wiame réalisée dans la pierre. On lui doit aussi un chemin de croix en bois, conservé dans l'église paroissiale Saint-Martin de Beauraing.

Rue de l'Aubépine 12, 5570 Beauraing

Sophie DELHALLE

Catégorie : L'actu

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