A l'heure où tant de prêtres africains viennent épauler ceux de Belgique, il est des prêtres envoyés de Belgique en Afrique. L'abbé Marc Truyens est l'un d'eux. Il nous raconte ce choix particulier quand tant de paroisses sont en manque de religieux, ici aussi.

Depuis l'enfance, l'abbé Marc Truyens est marqué par l'injustice. "Dès l'école, j'ai eu envie de lutter contre les déséquilibres, l'emprise des puissants sur les faibles. Alors, j'ai entrepris des études d'ingénieur, pour utiliser mes compétences et être ingénieur dans le Tiers monde", se souvient-il. Un appel à la prêtrise va venir bousculer ses projets. Qu'importe, il décide alors de devenir missionnaire. Une décision qui n'est pas simple à réaliser, sans entrer dans une congrégation religieuse. La solution apparaît sous la forme du statut du prêtre fidei donum (don de la foi). Grâce à un "contrat entre deux évêques", la permission est accordée au prêtre diocésain de se rendre à l'autre bout du monde. Cette année, l'abbé Marc entame ainsi son cinquième mandat de trois ans en République démocratique du Congo.
Des cultures aux antipodes
Comment un Blanc peut-il encore être missionnaire en Afrique ? "J'étais animé par le grand idéal des Occidentaux d'aller aider des gens. En réalité, cela implique de se mettre à leur place, de comprendre leurs priorités et leurs besoins, d'adapter nos projets." Car, l'abbé Truyens s'en rend vite compte, la culture africaine est bien différente de nos prescripts belges. "Il n'y a pas d'assistants sociaux en Afrique, aucun débouché dans le domaine social. En Belgique, nous avons l'idéal d'une société égalitaire où tout le monde aurait sa chance, tandis qu'en RDC, c'est une société de survie. Les gens ne pensent pas à l'ensemble de la société, mais à être sauvés individuellement. Ils n'ont pas l'habitude de travailler ensemble", détaille-t-il. Avant d'ajouter : "on nous demande souvent d'agir dans l'urgence, alors que nous voulons faire quelque chose qui va durer. Il faut conjuguer tout cela!" La clef réside probablement dans cette observation: "Ce que l'on fait est fort fragile. Il faut de la patience et ne pas se considérer comme celui qui a tout à apprendre aux autres. Il y a là des personnes d'une sagesse extraordinaire. Les Congolais ont l'enthousiasme et la joie de croire dans un avenir meilleur."
Installé dans un village isolé à 450 kilomètres de Kinshasa, l'abbé Marc reconnaît éprouver régulièrement un sentiment d'isolement. "Beaucoup d'Européens ont souffert des différentes crises et sont partis ailleurs. On a de fameuses épreuves quand on est athée en Afrique. Sans foi, on s'en va." Il souligne toutefois une diminution de la pratique, non perceptible depuis la Belgique. "On imagine que tout le monde prie en RDC. Or il y a une grande différence entre le milieu rural et Kinshasa, où j'ai passé mes trois premières années. Dans le milieu rural, l'Eglise catholique est en perte de vitesse. La pauvreté incite les gens à se tourner vers la tradition et les guérisseurs, qui ont créé des Eglises. Ces personnes ne voient alors plus l'intérêt d'aller dans leur paroisse. Elles mettent en concurrence toutes les Eglises par rapport à leurs propres soucis. Il faut développer une nouvelle évangélisation", constate celui qui assiste au déploiement d'une multitude de sectes, "qui profitent de la crédibilité des gens" ou de nouveaux mouvements, comme les Eglises de réveil.
La révolution des apôtres

"Lors de la première évangélisation, les missionnaires devaient aller vite en besogne. Une fois un chef de clan converti, tout son village devenait catholique. Or quand on vit dans la pauvreté, on cherche une solution immédiate, une religion de soutien et pas une religion de témoignage, qui montre le Christ. La communauté n'est pas nécessairement un lieu de conversion." Devant ce constat, l'abbé Truyens décide d'inviter des membres d'une communauté nouvelle de Kinshasa. "Ce ne sont pas des gens qui s'engagent pour organiser la paroisse, mais qui veulent communiquer aux autres leur foi. Ils sont animateurs dans une communauté de base ou un quartier, ils mènent des assemblées sans être prêtres. Avec eux, nous avons organisé des veillées d'évangélisation dans les villages avoisinants, avec des enseignements et des témoignages." Un résultat concluant pour ces moments en compagnie de ceux que l'abbé nomme ses apôtres. "Les gens revivent leur foi, leur espérance grandit et ils peuvent s'appuyer sur Dieu. Quelqu'un de leur milieu a découvert la présence de Dieu dans sa vie." Voilà des exemples édifiants pour un entourage en proie parfois au manque de conviction.
Les mirages de la sorcellerie
L'abbé Truyens est régulièrement confronté à des personnes malmenées par la sorcellerie, "l'envers du mystère de la prière". "Certains vivent dans la peur du mauvais sort, convaincus que d'autres essaient de leur attirer une malédiction. Il y a une forme de commerce, qui recouvre des rites. Ils doivent, par exemple, se compromettre avec le mal pour obtenir des malédictions ou de l'argent à travers un lien avec Satan. Les gens en ont peur et sont fatalistes. L'Occident a été exorcisé par rapport à ce genre de peurs." Et lui, comment se situe-t-il face à ce type de témoignages ? "Je suis là comme prêtre, une personne de référence qui prie pour les gens", notamment par l'intercession de la prière de délivrance.
Conscient de l'érosion de la pratique religieuse en Belgique, l'abbé Truyens estime pourtant être à sa place en Afrique. "Mon travail, c'est de venir en aide à des gens, parce que personne n'est là pour les aider. En Belgique, il y a tellement d'associations et de gens plus formés que moi! J'ai toujours été attiré par les situations dramatiques", confesse-t-il. "En m'occupant d'une paroisse, je rassemble les gens et crée des projets avec eux. Nous avons ainsi construit un pont, sans grue, sur une rivière de sept mètres de large! Hôpital, agriculture, enseignement… Tout reste à faire !" Le prêtre du diocèse de Liège s'estime privilégié et avoir reçu de nombreuses grâces. "Si j'étais en Belgique, serais-je heureux ?", s'interroge-t-il. "Etre prêtre constitue un idéal de vie, celui d'être le pont entre Dieu et les gens qui le cherchent. C'est aussi un moyen intérieur pour essayer de ressembler au Christ."
Concrètement, une association belge, Les amis de Mangembo, a vu le jour pour soutenir les différents projets de développement rural mis en œuvre par l'abbé Truyens. Parmi ceux-ci, un hôpital a été réhabilité et développé, grâce au soutien de Memisa, l'ONG médicale belge. Un appel à un collaborateur est également lancé pour une durée minimum de six mois sur place. Avis aux missionnaires en herbe!
Angélique TASIAUX
Don (déductible) via l'ONG Memisa : BE28 6528 0221 2920 avec comme communication indispensable : 911/2000/00032.
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